‹ Souvenirs et visions d'Afrique; [récits]Chapitre 2 sur 6 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

monde moderne ; ils les sillonnent d'idées; ils y jettent à poignées des semences qui lèvent peu à peu comme des brins de blé entre des pierres ; et ces brins de blé sont déjà plus forts que les chardons. Or cette lutte fatale et de tous les jours n'est pas sans conflits ni révoltes sourdes, sans cruautés ni souffrances, et c'est là qu'abondent les tableaux tragiques qui saisissent l'àme émue d'une pitié vaine en face des douleurs nécessaires ^t des misères incurables. Aux triomphes officiels répondent des détresse.: sans nom du fond de^ abimes. et elles se font trop entendre. Les soirs de bataille, les plaintes des blessés montent plus haut que le chœur joyeux des satisfaits.

Je n^ai puisé dans ce torrent bouillonnant qu'une coupe d'eau claire, et j'en ai presque honte : il est immense, il est profond, il s'enfonce dans l'avenir brumeux comme une barre crêtée de lames blanches. D'autres m'ont précédé qui ont mieux fait, d'autres me suivront qui feront mieux aussi, et nous tous, hardis ou timides, obscurs ou célèbres, nous passerons avec lui : mais le moindre de nous aura sans

VIII PRKFACE

doute rencontré quelques lecteurs amis, confidents indulgents de son esprit et parfois de son cœur. Cela suffit pour une minute, et pour toujours.

Alger, 20 décembre 1892.

Emile MASOUERAY.

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