‹ Souvenirs historiques des principaux monuments de ParisChapitre 2 sur 25 · LE PALAIS DES THERMES · texte numérisé non relu

LE PALAIS DES THERMES

L'iVBBAYE DE SAINT -GERMAIN -DES -PRÉS.

Lorsque les soldats de Jules César étaient venus camper parmi les cabanes des pêcheurs de Lutèce , leurs chefs n'y avaient point trouvé de palais , et pour avoir des demeures semblables à celles de Rome , ils avaient été obligés de s'en construire. Ce fut alors que ce palais s'éleva sur une des collines qui avoisinent la Seine.

Ce palais a eu dans son temps assez d'importance pour que Grégoire de Tours et Fortunat en aient fait mention dans leurs vieux écrits , commentés par Sauvai et Sainte- Foix; ce dernier rapporte, que Childebert allait de ses jardins jusqu'aux environs de l'église Saint-Vincent, autrefois un temple d'Isis et depuis Saint-Germain-des-Prés.

Ce qui subsiste aujourd'hui de la demeure de Constance

Chlore et de Julien l'Apostat, montre ce qu'était cette puissance qui construisait pour réternité , après avoir soumis le monde, et dont les institutions, cimentées comme ses édifices, savaient imprimer à tant de localités diverses tant d'éléments de force , toujours en y imprimant le génie de Rome. Cet imposant débris du palais de César et de ses lieutenants forme pour ainsi dire le premier chapitre de notre histoire. Pendant trop longtemps cette ruine, dont l'origine remonte si haut , a été comme perdue parmi les maisons vulgaires, et les rues étroites des hauteurs du quartier Saint-Jacques. Le quartier latin, plus lettré que tous les autres, avait bien connaissance des noms de Constance Chlore et de l'empereur Julien, mais avait eu assez peu de respect envers l'ancienne demeure impériale pour l'étreindre et la masquer par de laides et bourgeoises constructions. Il n'y a pas trente ans qu'arrivé de ma province, je demandais à des boutiquiers de la rue Saint- Jacques, oii se voyait V ancien jmlais des Thermes, et que ces braves gens me répondaient qu'en fait de palais , ils ne connaissaient à Pans que le palais de Justice, \e palais du Luxembourg , le Palais-Bourbon et le Palais-Royal! Aujourd'hui le peuple parisien, qui a perdu beaucoup de choses, a gagné de l'instruction , il ne s'est pas fait beaucoup plus moral , mais lui aussi s'est fait artiste et parfois antiquaire. Il commence à respecter les vieilles pierres historiques. II s'est épris d'amour pour la gothique architecture de nos vieilles églises, et nous pouvons espérer qu'il en viendra ù reconnaître et à aimer le Dieu qui y réside.

Aujourd'hui le pcdais des Thermes n'est plus masqué et montre ses épaisses et indestructibles murailles, composées de petites pierres carrées, tout à cùté du Mucéc du

motjcn-âge. C'est le fondateur de ce musée , l'aimable et bon M. du Sommerard, qui le premier m'a conduit aux Thermes du Julien ; sa parole y ressuscitait et animait tout ; sous ces voûtes, sur ces degrés qui descendent aux bains il me faisait réapparaître la vie romaine, comme quelques instants auparavant il avait fait revivre les mœurs et les usages des plus brillants jours de la gaie science et de la chevalerie.

Là donc , sur le sommet de la petite colline appelée Lucotitia, et qui porte aujourd'hui le nom d'un des douze apôtres (saint Jacques) , là, oii tant de rues étroites, noires et de pauvre apparence se croisent , se mêlent et se confondent en un inextricable labyrinthe , d'où s'élèvent trop souvent l'agitation et le bruit, au-dessus du quartier des écoles , s'étendait , il y a plus de seize cents ans , un vaste enclos planté d'arbres de toutes espèces et provenant des divers pays conquis par les Romains : c'était le jardin de César. Du palais des Thermes , cette enceinte verdoyante s'étendait jusqu'à un temple d'Isis , divinité égyptienne nouvellement adoptée par le peuple conquérant et corrompu qui se faisait des dieux de tout, excepté Dieu même!

De ces hauteurs , le vainqueur despote et ombrageux surveillait la population lutécienne; avec son sang gaulois, elle ne devait pas être très-docile au joug. Peut-être aussi sa légèreté, son amour de changement, sa passion de spectacles la rendaient-ils aisée à maintenir dans l'obéissance; et peut-être qu'à cette époque les habitants de Lutèce s'amusant à dire des bons mots et à colporter des vers satiriques contre ceux qui s'étaient faits leurs maîtres, prenaient-ils patience, et se façonnaient-ils à l'oppression. Quelquefois on a vu des nations descendre jusque-là !

10 SOUVENIRS HISTORiyJES.

Voici un tableau de l'antique village de Lutèce, au temps de Constance Chlore . tracé par un grand maître (1).

« Je vous ai dit , seigneurs , que Zacharie m'avait laissé sur la frontière des Gaules. Constance se trouvait alors à Lutèce. Après plusieurs jours de fatigue, j'arrivai chez les Belges (2) de la Sequana. Le premier objet qui me frappa dans les marais des Parisii , ce fut une tour octogone consacrée à huit dieux gaulois. Du côté du midi, à deux mille pas de Lutèce et par de là le fleuve qui l'embrasse , on découvrait le temple d'Hésus ; plus près , dans une prairie au bord du fleuve , s'élevait un second temple dédié à Isis ; et vers le nord, sur une colline, on voyait les ruines d'un troisième temple, jadis bâti en honneur de Tentâtes. Cette colline était le mont de Mars (3) , où Denis avait reçu la palme du martyre.

« En approchant de la Sequana , j'aperçus à travers un rideau de saules et de noyers ses eaux claires , transparentes et d'un goût excellent, et qui rarement croissent ou diminuent; des jardins, plantés de quelques figuiers, qu'on avait entourés de paille pour les préserver de la gelée, étaient le seul ornement de ses rives. J'eus quelque peine à découvrir le village que je cherchais et qui porte le nom de Lutèce, c'est-à-dire la belle pierre ou la belle colonne. Un berger me la montra enfin au milieu de la Sequana, dans une île (1) qui s'allonge en forme de vaisseau. Deux ponts de bois, défendus par deux châteaux, oii l'on paie le tribut à César , joignent ce misérable hameau aux deux rives opposées du fleuve.

(1) Chaleaiibri;ind, ilans les Martyrs, (-2) I,i-s h;il)itaiils de l'Ik'-tle-Fraiicc. (Z) Montmartre.

(4) L'île Saint-Louis.

SOLVENIRS HISTORIQUES. 11

c( J'entrai dans la capitale des Parisii par le pont du septentrion, et je ne vis dans l'intérieur du village que des huttes de bois et des terres recouvertes de paille et échauffées par des fourneaux. Je n'y remarquai qu'un seul monument, un autel élevé à Jupiter par la compagnie des nautes. Mais hors de l'île , de l'autre côté méridional de la Sequana, on voyait sur la colline Leucotitius un aqueduc romain , un cirque , un amphithéâtre et le palais des Thermes , habité par Constance »

Eudore ajoute : « Je trouvai réunis dans le palais de ce prince les chrétiens les plus illustres de la Gaule et de l'Italie. Là brillaient Donatien et Rogatien, aimables frères; Gervais et Protais, l'Oreste et le Pylade des adorateurs du Christ ; Procula de Marseille , Just de Lugdunum , enfin le fils du préfet des Gaules , Ambroise , modèle de science , de fermeté et de candeur. Ainsi que Xénophon , on racontait qu'il avait été nourri par des abeilles. L'église attendait de lui un orateur et un grand homme.

a J'avais un désir extrême d'apprendre de la bouche de Constance les changements survenus à la cour de Dioclétien depuis ma captivité. Il me fit bientôt appeler dans les jardins du palais, qui descendent en amphithéâtre fur la colline Lucotitius, où s'élève le temple d'Isis. »

Sur l'emplacement même où la déesse égyptienne avait eu son culte, se dressèrent enfin les autels du vrai Dieu ; lorsqu'en 556 Childebert jeta les fondements de l'église que nous voyons aujourd'hui sous le nom de Saint-Germaindes-Prés. Des vestiges du temple païen existaient encore à l'endroit que les Romains avait appelé Lucolitia.

La fondation de cette abbaye renommée remonte donc à

12 SÔL'VENlfif^ HISTORIQUES.

une époque très-reculée de notre histoire; brûlée plusieurs fois par les Normands, rebâtie et restaurée à diverses époques depuis Childebert. Elle présentait dans son ensemble une suite d'édifices et de styles différents. C'est pourquoi l'histoire complète de cette église et des vastes bâtiments qui en dépendaient offriraient l'histoire presque complète de l'architecture de Paris pendant environ douze siècles, si la frénésie révolutionnaire de 1793 n'avait pas porté le fer, le feu, la ruine et la désolation dans la maison consacrée à Dieu et aux études sacrées.

Ce fut sous la protection de la Sainte-Croix et sous l'invocation de saint Vincent que fut faite la dédicace de l'église qui porte aujourd'hui le nom de Saint-Germaindes-Prés, et qui, par les travaux de restauration qui viennent d'être faits, est redevenue un de nos plus beaux monuments religieux. « Ce fut à la sollicitation de saint Germain, qui était alors évêque de Paris (l),que le roi, après la guerre qu'il fit en Espagne contre les Visigoths, exécuta le projet qu'il avait conçu de bâtir une église pour y déposer les reliques apportées de Sarragosse et de Tolède, et fit en même temps ériger un monastère dont la direction fut confiée à saint Germain.

« Cette première église avait la forme d'une croix, et l'on prétend que la croix, ornée de pierres précieuses et apportée de Tolède, avait servi de modèle pour en tracer le plan. »

« Le plafond, orné de lambris dorés, était soutenu par de grandes colonnes de marbre. Les murailles étaient embellies do peintures sur fond d'or. Le pavé était en mosaïque, et le

(I) M. Iluyot.

toit, couvert de cuivre doré, fit donner par la suite à cette église le nom de Saint-Germain-le-doré. »

La construction de cette basilique ne dura que deux ans. Lorsque la foi est vive les travaux s'en ressentent, et, parfois, l'on serait tenté de croire que les anges viennent aider les hommes dans le saint ouvrage qu'ils ont entrepris.

Childebert, dont le palais se trouvait aussi sur le mont Lucotitia, visitait souvent les travaux ; il se faisait grande fête d'aller prier le Dieu des rois dans le temple qu'il lui élevait; mais il mourut le jour même de la dédicace, et il y fut enterré : volonté de roi comme volonté de pâtre s'efface devant celle du Seigneur.

Glotaire continua la pensée de son prédécesseur et dota l'abbaye d'importants privilèges; mais le saint mourut en 576.

Ghilpéric avait toujours eu, comme ses devanciers couronnés, une grande vénération pour le pieux prélat évêque de Paris ; il composa môme une épitaphe à sa louange ; il fit bâtir une chapelle où les fidèles venaient en foule honorer son tombeau. Le monarque était d'accord avec son peuple en ajoutant de nouvelles constructions et de nouveaux embellissements à l'église et à l'abbaye déjà célèbre.

On pense que le portail que l'on voit encore aujourd'hui, et sur lequel semble poser la grosse tour, est de ce temps-là. Ce seraient donc les restes d'une autre église érigée par Chilpéric sur l'emplacement de la première , ou tout au moins une addition qu'il y aurait faite.

« Il y avait sous ce portail huit figures de grandeur naturelle, que l'on croit avoir représenté saint Germain, revêtu de ses habits pontificaux, Glovis, tenant le sceptre surmonté d'un aigle, sainte Clotide et Glodomir ; les quatre

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autres figures, à droite, étaient Chilpéric, Childebert, Ultrogothe et Glotaire. Ces statues ont été enlevées et remplacées par des colonnes en pierre; il ne reste plus que les chapiteaux ornés , et les bas - reliefs au-dessus de la porte, représentant notre Seigneur Jésus-Christ faisant la cène avec ses apôtres (I). Ce bas-relief peut donner une idée de l'éclat de la sculpture dans le sixième siècle. »

La tour s'élevant au-dessus du portail doit être de la même époque, si toutefois elle ne date pas de plus loin.

La basilique de Saint-Vincent prit successivement les différents noms des saints dont les reliques y furent religieusement et pompeusement déposées ; mais, par la suite, elle fut particulièrement nommée basilique de Saint-Germain- Confesseur, lorsque, par les ordres du roi Pépin, le corps du saint fut transféré dans la chapelle Saint-Symphorien. Cependant la situation de l'église de Saint-Germain, au milieu des prairies, s'étendant par une douce pente des hauteurs de Liicotitia aux rives de la Seine, riant espace qui, au sixième siècle, se couvrait d'édifices publics et particuliers, lui fit donner encore le nom de Saint-Germaindes-Prés.

Germain, évêque de Paris, qui, sous trois règnes différents, conserva une puissante iniluence et les moyens de répandre d'immenses aumônes, était né àAuthun. Aujourd'hui nous" écrivons mal la vie des saints; aussi, pour faire connaître l'élu du ciel qui a donné son nom à l'abbaye célèbre que je veux décrire, j'emprunterai le langage naïf d'un vieux légendiste (2).

« Germain naquit en la ville d'Authun ; son père s'ap-

(1) Raoul Rochelle.

(4) Ribadoyra.

peloit Eleuthère et sa mère Eusèbe. Chose rare et lamentable, sa mère et sa grand'mèrelui furent de cruels ennemys.

Saint Germain voyant Tanimosité de sa mère, se

retira au logis de son oncle Scopilie, qui menoit une vie très-sainte ; il commença avec luy à jetter les fondements de son admirable sainteté. Il jeunoit, mortifioit sa chair et alloit avec son oncle toutes les nuits à une église fort éloignée pom' y entendre les matines, où il recevoit de Dieu de grandes faveurs ; tellement , qu'à l'âge de quinze ans, saint Agripin ne douta point de l'ordonner diacre et prestre à dix-huit ans, et, à quelque temps de là, il fut abbé de Saint-Symphorien au faubourg de Paris, où il persévéra en toutes sortes de mortifications intérieures et extérieures. Pendant que les religieux dormoient, il demeuroit longtemps à l'église en oraison. Ses rares vertus rejaillissoient jusques sur sa face ; de sorte qu'une fois, entrant au logis du seigneur Evron, sa femme n'osoit le regarder de peur des rayons lumineux qui brilloient en luy. Et même ce seigneur, l'ayant retenu à dhier, n'osa, par révérence, s'asseoir près de luy, tant il lui portoit respect !

« Germain avoit en luy une si grande compatissance pour les pauvres que jamais il n'en éconduisoit aucun ; de sorte que, donnant librement toutes les provisions de l'abbaye, sans rien réserver que la divine Providence, les religieux s'en fâchèrent et s'en révoltèrent contre luy, disant que puisqu'il étoit si prodigue il ne méritoit point d'cstre abbé. Là-dessus , s'étant enfermé en sa cellule et priant avec larmes, une pieuse demoiselle lui envoya deux charretées de vivres, et le lendemain encore plus ! Si bien que ses religieux eurent depuis une grande créance en luy. Mais cette créance s'accrut encore beaucoup par le miracle sui-

i6 SOUVENiîlS HlSTORlyUËÉ;.

vant, c'est qu'il éteignit le feu qui s'estoit mis au grenier, et menaçoit le monastère d'un embrasement général, en jettant dessus les flammes de l'eau bénite et chantant doucement alléluia, comme assuré de la merveille qui arriveroit !

« Avec la grâce des miracles le saint abbé avoit aussi celle de la prophétie, prédisant souvent les choses futures, comme il arriva lorsqu'il alla trouver Théodebert, roy de Bourgogne, pour des métairies usurpées sur l'église d'Authun. Il lui prédit qu'il mourroit bientôt, et l'hexhorta de penser au salut de son âme.

« Le roy Sigebert ne voulant point , à sa prière, se déporter de la guerre contre son frère Chilpéric, qui s'estoit réfugié à Rouen, il l'avertit qu'il n'entreroit point dans cette ville et qu'il rencontreroit la mort sur le chemin, et la mort s'y trouva.

« L'ombre suit le corps, et l'envie poursuit la vertu : saint Germain encourut l'envie de plusieurs qui ne pouvoient endurer l'éclat de ses rares et héroïques vertus, parmy lesquels il faut lamentablement placer l'évoque de Paris, qui, non content de détracter du saint et d'interpréter en mal ses actions, le mit en prison. Mais il n'y fut pas sitôt que les portes s'étant ouvertes d'elles-mêmes, par permission divine, il n'en voulut pas sortir sans la bénédiction de l'éveque.

ce Une fois, s'estant endormy, il apercent un homme d'un port et d'un regard vénérable qui lui donnait les clefs des portes de Paris. Saint Germain, étonné de cette offre, lui demanda ce que cela pouvoit signiiier. L'inconnu vieillard luy fit réponse : C'est afin que tu sauves ceux qui sont dans Paris; ce qui fut un présage, un avertissement qu'il en seroit évèque.

SOUVENIRS IIISTORIOL'ES. 17

« En effet, après la mort d'Eusèbe, suivant la volonté du roy Childebert, il fut sacré évêque et ne changea rien à ses mortifications et à ses abstinences, mais augmenta ses aumônes et ses bienfaits envers les nécessiteux.

« Environ neuf heures du soir il entroit dans l'église, il y passoit la nuit en oraison, et souvent en extase. Vers la petite pointe du jour le pieux prélat sortoit de la maison de Dieu pour aller prendre un peu de repos ; mais aussitôt les pauvres, les prisonniers et les malades, tant de corps que d'esprit, venoient ou envoyoieut vers lui pour recevoir du soulagement ; si bien qu'à l'heure du repos il ne trouvoit point de repos.

« Sa table, où il invitoit ordinairement les pauvres, estoit couverte de viandes communes, plutôt grossières que délicates, et pour rassasier l'âme plutôt que le corps

« Il traita avec le roy Childebert, peu porté d'abord à la piété, si adroitement et avec tant de douceur et d'industrie, qu'il réforma sa vie et sa cour , bâtit et dota de beaux monastères en beaucoup de provinces et même y envoya six mille francs pour les pauvres. Le saint ne pouvant suftisamment trouver des pauvres, n'en employa que la moitié, dont le roy estant adverty, au lieu de n'en plus envoyer rompit sa vaisselle d'argent, ôta les chaînes d'or et de pierreries de son col et le pria de ne cesser de donner, lui promettant que de sa part il ne se lasserait aucunement. Peu de temps, après le monarque passa de vie à trépas.

et Glotaire, son neveu, luy succéda au trône, mais non pas dans sa piété, tellement que, ne tenant compte du saint prélat, il le fit attendre une fois si longtemps à sa porte, que l'évèque fut contraint de s'en retourner ; mais Clotaire endura la nuit suivante de si grandes douleurs par le corps,

18 SOLVENIUS HISTORIQUES.

qu'il reconnut sa faute et le mépris qu'il avait osé faire du saint. Il vint vers lui, se jeta à ses pieds et baisa le bas de sa robe. Germain porta sa main sur le mal et à l'heure même le roy fut guéry.

« Iln'y a pas moyen de dire le nombre prodigieux de ses insignes miracles, ce nombre estant si grand que Fortunat,

évc({ue de Poitiers, en rapporte des centaines Quand

il sortoit de l'église on rangeoit les malades par troupes, et par troupes ils estoient guéry s. A Meudon, près Paris, les habitants estant malades de la contagion furent délivrés, lo saint leur ayant envoyé du pain béni de sa main» Avec la santé du corps, il rendait d'ordinaire celle de l'ànie. Un seigneur de Touraine avait sa fille qui tirait à sa fin, saint Germain, compatissant aux larmes de sa mère, monta à sa chambre, la guérit et l'exhorta si bien au mépris du monde et de ses vanitez, qu'elle les quitta et se rendit religieuse au monastère de Poitiers.

« Enfin, après avoir employé quatre-vingts ans en tant de bonnes œuvres, et converty tant d'âmes à Jésus-Christ, l'heure de son trépas luy estant révélée, il fit son testament et choisit pour sépulture le monastère de Saint-Yincent, aujourd'hui appelé Saint-Germain, oij il avait été abbé, et, depuis peu, honoré par lui de saintes et précieuses reliques qu'il avoit rapportées du Levant, et fit écrire sur son chevet le cinquième des calendes de jtnn. On n'en sceut point la cause qu'à sa mort, qui arriva ce même jour. Son corps fut sol<'mnellement porté en cette abbaye; mais, passant près des prisons, lo cercueil devint si pesant qu'on ne pouvoit plus le remuer jusques à ce qu'on eut relâché les prisonniers qui, pour lui rendre grâces, suivirent avec larmes do gratitude et de regrets son corps à la veue de tout le peuple,

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