MES PARENTS
Quand Madame Royale écrivait ces mots , elle avait quatorze ans; à soixante-huit ans , sur son lit de mort, dans dans l'exil, elle répétait les mêmes paroles. Il y a donc des miséricordes que rien ne peut user!
Lorsque le Temple n'eut plus à garder dans son enceinte des rois et des reines, il ouvrit ses cachots aux royalistes; c'est là que la police qui a suivi celle du Directoire renfermait ses suspects.
« LeO mars 1804, Georges Cadoudal, arrêté dans le voisinage de rOdéon, comparaît devant le préfet de police (1). Interrogé par ce magistrat, le chouan n'a rien perdu de son calme habituel , et ne cherche ni faux-fuyants , ni banales excuses. — Que veniez-vous faire à Paris? demande le magistrat révolutionnaire. — Attaquer le premier Consul, répond Georges. — Où avez-vous logé? — Je ne veux pas le dire. — Pourquoi? — Parce que je ne veux pas augmenter le nombre des victimes. — Quel était votre projet et celui de vos conjurés ? — De mettre un Bourbon à la place de Bonaparte. — Quel était ce Bourbon? —
(1) Histoire de la Vendée militaire, par Crétineau-Joly. 1 vol., pag. 186.
Louis XVIII. — N'était-ce pas avec un poignard que vous vous proposiez de tuer le premier Consul? — Je ne suis pas un assassin, je devais l'attaquer avec des armes pareilles à celles de sa garde. »
Après cet interrogatoire, Cadoudal fut conduit au Temple, oij les conspirateurs se trouvaient prisonniers. Pichegru était du nombre. « Tous ces prisonniers (1 ) avaient été d'abord mis au secret, mais leur attitude ne se démentant point, on jugea plus utile à la marche de la procédure de les placer en commun^ dans l'espoir qu'ils pourraient se trahir par une conversation dont chaque mot était épié.
« Au soleil naissant, ils commençaient par la prière leur journée de captivité ; ils la terminaient le soir par la prière encore et par des cantiques de mission qui leur rappelaient le souvenir de leur chère patrie. Résip;nés à la mort, ils vivaient entre eux comme des frères, obéissant à leur général et écoutant avec recueillement les exhortations moitié religieuses, moitié politiques que Georges leur adressait. Souvent dans la cour du Temple on les vit, ainsi que de joyeux écoliers, jouer aux barres avec leur chef, qui, toujours gai, toujours calme, leur disait : « Point de regard en arrière, mes enfants; nous sommes oii nous sommes, où Dieu a voulu que nous soyons. »
« Ce stoïcisme chrétien soutenait tous les courages.
(c La chouanerie venait finir au Temple, dans la prison môme oii la royauté avait été abreuvée d'outrages. »,
Pichegru, prisonnier au Temple, lorsqu'il avait été interrogé, avait fait des menaces qui lui portèrent malheur.
(1) Crétineau-Joly, Vendée militaire, pag. 192, l<""vol.
Le 6 avril 1804, un placard affiché sur les murs de Paris apprit aux habitants de la capitale que
« Charles Pichegru, ex-général républicain, s'est étranglé dans sa prison.
« L'effroi fut aussi grand dans tout Paris que dans la prison du Temple. De vagues accusations se répandirent. On disait que des cris lugubres avaient, pendant cette nuit du 5 au 6 avril, percé l'épaisseur des murs. On parlait ensuite de mamelucks qui, avec leur obéissance orientale, pénétraient dans l'enceinte du Temple, se précipitaient sur les prisonniers , les saisissaient à la manière des muets et des eunuques du sérail, puis les étouffaient à petit bruit. Les inquiétudes et les romans furent poussés si loin, que pour faire cesser tout prétexte à ces manifestations, le ministre de la police ordonna de placer toutes les nuits un gendarme dans la chambre de chaque prévenu (1). w
Sur le livre des écrous du Temple, ont été inscrits les noms du marquis de Rivière , de Jules et d'Armand de Polignac, de Moreau, de Bouvet, de Joyant, des colonels d'Hozier et Gaillard, de Coster de Saint- Victor, Tamerlan, Picot, Lajolais, Roger Burban, Lemercier, Jean Cadoudal, Rusillon, Léridant, Mérille, Rolland-Ducorps. Tous ces hommes dévoués à la monarchie bourbonnienne comparurent devant des juges présidés par un ancien régicide, Thuriot.
ce Au moment oij s'ouvraient les débats de cet immense procès qui préoccupait toute la France, des chaloupes canonnières embossées à l'entrée du Morbihan capturaient une corvette anglaise (21). C'était le Vencego, toujours com-
(1) CrétincauJoly.
(2) Crétineau-Joly.
SOUVENIRS HISTORIQUES liS
mandé par son capitaine John Wright. Wright fut reconnu par le général Jullien, préfet du département, jeté dans une voiture et amené à Paris. Le (30 lloréal) ^8 mai, Real le confrontait au Temple avec les chouans qu'il avait débarqués à la falaise de Beville, puis on l'oublia. »
Wright, dont la fortune avait trahi le courage, resta longtemps dans les fers; mais le :^G octobre 1805, il fut trouvé comme Pichegru mort dans sou cachot. Real annonça que le capitaine anglais s'était coupé la gorge avec un rasoir. C'était une variante à la strangulation de Pichegru.
Un autre Anglais et d'un plus haut renom que le capitaine Wright, sir Sidney-Smith, marin célèbre, a été emprisonné au Temple en 1793; il avait été chargé par son gouvernement d'incendier la flotte française dans le port de Toulon. Fait prisonnier, il fut amené à cette prison d'Etat en 1793. Il y était renfermé depuis deux ans, lorsqu'un ancien camarade de Bonaparte à l'école militaire de i3rienne, devenu officier d'artillerie et partisan de la cause loyaliste, trouva le moyen de faire s'évader du Temple le Commodore anglais. Cet officier était gentilhomme et portait le nom de Phélippeaux. Pour lui, il n'y avait plus de sûreté en France ; il en sortit avec Sidney-Smith , servit sous cet amiral anglais et se trouva avec lui à Saint-Jean-d'Acrc quand Bonaparte vint mettre le siège devant cette place et en fut repoussé avec perte. C'était son ancien ami d'école (jui avait été chargé, comme olUcier d'artillerie, des travaux de défense de la ville. L'honneur d'avoir fait reculer le grand homme a été accordé à peu de ses ennemis. Phélipj)eaux, sou compagnon d'enfance, lui a fait rebrousser chemin ! '
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ce Enfin le 21 prairial (10 juin 1 804), Hémart prononça le jugement de la commission qu'il présidait. Vingt accusés étaient condamnés à la peine de mort, Moreau à deux ans d'emprisonnement. Le reste des prévenus acquittés sortirent du Temple. »
tt Bonaparte estimait les caractères. Il désirait sauverCadoudal. Murât descendit dans le cabanon de Bicetre, où le général venait d'être transféré. Les instances du beau-frère de l'empereur furent vaines. Trois jours après, le 24 juin, le geôlier remit au chouan un placet rédigé d'avance. Pour obtenir la vie, pour conserver celle de ses amis, il n'a qu'à signer, le papier est ouvert. Georges lit... Au nom de sa
MAJESTÉ l'empereur... »
A ces mots il suspend la lecture commencée ; il remet ce papier au concierge, et, avec un stoïque sang-froid, se tournant vers ses chouans : « Mes camarades, dit-il, faisons la prière. »
Le lendemain, ils la continuaient sur l'échafaud î » Ce que je viens de citer du bel ouvrage de Crétincau- Joly, les grandes scènes dont il évoque les souvenirs, m'ont paru en parfaite harmonie avec la prison du Temple. Là oii le roi et la reine avaient souffert, les royalistes, prisonniers dans les mêmes cachots , devaient être façonnés à la résignation par l'exemple de leurs maîtres. Tant de magnanimité chrétienne avait dû attacher à ces murailles comme une grâce spéciale pour ceux qui, après les martyrs, royaux, seraient captifs et condamnés à souffrir dans ces lieux consacrés.
Il ne reste plus rien du vieux Temple, et là où se sont passés tant de grands et douloureux événements, il n'y a
plus aujourd'hui une seule pierre pour en rappeler le souvenir. Nous savons que Louis-Napoléon a dans sa pensée et ses projets d'élever un monument à la mémoire des martyrs sur le lieu même où la famille royale de France, captive et outragée, s'est montrée si forte contre le malheur et si miséricordieuse envers les hommes qui s'étaient faits ses ennemis !
Du fond de notre âme, nous applaudissons à cette pensée du prince qui transforme Paris en y créant chaque jour des améliorations et des merveilles ; mais, avec notre franchise bretonne, nous dirons que la Restauration, en 1814, avait commencé à élever sur ce même emplacement devenu sacré, un monastère de pieuses filles ayant pour fondatrice et prieure une princesse de Condé ! Cette femme, d'un sang si illustre, se faisant humble victime expiatoire, avait en elle, aux yeux de Dieu et de la France, un mérite que rien de profane ne pourra avoir.
ce Sans doute le sacrifice de cette victime (1 ) si chrétiennement immolée, les prières de cette sainte princesse qui, pendant les longues et dures années de l'exil, avait édifié les peuples étrangers, de retour dans son pays, renonçant aux palais paternels pour vivre et mourir dans un cloître, était de nature à conjurer par ses austérités et ses prières les tempêtes politiques qui, depuis vingt-cinq ans, bouleversaient le monde. Louise-Adélaïde de liourbon-Condé s'étant vouée corps et âme à Dieu comme humble victime expiatoire, avait dans des cloîtres étrangers prié pour la France. En 1 81 4, le Roi des rois tendit la main aux monarques chassés de leurs royaumes par des peuples révoltés ; les fils de
(1) Vie de la priacesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé.
saint Louis rentrèrent dans leur héritage. Ce fut à cette époque de justice et de rétribution que l'arrière-petite-fille du grand Condé revint en France. Lorsqu'elle s'en était éloignée, en 1 79 1 , elle avait le droit de ceindre la couronne de princesse ; au retour, c'est le voile qu'elle porte, le voile de religieuse bénédictine de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement. »
« Voici coin mentles feuilles politiques de ce temps (181 4) rendirent compte de son retour à Paris : « Madame Louise- Adélaïde deBourbon-Condé vient d'arriver de Londres. Son retour en France n'a aucun éclat, grâce aux soins que cette pieuse princesse prend à se cacher à tous les regards. Livrée aux austérités de la vie religieuse, elle est un grand exemple du détachement des grandeurs et des richesses... On dit que Sa Majesté (le roi Louis XVIII) se propose de faire revivre en elle une fondation royale et de l'établir avec ses sœurs dans un magnifique monastère qui serait rendu à sa destination primitive... » C'était le superbe édifice du Valde-Grâce que l'art et la religion doivent à la reine Anne d'Autriche dont il était question. Dieu et la sainte avaient d'autres desseins. La révérende sœur Louise-Adélaïde et une de ses pieuses amies eurent Tidée de faire une neuvaine a Louis XVI, prisonkier du Temple, afin d'accélérer |)ar son intercession le choix de la maison où devait s'éta- Ijlir l'Adoration perpétuelle du Très-Saint-Sacrement en expiation des crimes qui avaient attiré tant de maux sur la France. »
ce Cette neuvainc fut en effet commencée par un certain r.ombre d'àmes pures et ferventes, et le septième jour, bien c|uc d'autres aifaires parussent plus dignes de fixer l'attention des ministres que celle de la formation d'un établisse-
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ment religieux, un membre du conseil y rappela la demande de madame Louise ; et, comme par le mouvement d'une inspiration irrésistible , proposa le palais du Temple. Le silence du saisissement fit place à l'agitation qui avait jusque-là tenu les esprits en suspens. Un mouvement unanime fit comprendre que c'était la le lieu choisi, destiné par la Providence à devenir celui d'une éternelle expiation. »
« Le souvenir des vertus héroïques qui le consacrèrent, des sacrifices qui y furent consommés avec le courage que peut seule donner la religion, toutes ces choses redites avec chaleur anéantirent toutes les objections élevées jusqu'alors. L'âme du frère de Louis XVI en fut pénétrée. »
Cependant quelques-uns, en dehors du conseil, répétaient que madame la princesse de Coudé n'aurait peut-être pas la force d'attacher tous les jours que Dieu lui accorderait à un lieu aussi lugubre que cette prison. On se trompait. Elle donna son consentement et se regarda dès ce moment comme la première pierre de l'édifice qui devait y être fondé dans la vue de détourner la colère de Dieu trop justement irrité par les crimes qu'elle allait s'efforcer d'expier.
Ce qu'elle avait eu le plus de peine à vaincre, c'était l'idée que la fille de Louis XYI et de Marie-Antoinette ne viendrait plus lavoir; car madame la dauphine, malgré toute la force de son caractère, ne pouvait approcher de ces vieilles tours oh elle avait tant vu souffrir et où elle avait tant souffert.
Le Temple ayant été accepté par madame Lo:ii.<c de CoiKÎé, la donation en fut confirmée par une ordonnance royale, et immédiatement de nombreux ouvriers furent employés à la transformation de l'antique palais des chevaliers en un monastère ([ui allait devenir lu sainte et traii-
quille demeure de pieuses filles consacrées à la prière et à l'expiation des crimes de la révolution française.
Les travaux marchaient avec rapidité, lorsque Bonaparte s'évadant de l'île d'Elbe, revint en France et ressaisit, pendant cent jours, l'ombre de son ancien pouvoir, et, par cette folle démarche, ramena une seconde fois sur la France le fléau de l'invasion étrangère.
Ce nouvel orage arracha madame Louise à la solitude qu'elle avait su se faire aux environs de Paris et la força d'aller se réfugier en Angleterre. Elle y demeura jusqu'après la mémorable et sanglante bataille de Waterloo.
Un prêtre d'une grande piété et d'un grand courage, l'abbé d'Astros, devint son directeur et l'aida de ses conseils, et, avec la famille de Courson, contribua à l'achèvement du monastère. « Pendant la durée des travaux, après son retour d'Angleterre, madame Louise demeura chez madame la marquise de Vibraye, que la princesse se plaisait à nommer la sainte mère, par l'idée qu'elle avait de sa vertu si aimable, de sa piété si attrayante et qui a été et est laissée comme héritage à sa famille. »
Le % décembre 1816, M. l'abbé d'Astros, devenu plus tard archevêque de Toulouse, bénit la maison dont il fut reconnu supérieur ; il y dit la première messe et continua à donner les soins les plus zélés à la formation de l'établissement. Monseigneur de Quélen consacra plus tard l'église extérieure du Temple, et à cette cérémonie les plus hauts dignitaires du gouvernement et de la cour assistèrent. La fondatrice supérieure, s'enveloppant de plus en plus dans l'humilité chrétienne, était heureuse au milieu de ses austérités, lorsqu'une grande et cruelle épreuve lui survint.
Son loyal et vaillant père, le prince de Gondé, fort avancé en âge, tomba dangereusement malade.
Madame Louise, instruite du dangereux état de son père, fut vivement sollicitée de lui procurer la consolation de se rendre auprès de lui. Ce fut alors que son cœur filial ressentit toute la force du sacrifice religieux. Mais, ferme, inébranlable dans l'accomplissement de son devoir, elle répondit à ceux qui étaient venus la prier de se rendre au Palais-Bourbon : « Si le saint Père le pape m'en donnait l'ordre, en fille soumise de l'Eglise, j'obéirais ; mais jamais je ne demanderai une dispense qui puisse autoriser d'enfreindre la clôture. »
Pour que ses prières fussent mieux écoutées de Dieu, elle y joignit le mérite de son sacrifice filial. Prosternée devant l'autel, elle fit monter vers le souverain Maître de outes choses un parfum précieux qui se répandit en abondantes grâces dans l'âme du héros chrétien. Le noble et pieux chrétien répète jusqu'à son dernier souffle : In te. Domine, speravi, non confundar in œtenium. Et lorsque le prêtre qui l'assiste à l'agonie lui demande : Pardonnez-vous à tous ceux qui vous ont fait du mal ? Il répondit : Je suis assuré de mon salut , si Dieu me pardonne comme je leur pardonne.
Et cependant, vous le savez, on lui avait ravi l'espoir, l'orgueil de sa maison par le jugement et l'acte sanglant de Vincennes ! Dans son délire, le prince de Condé, se soulevant par instant de dessus son oreiller et agitant son bras droit comme s'il brandissait encore sa vieille et bonne épée, demandait: Ubi est hellum'l ubi est bellum? Ajoutant à ces mots : Credo inDeum... credo in Deum.
Dans sa retraite, la fondatrice et supérieure du monas-
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tère du Temple se faisait raconter chacun des instants, chacun des mots de son grand-père, et elle puisait une grande consolation dans une mort si édifiante et si chrétienne. Elle pleurait déjà moins, lorsque l'assassinat du duc de Berry vint tout à coup consterner la France et rouvrir la plaie encore saignante du meurtre du duc d'Enghien. Lors de ce nouveau crime, les princes habitants des Tuileries vinrent puiser auprès de la noble et sainte recluse de la force pour supporter un tel coup. La visite de Monsieur fut surtout déchirante. Madame Louise trouva des paroles à dire au père inconsolable. C'est tout près de la croix que naît et grandit le l)aume qui apaise le mieux les souffrances.
Nous avons déjà dit que Dieu s'était réservé en madame Louise de Gondé une victime expiatoire. Elle ne devait donc éprouver ici-bas que des amertumes. Nous allons en avoir une preuve déplus. Le jour fixé pour la joyeuse cérémonie de la bénédiction des cloches de son monastère fat celui où l'on put se convaincre que sa santé déclinait à grands pas. Le roi Louis XVIII et madame la dauphine étaient parrain et marraine ; il y avait donc grand appareil de fête, et monseigneur de Quélen devait bénir le don royal. Pendant la matinée de cette belle journée, le 13 août 1823, la sainte prieure était radieuse de joie. Le soir, elle se trouva faible, et cependant elle se préparait à la grande fête de l'Assomption. La veille, elle avait fait une chute dans un escalier. Depuis lors, la révérende mère fut dans un état alarmant. La gravité de l'un des derniers bulletins décida madame la dauphine à affronter les cruelles émotions que lui faisait éprouver la vue du Temple. Ses chevaux étaient attelés à sa voiture ; le roi eu fut insîruit, et appréhendant
ce qui pouvait en résulter pour la fille de Louis XVI, il le lui fit défendre. On doit regretter ce contre-ordre donné par le roi. Quel entretien que celui de ces deux princesses ! la fille des martyrs et celle des Condé, la sainte des palais et la sainte des cloîtres ! les deux femraes fortes, les deux chrétiennes résignées, éprouvées par nos longues tourmentes !
IMadame la dauphine s'était fait une habitude d'obéir aux désirs comme aux ordres du chef de la famille royale ; elle sacrifia donc cette dernière consolation qu'elle eût voulu procurer à une amie que son noble cœur avait toujours su apprécier.
Les maladies les plus cruelles ont des moments de relâche, la révérende mère prieure profitait de ces instants pour s'occuper encore de la communauté confiée à ses soins. C'était la tendre mère qui appelait ses enfants près de son lit. Un matin qu'elle était moins accablée du poids de cette lourde somnolence qui est comme l'apprentissage du sommeil de la tombe, une de ses jeunes religieuses mit sous ses yeux l'emblème d'une âme pure qui va prendre son essor vers la patrie des anges. C'était une image représentant une colombe blanche et sans tache portant une croix sur ses ailes déployées, tenant dans son bec un épi de blé, et laissant voir sur son blanc plumage quelques gouttes de sang. Les mots suivants étaient écrits au bas du petit tableau :
Chargée de sa croix , nourrie du froment des élus , lavée de son précieux sang y je vole à hii avec confiance.
La sainte supérieure arrêta pendant quelques instants ses regards sur cette mystique allégorie, un sourire d'approbation parut sur ses lèvres déjà pâles, et levant sa main
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droite elle la posa sur la tête de la jeune religieuse qui lui avait présenté son ouvrage. Ce fut. ici-bas, la dernière bénédiction que donna Louise Adélaïde de Bourbon-Gondé, fondatrice et prieure du monastère du Temple ; comme sur l'image, comme la colombe immaculée son âme venait de prendre son vol vers les cieux.
Morte, elle fut exposée sur un lit d'honneur pendant plusieurs jours, la foule fut nombreuse et recueillie autour de sa dépouille mortelle. On faisait toucher des chapelets, des médailles, des images au corps de la sainte revêtu de la robe de l'ordre de l'Adoration perpétuelle. Louise-Adélaïde avait voulu les obsèques les plus humbles ; le roi ne voulut point obéir à ce vœu de la recluse, et les honneurs dus aux membres de la famille royale lui furent rendus.
Son corps fut déposé dans un cercueil de plomb, puis, plus tard, sous un monument de marbre blanc, sur lequel on lisait cette inscription gravée en lettres d'or :