Vers
d'ousàma ibn mounkidh 211
tranchante. Je poussai l'âne devant moi jusqu'à ce que je l'eusse entraîné vers mes compagnons, qui le prirent. Mon père et son entourage s'étonnèrent de la course fournie par cette jument.
Allah (gloire à lui!) décréta que je sortirais un jour pour me distraire sur les bords du fleuve de Schaizar \ J'étais monté sur cette jument. J'avais avec moi un professeur qui, tantôt récitait des poésies, tantôt psalmodiait des passages du Coran, tantôt chantait. Je descendis m'asseoir sous un arbre et je laissai la jument à un écuyer qui lui mit des entraves, au bord du fleuve. Elle s'enfuit et tomba sur le flanc dans l'eau. Toutes les fois quelle voulait remonter, elle retombait à cause des entraves. L'écuyer était tout jeune, incapable de la dégager. Nous ne savions rien, nous ignorions tout. Lorsque la jument fut sur le point de mourir, elle nous appela par ses cris. A notre arrivée, elle rendit le dernier soupir. Nous coupâmes les entraves et nous la fîmes remonter. Elle était morte, bien que l'eau dans laquelle elle s'était noyée ne lui arrivât pas jusqu'à l'épaule. C'étaient les entraves seules qui l'avaient tuée.
Un jour, mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) partit pour la chasse ^ et amena avec lui un émir qu'on appelait Samsâm ad- Daula (As-Samsâm), ancien compagnon d'armes de Fakhr al-Moulk Ibn 'Ammâr, seigneur de TripoH, qu'il avait servi. C'était un chasseur peu expérimenté. Mon père lança sur des oiseaux aquatiques un faucon qui lia l'un d'eux et tomba au milieu du fleuve. Samsâm ad-Daula se mit à se frapper une main contre l'autre et à dire : « Il n'y a de force et de puissance qu'en Allah. Pourquoi suis-je sorti aujourd'hui? » — Je lui dis : « 0 Samsâm ad-Daula, crains-tu que le faucon se noie? » — « Oui », répondit-il. — Je repris : « Lui, il a noyé un canard, ce qui l'a fait se jeter à l'eau, mais non se noyer. » Je ris et j'ajoutai : « A l'instant même, il va remonter. » En eff"et, le faucon avait saisi la tête de l'oiseau et avait nagé en l'emportant, puis l'avait ramené captif. Samsâm ad-Daula resta dans l'admiration de ce que le faucon avait échappé, et dit : « Gloire à Allah! » et « Louange à Allah! ».