‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 13 sur 108 · Dan? la soirée du 15 avril · texte numérisé non relu

Dan? la soirée du 15 avril

habitude, afin d'apporter ses salutations pour la journée du jeudi. Il s'assit dans un salon de la partie du palais où siège le vizir, comme s'il attendait le moment où Ath-Thàflr accueillerait ses hommages. Lorsque l'heure où le khalife lui donnait audience chaque jour fut passée, 'Abbâs manda le régisseur du palais et lui dit : « Qu'a notre maître pour avoir manqué l'audience du salut f » Le régisseur ne savait que répondre. 'Abbâs s'emporta contre lui et lui dit : « Pourquoi ne me réponds-tu pas? » — Il répliqua : « 0 mon maître, notre maître, nous ne savons pas où il est. » — « Les pareils de notre maître, reprit le vizir, ne sont jamais égarés. Retourne pour faire une nouvelle enquête. » — Le régisseur partit, revint et dit : « Nous n'avons pas trouvé notre maître. » — 'Abbâs s'écria : « Le peuple ne saurait rester sans khalife. Entre chez les princes, frères d'Ath-Thâflr. Qu'un d'entre eux sorte ! Nous lui prêterons le serment de fidélité. » — Le régisseur revint presqu'aussitôt lui dire : « Les princes te font savoir : Nous n'avons aucune part au pouvoir, le père d'Ath-Thâfir nous en ayant déshérités, lorsqu'il l'a transmis à notre frère Alh-Thâflr. Après lui, c'est à son fils qu'appartient l'autorité. » — « Eh! bien, dit alors 'Abbàs, amenez-le, ce fils, que nous le proclamions khalife. »

Or 'Abbâs avait tué Ath-Thàflr et s'était proposé de dire que celui-ci avait été tué par ses frères et de punir leur crime par leur mort. Le fils d'Ath-Thâflr parut. C'était un enfant, qu'un des eunuques du Château portait sur son épaule. 'Abbâs le prit et le souleva dans ses bras. L'assemblée pleura. Puis 'Abbâs, sans abandonner son fardeau, entra dans la salle d'audience d'Ath-Thâflr, où se tenaient les flls d'Al-Hàfilh, l'émir Yoùsouf et l'émir Djibrîl, ainsi que le flls de leur frère, l'émir Aboù '1-Bakâ.

Nous étions assis dans le portique. Le palais contenait plus de mille hommes des troupes de Misr. Nous n'éprouvions aucun trouble, lorsque, tout à coup, une troupe sortit de l'audience vers la salle, et l'on entendit le cliquetis des épées s'acharnant sur une victime. Je dis à un écuyer Arménien qui me servait : « Regarde qui l'on vient de tuer. » Il revint immédiatement et me dit : « Ces gens ne se conduisent pas en musulmans. C'est mon maître Aboù '1-Amâna (il désignait

d'ousâma ibn mounkidh 21

ainsi l'émir Djibrîl) qu'ils ont tué. L'un d'eux a fendu le ventre du cadavre pour en retirer les intestins. Ensuite 'Abbàs sortit, portant sous son aisselle la tète de l'émir Yoùsouf découverte, labourée par un coup d'épée, laissant ruisseler des flots de sang. Aboù '1-Bakà, le flls du frère de l'émir Yoùsouf, se trouvait avec Nasr, flls de 'Abbàs. On fit entrer l'oncle et le neveu dans un salon du Château, où ils furent tués. Il y avait dans le palais mille épées nues!

Ce jour fut un des plus pénibles que j'aie endurés. Car je vis les hommes se vautrer dans les hontes d'une impiété telle que la réprouvent Allah et toutes ses créatures.

Une curieuse aventure, qui advint en ce même jour, fut que 'Abbàs, voulant entrer dans la salle du conseil, en trouva la porte verrouillée à l'intérieur. Or, il y avait un vieil eunuque, chargé d'ouvrir et de fermer la salle d'audience. Il était surnommé Amin al-Moulk. Après de nombreux essais, on finit par forcer la serrure. On entra et l'on trouva le gardien derrière la porte. Il était mort subitement et tenait la clef dans sa main.

Quant à la guerre civile, qui éclata dans Misr et où 'Abbâs vainquit les troupes de la ville, elle eut pour cause le malaise ressenti par,tous les cœurs, lorsque 'Abbâs eut fait aux enfants d'Al-Hâfith (qu'Allah l'ail en pitié!) ce qu'il leur fit. L'hostilité et la haine restèrent d'abord à l'état latent. Celles des filles d'Al-Hâfith, qui se trouvaient encore dans le palais, écrivirent au champion des musulmans ^ à Aboù '1-Gârât Talà'i' Ibn Rouzzîk (qu'Allah l'ait en pitié!) pour implorer son secours. Celui-ci enrôla des combattants et sortit de son gouvernement pour se diriger vers Le Caire. 'Abbâs donna des instructions pour qu'on équipât la flotte et pour qu'on y apportât des provisions, des armes et de l'argent. 11 prit le commandement de l'armée de mer et de terre, le jeudi 10 de safar, en l'an 549 ^ Il ordonna à son fils Nâsir ad-Dîn Nasr de rester au Caire et me dit : « Tu resteras avec lui. »

Lorsque 'Abbâs fut sorti de son palais pour arrêter la marche d'Ibn Rouzzîk, ses soldats le trahirent et fermèrent les

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