Le 26 avril ll.=j
portes du Caire. La lulto s'engagea entre nous et eux sur les routes et clans les avenues, leurs cavaliers nous combattant pour nous barrer le passage, et leurs fantassins nous atteignant avec des flèches en bois el avec des pierres du haut des terrasses, tandis que les femmes et les enfants nous jetaient des pierres par les fenêtres, La lutte ne dura entre nous et eux qu'un seul jour, depuis le matin jusqu'au coucher du soleil. 'Abbâs remporta la victoire. Les rebelles ouvrirent les portes du Caire et s'enfuirent. 'Abbâs s'attacha à leurs pas tant qu'ils restèrant sur le territoire de Misr et en fit périr un grand nombre. Puis il retourna dans son Palais et reprit son droit d'ordonner et d'interdire. 11 résolut d'incendier la Barkiyya parce que les maisons des soldats étaient groupées dans ce quartier du Caire. Je cherchai par la douceur à modifier ses idées, et je lui dis : « 0 mon maître, lorsque le feu brûlera, l'incendie consumera ce que tu veux, mais aussi ce que tu ne veux pas, et tu ne sauras comment l'éteindre. » Je réussis à le détourner de son projet et j'obtins la grâce de l'émir Al- Mou'taman, fils d'Aboû Ramâda, après que 'Abbâs eut ordonné son exécution. Je demandai excuse pour lui, et sa faute lui fut pardonnée.
La rébellion s'apaisa. Elle avait effrayé 'Abbâs, en lui démontrant l'hostilité des troupes et des émirs, en le convaincant qu'il n'y avait point place pour lui au milieu d'eux. Sa résolution fut bientôt définitive : il s'éloignerait de Misr et se rendrait en Syrie auprès d'Al-Malik Al-'Adil Noùr ad-Dîn (qu'Allah l'ait en pitié!), dont il implorerait l'assistance.
Les messages entre le personnel des Châteaux et Ibn Rouzzîk se succédaient sans trêve. Depuis mon entrée en Egypte, j'étais uni à lui par des liens d'amitié et par des relations suivies. Un envoyé vint me trouver de sa part pour me dire : « 'Abbâs ne peut rester en Egypte. Il doit en sortir pour aller en Syrie. Alors moi, je m'emparerai du pouvoir. Quant à toi, tu sais ce que nous ressentons l'un pour l'autre. Aussi ne t'associeras-tu pas à son départ. Il ne manquera pas, ayant besoin de toi en Syrie, de t'inviter a le suivre et d'insister pour t'emmener avec lui. Aussi vrai qu'Allah est le seul dieu, ne t'attache pas à ses pas ; car tu auras ta part dans tout avantage que je recueillerai. » Ce furent les satans qui soufflèrent
d'ousàma ibn mounkidh 23
tout cela aux oreilles de 'Abbâs, ou peut-être le soupçonna-til, connaissant l'affection qui existait entre moi et Ibn Rouzzîk.
Voici quelques détails sur la sédition qui contraignit 'Abbâs à quitter l'Egypte et amena son meurtre par les Francs. Lorsqu'il soupçonna l'accord entre moi et Ibn Rouzzîk, ou bien lorsqu'il en eut été informé, il me fit venir et me fit prêter des serments solennels, ne laissant aucune échappatoire, que je partirais avec lui et que je l'accompagnerais. Ma parole ne lui paraissant pas une garantie suffisante, il envoya pendant la nuit son ostàdâr, qui avait accès dans son gynécée et qui emmena dans sa maison mes femmes, ma mère et mes enfants, en me disant de sa part : « Je prends à ma charge en ton lieu et place toute dépense que comportera leur entretien pendant la route, et je les ferai transporter avec la mère de Nâsir ad- Dîn. » 'Abbâs disposa pour son voyage ses chevaux, ses chameaux et ses mulets. Il possédait deux cents chevaux et juments tenus en laisse entre les mains des serviteurs selon l'habitude égyptienne, deux cents mulets 'de selle et quatre cents chameaux pour porter ses bagages.
'Abbàs était adonné avec ardeur à l'étude des étoiles, et, sous l'influence d'un horoscope favorable, il avait fixé son départ au samedi 15 du premier rabî\ en cette même année'. J'étais auprès de lui, lorsque se présenta un de ses serviteurs qu'on appelait 'Antar ^ le grand, qui gérait ses affaires, grandes et petites, et qui lui dit : « 0 mon maître, qu'avonsnous à espérer de notre départ pour la Syrie'? Prends tes trésors, tes femmes, tes aides de camp et tes fidèles, conduisnous vers Alexandrie; c'est de là qu'après avoir réuni des troupes fraîches nous reviendrons attaquer Ibn Rouzzîk et ses partisans. Si nous sommes victorieux, tu reprendras possession de ton palais et de ton autorité. Si nous échouons, nous retournerons à Alexandrie, où nous nous fortifierons et où nous nous mettrons en état de défense contre notre ennemi. » Mais 'Abbâs le rabroua et déclara son opinion erronée. Et pourtant il était dans le vrai!
La veille, le vendredi, en se levant, 'Abbâs m'avait fait