‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 15 sur 108 · Peut-être : « 'Anbar » ; de même à la page suivante · texte numérisé non relu

Peut-être : « 'Anbar » ; de même à la page suivante

appeler dès l'aube. J'étais à peine arrivé auprès de lui que je lui dis : « 0 mon maître, lorsque je passe mon temps dans ta société depuis l'aurore jusqu'à la nuit, comment pourrais-je vaquer à mes préparatifs de voyage? » — Il me répondit : « Il y a chez nous des messagers venus de Damas; tu les expédieras, puis tu iras faire tes préparatifs. »

Auparavant, il avait fait appeler un certain nombre d'émirs et leur avait demandé le serment de ne pas le trahir et de n'ourdir aucun complot contre lui. Il avait fait venir aussi les chefs de certaines tribus arabes, de Darmâ, Zouraik, Djoudhâm, Sinbis, Talha, Dja'far et Lawâta, et leur avait fait prêter un serment identique par le Coran et par le divorce. Nous étions sans défiance au moment où je me trouvais auprès de 'Abbâs, le matin du vendredi, lorsque, tout à coup, des hommes armés parurent et se précipitèrent sur nous, conduits par les émirs mêmes qui, la veille, s'étaient laissé arracher un serment de fidélité.

'Abbâs ordonna de seller ses bêtes de somme. Elles furent sellées et arrêtées devant la porte de son palais. 11 y avait entre nous et les révoltés de Misr comme une barrière, qui les empêchait de nous atteindre, par suite de l'encombrement produit en avant de nous par l'accumulation des bêtes de somme. Voici que 'Antar le grand, le majordome de 'Abbâs, celui qui lui avait donné un si excellent avis, sortit vers les gens de son maître, et il était leur chef, s'emporta contre eux et les invectiva en disant : « Retournez dans vos maisons, et laissez paître librement les bêtes de somme. » Les palefreniers, les muletiers et les chameliers partirent. Les bêtes de somme restèrent à l'abandon. Le pillage s'y exerça sans obstacle.

'Abbâs me dit : « Sors, amène à notre aide les Turcs, qui ont leurs quartiers près de la Porte de la victoire (bah a?i-nasr); les payeurs les rétribueront largement. » Lorsque j'arrivai à eux et que je leur adressai cet appel, ils montèrent tous à cheval, et ils n'étaient pas moins de huit cents cavaliers, mais ils sortirent du Caire par la Porte de la victoire afin de se dérober au combat. Les mamloùks de 'Abbâs étaient plus nombreux que les Turcs ; ils sortirent également par la Porte de la victoire et je retournai vers le vizir pour l'en informer.

Je m'occupai ensuite de faire sortir mes femmes, qu'il avait

d'ousàma ibn mounkidh 25

fait transporter dans son palais. En même temps que j'y réussis, je fis sortir les femmes de 'Abbàs. Puis, lorsque la route fut libre et que les bêtes de somme eurent été volées jusqu'à la dernière, les hommes de Misr parvinrent jusqu'à nous et nous expulsèrent. Nous n'étions qu'une poignée d'hommes; ils formaient une masse compacte.

Après que nous eûmes dépassé la Porte de la victoire, ils s'élancèrent vers les issues de la ville, les fermèrent et revinrent piller nos maisons. Chez moi, ils prirent dans la grande salle de mon habitation quarante sacs magnifiques en cuir, contenant une quantité considérable d'argent, d'or et de vêtements, et enlevèrent dans mon écurie trente-six chevaux et mules destinés à être montés, avec leurs selles et leur attirail en parfait état, et aussi vingt-cinq chameaux. Quant à mon fief de Koùm Aschfîn, ils y firent main basse sur deux cents tètes de bœufs appartenant aux fermiers, sur mille moutons et sur des greniers regorgeant de denrées.

Nous n'étions pas encore bien loin de la Porte de la victoire, que les tribus arabes, dont 'Abbàs avait réclamé le serment de fidélité, se concentrèrent et nous combattirent depuis le vendredi dés l'aube jusqu'au jeudi 20 du premier rabî' '. La lutte se poursuivait pendant toute la journée. Lorsque la nuit devenait noire et que nous faisions halte, ils nous laissaient d'abord nous endormir en paix, pour ensuite détacher contre nous une centaine de cavaliers montés, poussant leurs chevaux sur l'une des ailes de notre camp, et élevant tout à coup la voix dans un cri retentissant. Ceux de nos cavaliers qui, prenant peur, sortaient à leur rencontre, devenaient leurs prisonniers.

Il m'arriva un jour de me trouver séparé de mes compagnons. J'étais monté sur un cheval blanc, le plus mauvais de mes trotteurs. Mon écuyer l'avait sellé, sans que nous eussions prévu ce qui arriverait. Je n'avais emporté aucune autre arme que mon épée. Les Arabes fondirent sur moi. J'étais hors d'état de les repousser et mon cheval était incapable de me conduire vite hors de leur portée. Déjà leurs lances m'avaient effleuré. Je me dis : « Si je sautais à bas de

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