‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 17 sur 108 · Le 7 juin · texte numérisé non relu

Le 7 juin

d'ousàma ibn mounkidh 27

fait captif. Les Francs prirent à 'Abbâs ses trésors et ses femmes, et tuèrent les soldats cjui tombèrent entre leurs mains. Parmi leurs prisonniers était mon frère Nadjm ad-Daulà Aboù 'Abd AUàh Mohammad.

Enfin ils se lassèrent de nous combattre, après que nous nous fûmes retranchés à l'abri de leurs coups sur les montagnes. Notre voyage se continua à travers les régions des Francs dans des conditions plus pénibles que la mort, sans les provisions nécessaires aux hommes, sans fourrages pour les chevaux, jusqu'aux montagnes des Banoû Fahîd (qu'AUâh les maudisse!), dans la Vallée de Moïse {toâdî Moiisâ).

Notre montée s'effectua par des chemins aussi étroits qu'escarpés jusqu'à une vaste plaine et jusqu'à des hommes, vrais satans lapidés. Tous ceux d'entre nous qu'ils purent saisir isolément, ils les tuèrent.

Ce pays devait être habité par quelque émir Tayyite, descendant de Rabî'a. Je demandai : « Quel émir de la tribu de Rabî'a est ici présent? » — On me répondit : « Mansoûr, fils de Guidafl. » Or, c'était un de mes amis. Je donnai deux dinars à un homme de service qui irait trouver Mansoùr, et qui lui dirait : « Ton ami Ibn Mounkidh te salue et te prie de venir vers lui demain de bon matin. »

Notre nuit fut troublée par la crainte que nous ressentions. Lorsque l'aurore brilla, les habitants s'équipèrent et se postèrent près de la source. « Nous ne vous laisserons pas, direntils, boire notre eau, quand nous, nous mourons de soif. » Or, cette source aurait suffi aux besoins de Rabî'a et de Modar. Et combien n'avaient-ils pas d'autres sources semblables sur leur territoire ! Mais leur but était uniquement de provoquer la lutte entre nous et eux et de s'emparer de nos personnes.

Nous en étions là, lorsque Mansoùr, fils de Guidafl, arriva, leur adressa des reproches et les invectiva. Ils se dispersèrent. Mansoùr me dit : « Monte à cheval. » Nos chevaux nous descendirent par un chemin plus étroit et plus accidenté que celui par lequel j'étais monté. Nous étions parvenus sains et saufs dans le fond de la vallée, après avoir failli périr. Je réunis pour l'émir Mansoùr mille dinars de Misr, et jelui en fis présent. 11 nous quitta. Nous poursuivîmes notre route, et enfin, avec ceux qui avaient échappé aux massacres des Francs

et des Banoû Faliîd, nous atteignions la contrée de Damas le vendredi 5 du dernier rabî', dans cette même année ', Notre délivrance, après les périls d'un tel voyage, fut un signe manifeste de la providence d'Allah et de son admirable protection.

Dans cette série d'événements, il m'arriva une histoire étonnante. Ath-Thâfir avait envoyé à Nasr, fils de 'Abbâs, un cheval d'amble, petit, gracieux, franc d'origine. J'avais cfuitté Le Caire pour me rendre dans un village, qui m'appartenait, tandis que mon fils Aboû '1-Fawâris Mourhaf tenait société au fils de 'Abbàs. « Nous voudrions, dit celui-ci, pour ce cheval d'amble une selle élégante, une selle de Gazza.» — Mon fils lui répondit : « 0 mon maître, je t'en connais une vraiment exceptionnelle. » — « Où est-elle? » demanda-t-il. — Mon fils répliqua : « Dans la maison de ton serviteur, mon père. Il possède une selle de Gazza magnifique. » — « Fais-la apporter, » dit Nasr. Celui-ci envoya dans ma maison un messager qui prit la selle. Nasr en fut enchanté et la fit attacher sur le cheval d'amble. Cette selle était montée de Syrie avec moi sur l'un des chevaux tenus en laisse; elle était contrepointée, avec une bordure noire, d'un très bel effet. Elle pesait cent trente milhkâls. Lorsque je revins de mon fief, Nâsir ad-Dîn me dit : a Nous nous sommes mal conduits à ton égard et nous t'avons enlevé cette selle de ta maison. » — Je répondis : « 0 mon maître, quel bonheur pour moi d'avoir pu te servir! »

Lorsque plus tard les Francs nous attaquèrent à Al-Mouwailih, j'avais avec moi cinq de mes mamloùks montés sur des chameaux, les Arabes leur ayant pris leurs chevaux. Au moment où les Francs survinrent, nombre de chevaux erraient librement. Mes écuyers descendirent des chameaux, interceptèrent la course des chevaux et en prirent cinq, qui leur servirent de montures. Or, sur l'un des chevaux dont ils s'étaient emparés était placée cette même selle d'or que le fils de 'Abbâs s'était appropriée naguère.

Parmi les survivants de notre caravane étaient l.lousâm al- Moulk, cousin do 'Abbâs, et un frère utérin de 'Abbàs, fils d'Al-'Âdil -. llousâm al-Moulk avait entendu ra(;onter l'his-

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