‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 20 sur 108 · L'atàbek Zenguî · texte numérisé non relu

L'atàbek Zenguî

Nous irons ensemble à Alep pour y renouveler notre appareil de voyage. Puis, lorsque vous aurez atteint Alep, il dira : Nous allons nous avancer jusqu'à l'Euphrate pour recruter les Turcomans. Une fois que vous serez campés sur les bords de l'Euphrate, il te dira : Si nous ne traversons pas l'Euphrate, nous ne pourrons pas enrôler les Turcomans. L'Euphrate traversé, l'atâbek se parera de toi et tirera vanité auprès des sultans orientaux de pouvoir dire : Ce grand d'Egypte est maintenant à mon service. C'est alors que tu souhaiteras revoir une pierre d'entre les pierres de Syrie, mais tu ne le pourras plus. Tu te souviendras à ce moment de ma parole et tu penseras : Il m'avait donné un bon conseil que je n'ai pas écouté. »

Roudwàn baissa la tète et resta pensif, ne sachant que dire. Puis il se tourna vers moi et me demanda : « Que dois-je décider, puisque tu veux t'en retourner? » — Je lui répondis : « S'il y a quelque utilité à ce que je reste, je resterai. » — « C'est le cas », me dit-il.

Je restai. Il y eut entre nous plusieurs entretiens. Il fut enfin convenu que Roudwân se rendrait à Damas, y recevrait trente mille dinars, dont la moitié serait payée en espèces et dont l'autre moitié serait représentée par un fief, qu'on attribuerait à son habitation la Maison d'Al-'Akîkî, et que ses compagnons recevraient une solde.

Rou(hvân souscrivit à ces conditions de sa plus belle écriture et me dit : « Si tu veux, je partirai avec toi. » — « Non, lui répondis-je. Je prendrai les devants, j'emporterai d'ici une colombe messagère. Dès que je serai arrivé, que j'aurai installé ta maison et que j'aurai tout disposé, je lâcherai vers toi la colombe et, sur l'heure, je me mettrai en route pour te rencontrer à mi-chemin, afin de t'introduire à Damas. » Nos conventions ainsi arrêtées, je pris congé de Rouflwân et je partis.

Amin ad-Daula, de son côté, désirait que Roufhvàn retournât en Egypte pour y exécuter les promesses qu'il lui avait faites, pour y satisfaire les ambitions qu'il avait éveillées en lui. Amin ad-Daula rassembla les hommes disponibles et les amena à Roudwân après que je l'eus quitté. A peine celui-ci avait-il franchi les frontières de l'Egypte que ses troupes tur-

(|ues le trahirent et pillèrent ses bagages '. Il mil sa personne à l'abri dans une des tribus arabes et envoya une députation vers Al-Hàfilh pour lui demander l'amân. Peu après, il rentra à Misr et, sur l'ordre du khalife, fut aussitôt emprisonné, ainsi que son tils.

Au moment où j'arrivai à Misr ^ Roudwàn était enfermé dans un bâtiment accolé au Palais. A l'aide d'un clou en fer, il finit par percer le mur sur une épaisseur de quatorze coudées. Il sortit dans la nuit du mercredi au jeudi ^ L'un des émirs, son parent, informé de ses intentions, se tenait auprès du Palais pour l'attendre, ainsi que l'un de ses protégés, appartenant à la tribu de Lawâta. Tous trois marchèrent jusqu'au Nil, qu'ils traversèrent à la hauteur de Gîzehf Sa fuite mit Le Caire en agitation. Le lendemain matin, il se montra à Gîzeh dans un salon de réception, où la foule se pressa autour de lui, pendant que l'armée de Misr se disposait à le combattre. Puis, le vendredi matin, il passa sur l'autre rive du Nil pour atteindre Le Caire, tandis que l'armée égyptienne, sous la direction de Kaimâz, le Maître de la porte {Sâhib albâh), revêtait ses cottes de mailles pour le combat. Lorsque Roufhvân les eut rejoint, il les mit en déroute et entra au Caire.

J'étais monté à cheval et je m'étais dirigé avec mes compagnons vers la porte du Palais, avant que Roufhvàn ne fût entré dans la ville. Je trouvai les portes du Palais fermées, sans que personne se tînt aux abords. Je revins sur mes pas et je ne bougeai plus de ma maison.

Roudwân s'était établi dans la mosquée Al-Akmar. Les émirs se rendirent en foule vers lui, apportant des vivres et de l'argent. Al-Ilâflth, de son côté, avait massé une troupe de nègres dans le Palais. Ils burent, s'enivrèrent, puis on leur ouvrit la porte et ils sortirent, demandant la tète de Roudwân. Le tumulte qui se produisit fit monter à cheval tous les émirs, qui abandonnèrent Roudwân et se dispersèrent. A son tour, il quitta la mosquée, mais sa monture n'y était plus; son écuyer l'avait prise et était parti.

Un jeune garde du corps vit Roudwàn arrêté sur le seuil

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