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tu donc pour le moment à pleurer ainsi, ô Aboû Mahmoud? » — Il répondit : « J'ai reçu un coup de lance de Sourhanak, fils d'Aboû Mansoùr. » — « Eh bien, repris-je, quelle importance y a-t-il à recevoir un coup de lance de Sourhanak? » — 11 répondit : « Aucune, sinon qu'il me vient d'un homme tel que Sourhanak. Par Allah, la mort me serait plus légère que le coup dont il m'a frappé. Mais il m'a atteint par surprise et à l'improviste. » J'essayai de le calmer et d'atténuer la chose à ses yeux. Mais il fit faire volte-face en arrière à la tête de son cheval. Je lui dis : « Où vas-tu, ô Aboù Mahmoud'? » — Il répondit : « Vers Sourhanak. Par Allah, je lui donnerai un coup de lance ou je mourrai de sa main. » Il s'absenta pendant une heure, je m'occupai de l'ennemi qui me faisait face; puis il revint en riant. Je lui demandai : « Qu'as-tu fait? » — Il répondit : « Je lui ai donné un coup de lance, par Allah ; et, si je l'avais manqué, j'étais perdu. » En effet il avait fondu sur Sourhanak qui était au milieu de ses compagnons, l'avait percé d'un coup de lance et était revenu.
Voici un fragment de poésie relative à Sourhanak et à Djam'a :
C'est d'Allah que vient ton lait ! Tu ne t' imaginais pas qu'il exercerait le talion^ qu'il serait altéré, empêché de dormir par des désirs de vengeance.
Tu l'avais réveillé, puis tu t'étais endorjiii toi-même ; mais lui, il ne s'était pas assoupi, par colère contre toi; commuent dormirait-il dans son ardeur f
Si le temps triomphe de toi, et ce sera peut-être un jour, c'est c^u'on t'aura donné trop bonne mesure et que la coupe débordera.
Ce Sourhanak était un des cavaliers les plus illustres, un chef des Kurdes, Seulement il était jeune, tandis que Djam'a était en pleine maturité, avec le discernement de l'âge et la supériorité du courage.
L'action de Sourhanak m'a rappelé ce que lit Mâlik ibn Al- ITâritli Al-Aschtar (qu'Allah l'ait en pitié!) à l'égard d'Aboû Mousaika Al-lyâdî. Lorsque, à l'époque d'Aboû Bekr As-Siddik (qu'Allah l'ait en sa grâce!), les Arabes rompirent avec l'islamisme et qu'Allah (gloire à lui!) eut résolu de les combattre en
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faveur de cette religion, Aboù Bekr dirigea les armées vers les tribus d'Arabes apostats. Or, Aboù Mousaika Al-Iyâdî était, avec les Banoû Hanîfa, les plus puissants des Arabes, tandis que Mâlik Al-Ascbtar était l'un des généraux d'Aboû Bekr (qu'Allah l'ait en pitié!). Lorsque l'accord fut rétabli, Mâlik s'avança entre les deux armées en présence et cria : « 0 Aboù Mousaika ! » Celui-ci sortit des rangs. L'autre reprit : « Malheur à toi, ô Aboù Mousaika! Comment, après avoir pratiqué l'islamisme et lu le Coran, tu es revenu à l'impiété !» — « 0 Mâlik, prends garde à toi, dit Aboù Mousaika. Il est interdit aux musulmans de boire du vin. Or, sans vin, il n'y a pas de constance. » — « Te plairait-il, reprit Mâlik, de lutter avec moi en combat singulier? » — « Oui », dit l'autre. Ils s'entrechoquèrent avec les lances et avec les épées. Aboù Mousaika frappa Mâlik, lui fendit la tète et lui renversa les paupières, ce qui le fit surnommer Al-Aschtar (l'homme aux paupières renversées). Mâlik revint alors, en se retenant à la crinière du cheval depuis la selle. Des gens de sa famille et de ses amis se réunirent à lui en pleurant. Il dit à l'un d'eux : « Fais pénétrer ta main dans ma bouche. » Celui-ci fit pénétrer son doigt dans la bouche de Mâlik qui le mordit. L'homme se tordit de douleur. Mâlik s'écria : « Votre maître n'a aucun mal. L'on dit que, tant que les dents sont solides, la tète est solide. Bourrez ma blessure de farine fine, puis bouchez-la avec un turban. » Une fois qu'on eut bourré et bouché la plaie, il dit : « Amenez mon cheval ». — On lui demanda : « Pour aller où? » — Il répondit : « Vers Aboù Mousaika. » Mâlik s'avança entre les deux armées en présence et cria : « 0 Aboù Mousaika. » Aboù Mousaika s'avança, rapide comme la flèche. Mâlik frappa Aboù Mousaika de son épée sur l'épaule qu'il fendit jusqu'à l'endroit de la selle et le tua. Mâlik retourna vers son campement, resta quarante jours sans pouvoir remuer. Ensuite il se remit et guérit de cette blessure.
J'ai vu un cas analogue où l'homme blessé de la lance fut sauvé, alors qu'on s'était imaginé qu'il était mort. Nous avions eu une rencontre avec les éclaireurs de la cavalerie de Schihâb ad-Dîn Mahmoud, fils de Karâdjà, qui avait fait invasion dans notre pays et nous avait dressé une embuscade.
Puis, après la bataille, nos cavaliers se séparèrent. Alors vint à moi un cavalier de nos troupes, nommé 'Alî ibn Salàm, un Noumairite, et dit : c< Nos compagnons se sont débandés. Si les ennemis fondent sur eux, ils les anéantiront. » — Je dis : « Retiens en mon nom mes frères et mes cousins, afin que je ramène nos hommes en arrière. » — 'Alî s'écria : « 0 émirs, laissez Ousàma ramener les hommes en arrière et ne le suivez pas. Autrement, l'ennemi fondrait sur eux et les délogerait. » — Ils répondirent : « Nous rentrerons. » Je sortis au galop de mon cheval pour faire rentrer nos hommes en 'arrière. Quant aux ennemis, ils se tenaient à distance d'eux pour les attirer et s'emparer de leurs personnes. Mais, lorsqu'ils me virent leur faire rebrousser chemin, ils s'élancèrent sur nous et leur embuscade se montra, tandis que j'étais à quelque distance de mes compagnons. Je revins sur mes pas pour les rejoindre, voulant protéger leurs derrières. Je trouvai mon cousin Laith ad-Daula Yahyâ (qu'Allah l'ait en pitié!) qui avait dégainé à l' arrière-garde de mes compagnons sur le côté de la route au sud, tandis que j'étais sur le côté du nord. Nous avions rejoint nos compagnons.
Un cavalier ennemi, Fàris ibn Zimàm, un Arabe bien connu, s'avança en hâte et passa devant nous, avide de jouer de la lance sur nos compagnons. Mon cousin me devança, le frappa de sa lance. Fàris tomba, ainsi que son cheval, et la lance se brisa avec un fracas que nous entendîmes, moi et mes compagnons.
Or, mon père (qu'Allah l'ait en pitié !) avait envoyé un messager à Schihâb ad-Din qui l'amena avec lui, lorsqu'il vint nous combattre. Après le coup de lance qui atteignit Fàris ibn Zimàm, et après la déception de la campagne, Schihàb ad-Dîn rendit la liberté au messager qui emporta une réponse touchant l'objet de sa mission et retourna à Ilamâ.
J'interrogeai le messager : « Est-ce que Fàris ibn Zimàm est mort?» — « Non, répondit-il, par AUàh. 11 n'est môme pas blessé. » 11 ajouta : « Laith ad-Daula Ta frappé de la lance sous nos yeux. Il l'a renversé et il a renversé son cheval. J'ai bien entendu le fracas de la lance, lorsqu'elle s'est brisée; mais, au moment où Laith ad-Daula l'enveloppait à gauche, il s'est rejeté sur le côté droit, tenant lui-mènic à la main une
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lance, sur laquelle son cheval s'est abattu prés d'un précipice. Cette lance s'est brisée. Laith ad-Daula s'est acharné contre son adversaire avec sa propre lance ; elle lui est tombée des mains. Ce que tu avais entendu était donc le fracas de la lance deFàris ibn Zimàm. La lance de Laith ad-Daula a été apportée devant Schihàb ad-Dîn en ma présence. Elle était intacte, sans la moindre fêlure, et Fàris n'a pas été le moins du monde blessé. »
Son salut m'étonna. Ce coup de lance avait ressemblé aux coups que l'on porte avec une épée tranchante, selon la parole d'Antar :
Les dievaux et les cavaliers savent que j'ai violemment séparé leur masse par un coup d'une épée tranchante.
L'armée et l'embuscade de Schihâb ad-Dîn s'en retournèrent sans avoir conquis ce qu'ils auraient voulu.
Le vers précédent est extrait d'une poésie par 'Antara ibn Schaddâd (Antar), dans laquelle il dit :
Je suis un héros, dont une moitié appartient à la plus haute lignée de 'Abs; l'autre, je la protège avec 'mon sabre.
Et, lorsque l'escadron demeure immobile et observe du coin dx l'œil, je suis considéré commue supérieur à qui se vante de ses oncles paternels et maternels.
Certes la mort, si on la comparait à quelque chose, devrait être assimilée aux coups p)ortés par mes pareils lorsque l'ennemi s'arrête dans le campement resserré.
Les chevaux et les cavaliers savent que j'ai violemment séparé leur masse par un coup d'une épée tranchante.
Renoncez à descendre de vos montures; car je suis le premier à mettre pied à terre. Sur quelles montures chevaucher ai s-je, si je n'en descendais jamais'^
Il m'arriva une aventure analogue devant Apamée. En effet, Nadjm ad-Din îlgàzî ' TOrtokide défît les Francs devant Al-Balât, et cela le vendredi 5 du premier djoumàdâ, en l'an 513 ",