Le texte porte Nadjm ad-Din Ibn llgàzî
2. 14 août 1119. Confusion avec la seconde bataille de Dànith qui eut lieu à cette date, tandis que Roger avait été vaincu et tué à Al-Balàt dès le 28 juin.
et les anéantit. Roger {Roïidjâr), prince d'Antioclie, fut tué, ainsi que tous ses cavaliers.
Mon oncle Izz acl-Dîn ALoû 'l-'Asâkir Soultân (qu'Allah l'ait en pitié !) s'était rendu au camp de Nadjm ad-Dîn îlgâzî, tandis que mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) était resté en arriére, dans la citadelle de Schaizar. Mon oncle lui avait recommandé de me faire partir pour Apamée à la tète des hommes valides restés avec moi à Schaizar et de les exciter, ainsi que les Arabes, à une incursion pour piller les champs cultivés d'Apamée. Une quantité d'Arabes était venue grossir notre population.
Peu de jours après le départ de mon oncle, le héraut nous appela aux armes. J'entraînai avec moi une petite bande, vingt cavaliers tout au plus. Nous étions convaincus qu'Apamée était dégarnie de cavalerie. A notre suite s'avançait une masse de pillards et de Bédouins. Parvenus à la Vallée de Boémond {kxIcIî abotl ' i-maimoim), isolés des pillards et des Arabes qui s'étaient dispersés dans les champs, nous vîmes fondre sur nous un détachement considérable de Francs. Il leur était arrivé cette nuit-là même soixante cavaliers et soixante fantassins. Nous fûmes délogés de la vallée, pourchassés. A la fin, nous avions rattrapé ceux de nos hommes qui étaient occupés à dévaster les plantations.
Les Francs poussèrent un cri de guerre retentissant. Je dédaignai la mort, en pensant que tout ce monde y était exposé avec moi. A la tête des Francs s'avançait un cavalier, qui avait rejeté sa cotte de mailles et s'était allégé afin de pouvoir nous dépasser. Je me précipitai sur lui et je l'atteignis en pleine poitrine. Son cadavre s'envola à distance de la selle. Puis je courus sus à leurs cavaliers, qui s'avançaient à la file. Ils reculèrent. Et pourtant je n'avais pas l'expérience des combats, car c'était ma première bataille. J'étais monté sur un cheval rapide comme l'oiseau ; je m'élançai à leur poursuite pour frapper dans leurs rangs, sans qu'ils m'inspirassent de terreur.
Dans l'arrière-garde des Francs, il y avait un cavalier monté sur un rouan cap de more qui ressemblait à un chameau. Il avait sa cotte de mailles et sa cuirasse. J'avais peur de lui et je ne me souciais pas qu'il dégainât en faisant un
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retour offensif contre moi. Tout à coup, il éperonna sa monture, dont je vis avec joie briller la queue. Elle paraissait épuisée. Je m'élançai sur le cavalier, je le frappai, et ma lance traversa son corps, faisant saillie en avant de prés d'une coudée. La légèreté de mon corps, la violence du coup porté et la rapidité de mon cheval me firent tomber de la selle. Je m'y assis de nouveau, je brandis ma lance, bien convaincu que j'avais tué le Franc, et je rassemblai mes compagnons. Ils étaient tous sains et saufs.
Un petit mamloûk m'accompagnait, tenant en laisse une jument rouanne de rechange qui m'appartenait. Il montait une belle mule de selle, avec une housse aux franges d'argent. Il en descendit, la lâcha et enfourcha la jument qui prit son vol avec lui jusqu'à Schaizar.
Aussitôt que je fus de nouveau réuni à mes compagnons, qui s'étaient emparés de la mule, je m'informai de mon écuyer. « Il s'en est allé, » me répondirent-ils. Je compris qu'il allait rentrer dans Schaizar et inquiéter à mon sujet le cœur de mon père (qu'Allah l'ait en pitié!). J'apostrophai l'un de nos soldats et je lui dis : « Fais hâte vers Schaizar et informe mon père de ce qui s'est passé. »
Mon écuyer, â peine rentré, avait été invité par mon père à se présenter devant lui. « Par quelles épreuves avez-vous passé? » demanda Mourschid. — « 0 mon maître, répliqua l'écuyer, les Francs ont fait une sortie contre nous ; ils étaient bien mille, et je m'étonnerais s'il y avait un seul survivant en dehors de mon maître. » — « Mais, dit Mourschid, comment ton maître aurait-il échappé seul au massacre général'^ » — « Je l'ai vu, dit l'écuyer, couvert de sa cuirasse, chevaucher sur sa jument grise pommelée. »
Il en était là de son récit, quand le cavalier envoyé par moi survint, apportant la certitude. A mon tour, je rentrai. Mon père m'interrogea, et je lui dis : « 0 mon maître, c'est bien vraiment ma première bataille. Lorsque j'ai vu les Francs en venir aux mains avec nos hommes, j'ai dédaigné la mort, je me suis tourné contre les Francs, pour me faire tuer ou pour sauver tout ce monde. » Mon père (qu'Allah l'ait en pitié !) m'appliqua alors ce vers du poète :
Le lâche fuit pour sauver sa tête ; l'homme brave défend même ceux cjui 7ie lui tiennent 'pas de près.
Mon oncle (qu'Allah Fait en pitié !) arriva quelques jours après, ayant pris congé de Nadjm ad-Dîn îlgâzî (qu'Allah l'ait en pitié !). 11 m'envoya aussitôt quérir par un messager, me priant de me rendre auprès de lui à l'heure accoutumée. Il me reçut, ayant à ses côtés un homme d'entre les B'rancs. « Ce cavalier, me dit-il, est venu d'Apamée, il aspire à voir le cavalier qui a frappé le chevalier Philippe, car les Francs ont été surpris du coup qui lui a été porté, qui a fendu sa cotte de mailles à deux endroits de la bordure, et pourtant le chevalier a été sauvé. » — « Comment, m'écriai-je, a-t-il pu être sauvé ? » — Le cavalier Franc répondit : « Le coup s'est émoussé contre la peau des hanches. » — Je dis : « Merveille du destin! Combien le destin est une forteresse imprenable! Je n'aurais jamais supposé que le cavalier survivrait à un coup pareil! »
Voici mon opinion : 11 est indispensable à celui qui se propose de donner un coup de lance qu'il serre sa main et son avant-bras contre son côté, sur la lance, et qu'il laisse le cheval se diriger d'après ce qu'il fait lui-même au moment où il frappe. Car, toutes les fois que l'homme remue sa main ou sa lance ou tend celle-là pour manier celle-ci, le coup ne laisse aucune trace et ne cause aucun dommage.
J'ai vu un cavalier de nos hommes, nommé Badî ibn ToHl Al-Kouschairî. C'était un de nos braves. Nous nous étions rencontrés, nous et les Francs. Il était désarmé, n'ayant sur lui que deux vêtements. Un cavalier Franc le frnppa de la lance en pleine poitrine, fit une entaille dans la courbe autour de la poitrine. Le fer sortit de l'autre côté. Cet homme revint, et nous ne supposions pas qu'il regagnerait sa demeure vivant. Or, Allah (gloire à lui !)décréta qu'il échappât et que sa blessure guérît. Mais, pendant une année entière, lorsqu'il voulait dormir sur le dos, il ne pouvait s'asseoir sans qu'un homme l'assît en le saisissant par les épaules. Puis, ce dont il se plaignait se calma et il revint à ses habitudes de se mouvoir et de chevaucher. Aussi dis-je : Gloire à Celui dont la volonté domine ses créatures, qui fait vivre et qui fait mourir, tandis
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qu'il reste vivant et ne meurt pas, dans la main duquel est tout bien, dont la puissance est universelle * !
Il y avait chez nous un artisan, nommé 'Attàb, le plus corpulent et le plus long des hommes. Celui-ci entra un jour dans sa maison et, au moment de s'asseoir, appuya sa main sur une étoffe placée à sa portée. Elle contenait une aiguille qui lui entra dans la paume de la main et il en mourut. Par Allah, il gémissait dans la ville et l'on entendait son gémissement de la citadelle à cause de sa haute stature et de sa voix sonore. Il mourait d'une piqûre d'aiguille, tandis qu'Al-Kouschairi avait une lance qui lui pénétrait dans la poitrine et qui le transperçait sans qu'il fiit atteint gravement.
Une certaine année, le seigneur d'Antioche ^ (qu'Allah le maudisse!) déploya contre nous ses cavaliers, ses fantassins, ses tentes. Nous montâmes à cheval et nous les atteignîmes, nous imaginant qu'ils allaient nous combattre. Ils vinrent, s'établirent dans leur campement habituel et s'enfermèrent dans leurs tentes. Nous rentrâmes de notre côté jusqu'à la fln du jour. Puis, nous montâmes à cheval, nous imaginant qu'ils allaient nous combattre. Mais ils ne bougèrent pas de leurs tentes.
Mon cousin Laith ad-Daula Yahyâ avait des récoltes qui avaient prospéré. Elles étaient dans le voisinage des Francs. 11 réunit des bètes de somme pour aller chercher et pour emporter ses récoltes. Nous partîmes avec lui au nombre de vingt hommes armés et nous nous postâmes entre lui et les Francs jusqu'à ce qu'il eût pris possession des récoltes. 11 partit.
Je m'écartai avec un de nos affranchis, un certain Housâm ad-Daula Mousâfir (qu'AUâh l'ait en pitié!), vers un vignoble, au milieu duquel nous avions aperçu des individus placés sur le bord du fleuve \ Lorsque, au déclin du soleil, nous arrivâmes aux individus que nous avions vus, voici que c'était un vieillard portant une calotte de femme et un autre vieillard. Housâm ad-Daula, qui était (qu'Allah l'ait en pitié!) un homme excellent, habitué à plaisanter, dit au premier des