De l'Oronte
deux vieillards : « 0 scliaikh, que fais-tu ici? » — Il répondit : « J'attends les ténèbres et je donnerai satisfaction à Allah le Tout Puissant sur les chevaux de ces infidèles. » — Je repris : « 0 schaikh, sera-ce avec tes dents que tu couperas leur cavalerie? » — « Non, dit-il, mais a\ec ce couteau. » Il tira du milieu de sa robe un couteau, attaché par un fil, brillant comme un tison ardent. Il n'avait aucun autre vêtement que sa robe. Nous le quittâmes et nous prîmes congé de lui.
Le lendemain matin, je montai à cheval, attendant ce qui adviendrait des Francs. Voici que le schaikh était assis sur une pierre de la route, avec du sang figé sur sa jambe et sur son pied. Je lui dis : « Salut! qu'as-tu fait? » — Il répondit : « Je leur ai pris un cheval, un bouclier et une lance. Un fantassin s'est attaché à moi, au moment où je m'éloignais de leur armée, m'a donné un coup de sa lance et l'a fait pénétrer dans ma cuisse. J'ai pu lui échapper avec le cheval, le bouclier et la lance. » Il méprisait le coup qu'il avait reçu, comme si un autre en avait été frappé. Cet homme, appelé Az-Zamarrakal, était parmi les satans des bandits.
C'est à son sujet que l'émir Mou'în ad-Dîn ' (qu'Allah l'ait en pitié!) m'a raconté ce qui suit : « Alors que je séjournais à Homs, je fis une expédition contre Schaizar. A la fin du jour, je m'en retournai camper près d'un domaine sur le territoire de Hamâ. J'étais alors en hostilité avec le seigneur de I.lamâ. Voici que vinrent à moi des gens entraînant un schaikh dont ils se méfiaient, qu'ils avaient fait prisonnier et amené. Je lui dis : « 0 schaikh, qui es-tu? » — Il répondit : « 0 maître, je suis un mendiant âgé, atteint d'une maladie chronique. » Il me montra sa main, qui était atteinte d'une maladie chronique, et me dit : « Les troupes m'ont pris deux chèvres; je me suis mis à la poursuite des soldats, dans l'espoir qu'ils me feraient l'aumône de mes deux chèvres. » Je donnai à quelques-uns de mes gardes du corps l'ordre de garder le mendiant jusqu'au matin. Ils le firent asseoir au milieu d'eux et s'assirent auprès de lui sur les manches d'une pelisse. Le mendiant trompa leur surveillance pendant la nuit, sortit de la pelisse et la laissa sous eux pour s'enfuir. Le len-