‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 26 sur 108 · Mou'in ad-Din Anar · texte numérisé non relu

Mou'in ad-Din Anar

d'ousàma ibn mounkidh 45

demain, ils s'élancèrent à sa poursuite; mais il les devança et disparut. »

Mou'în ad-Dîn continua en ces termes : « Et j'avais envoyé quelques-uns de mes compagnons pour régler une affaire. Lorsqu'ils revinrent, et parmi eux était un de mes gardes du corps, nommé Saumân, qui habitait naguère Schaizar, je lui racontai l'histoire du schaikh. Il me dit : « Quels regrets il m'inspire! Si je l'avais rattrappé, j'aurai bu son sang à ce Zamarrakal. » — Je lui demandai : « Qu'y a-t-il donc entre toi et lui^^ )) — Il répondit : « L'armée des Francs campa devant Schaizar. Je me mis à en faire le tour. Peut-être leur déroberais-je un cheval. Lorsque l'obscurité fut complète, je m'avançais vers une écurie qui était devant moi. Or, voici que ce Zamarrakal m'arrêta et me dit : « Où vas-tu? » — Je lui répondis : « Prendre un cheval dans cette écurie. » — Il répliqua : « Comment, depuis le souper, j'observerais l'écurie pour que tu y prisses toi le cheval! » — Je dis : « Tu n'es pas dans la bonne voie. » — Mais il reprit : « Tu ne passeras pas, par Allah. Je ne te laisserai rien prendre. » Je ne tins pas compte de sa défense et je me dirigeai vers l'écurie. Alors il se leva et cria de sa voix la plus forte : « 0 ma misère, ô déception pour mon honneur et pour ma renommée ! » Il vociféra jusqu'au moment où les Francs s'élancèrent contre moi. Quant à lui, il avait disparu. Les Francs me poursuivirent de si près que je me jetai dans le fleuve. Je ne croyais pas que je leur échapperais. L'aurais-je rattrapé que j'aurais bu son sang. Car c'est un brigand redoutable qui n'a jamais suivi les troupes que pour les voler. »

Ce Saumân disait : « Qui verrait Zamarrakal le considérerait comme incapable de voler dans sa maison une couronne de pain rond. »

En fait de vol merveilleux, je raconterai l'anecdote suivante : J'avais à mon service un certain 'Alî ibn Ad-Doùdawaihi, dont la conduite était répréhensible. Les Francs (qu'Allah les maudisse!) campèrent un jour devant Kafartàb qui appartenait alors à Salâh ad-Dîn Mohammad, fils d'Ayyoùb, Al-Yâguîsiyànî (qu'Allah l'ait en pitié!). Cet 'Alî ibn Ad-Doûdawaihi sortit de la ville, tourna autour des Francs et prit un cheval, sur lequel il monta et qu'il amena au galop hors du

campement. 'Alî entendait du bruit derrière lui et s'imaginait qu'un cavalier s'acharnait à sa poursuite. Il pressait sa monture, le bruit persistant sur ses derrières. Son galop se poursuivit l'espace de deux parasanges, sans que le bruit discontinuât. Alors il se retourna pour voir ce qui l'accompagnait ainsi dans les ténèbres. C'était une mule, compagne du cheval, qui avait rompu son licou pour le suivre. 'Ali serra ses rênes sur la tête de la mule dont il s'empara. Au lendemain matin, il vint auprès de moi à Ilamâ m'offrir ie cheval et la mule. Le cheval était une des montures les meilleures, les plus belles et les plus rapides.

J'étais un jour auprès de l'atâbek, alors qu'il assiégeait Rafaniyya '. 11 m'avait mandé. 11 me dit : « 0 Ousâma, qu'astu fait de ton cheval dont tu as fait mystère? » On lui avait raconté l'histoire du cheval. Je lui répondis : « Non, par Allah, ô mon maître, je n'ai pas de cheval caché. Tous mes chevaux sont montés par nos soldats.» — 11 reprit: « Et le cheval Francf » — « Il est présent », lui dis-je. — Il ordonna : « Envoie, qu'on l'amène. » J'envoyai pour qu'on l'amenât, puis je dis à Fécuyer : « Conduis-le à l'étable de l'atâbek. » — L'atâbek s'écria : « Je le laisserai provisoirement chez toi. » Le lendemain matin il le monta et devança tous les autres de vitesse, puis il le rendit à mon étable. 11 demanda de nouveau qu'on le lui amenât de la ville, le monta et devança tous les autres de vitesse. Je le fis alors transporter dans son étable.

Et j'ai vu dans le combat qui suivit la fin de la trêve cet épisode : 11 y avait chez nous parmi nos troupes un cavalier réputé, nommé Râfi' Al-Kilâbî. Nous nous combattîmes, nous et les Banoû Karâdjâ ^ qui avaient recruté et rassemblé contre nous des Turcomans, ainsi que d'autres soldats. Nous les laissâmes se déployer dans une plaine de la région. Ils s'amoncelèrent pour nous combattre. Nous retournâmes, en protégeant la rentrée les uns des autres, ce Râfl' étant à la tête de ceux qui défendaient notre arrière-garde. Il portait un casaquin; sur sa tête était un casque sans visière. Il se retourna, comme s'il voyait une occasion de les châtier. Une flèche le

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