En
ad-Dîn, avec son escorte, se tenait à distance, dans sa crainte des Kurdes.
Par accident, un coup de lance avait atteint l'un de nos compagnons, nommé Hàritha An-Noumairi, parce qu'il était accroupi sur le poitrail de son cheval. La lance s'enfonça ensuite dans le cheval, le hlessa violemment et finit par retomber. La peau du poitrail de l'animal fut toute entière enlevée et la bête resta suspendue sur ses jambes de devant.
Schihàb ad-Dîn se tenait à l'écart du champ de bataille. Et pourtant une flèche lancée de la forteresse l'atteignit et le frappa sur le côté de l'os du poignet, sans pénétrer plus avant que l'épaisseur d'un grain d'orge. Son aide de camp vint me dire de sa part : « Reste à ton poste, afin de rallier les troupes dispersées dans le pays, car j'ai été blessé, et je crois sentir ma blessure jusque dans mon cœur. Je m'en retourne ; veille sur nos hommes. »
Il partit. Je ramenai les hommes, je fis halte devant le château fort de Khouraiba. Les Francs y avaient placé une sentinelle pour nous épier de loin, lorsque nous projetterions une incursion vers Apamée.
J'arrivai au déclin du jour à Schaizar. Schihàb ad-Dîn était dans la maison de mon père. Il avait voulu dénouer les bandages de sa blessure et la soigner. Mon oncle l'en empêcha et lui dit : « Par Allah, tune dégageras pas ta blessure ailleurs que dans la résidence. » — Il répondit : <( Je suis dans la maison de mon père. » C'était mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) qu'il désignait ainsi. Alon oncle reprit : « Lorsque tu seras parvenu chez toi et que ta blessure sera guérie, la maison de ton père sera à ta disposition. » Schihàb ad-Dîn se dirigea vers l'ouest et se rendit à I.lamâ. Il s'y arrêta le lendemain et le surlendemain. Puis sa main noircit, il perdit connaissance et mourut. Ainsi s'accompht sa destinée.
Parmi les coups de lance les plus terribles, j'ai vu un coup dont un cavalier d'entre les Francs (puisse Allah leur faire défection!) frappa l'un de nos cavaliers, nommé Sâya (1) ibn Kounaib, un Kilàbite. Celui-ci eut trois côtes fendues à gauche et trois à droite, sans parler de son coude atteint et détaché par le tranchant de la lame, comme le boucher disjoint les articulations. Le Kilàbite mourut sur l'heure.
d'ousàma ibn mounkidh 49
Un Kurde qui servait dans nos troupes, un nommé Mayyâh, frappa de la lance un cavalier d'entre les Francs, fit pénétrer dans son corps un fragment de sa cotte de mailles et le tua. Puis les Francs firent, quelques jours après, une incursion contre nous. Mayyâh s'était juste marié. Il sortit armé et, au dessus de sa cuirasse, il portait, comme les nouveaux épousés, un vêtement rouge qui le faisait remarquer. Un cavalier le frappa de sa lance et le tua (qu'Allah l'ait en pitié!).
Que le deuil causé par sa mort fut proche de ses noces!
Je me souviens â ce propos de ce qu'on a raconté au sujet du Prophète (qu'AUâh lui donne la bénédiction et le salut!). On venait de réciter devant lui la parole de Kais ibn Al- Khatîm :
Je me bats avec eux au jour du danger pour ma famille, en soupirant, comme si ma main, par rapport à l'épée, était un joueur d'échecs ayant 'perdu une tour.
Le Prophète (qu'Allah lui donne la bénédiction!) dit aux assistants d'entre les Ansâr (qu'Allah les ait en grâce!) : « Est-ce que quelqu'un parmi vous a pris part à la Journée du verger? » — « Moi, dit l'un d'eux, ô envoyé d'Ailâh (qu'Allah te donne la bénédiction et le salut!), et Kais ibn Al-Khatîm en était également, au moment où il venait de se marier. Il portait un manteau rouge. Or, par Celui qui t'a envoyé apporter la vérité, il se conduisit à la bataille comme il l'a dit de lui-même.
Entre autres coups de lance merveilleux, je rapporterai qu'un Kurde, nommé Hamadàt, nous était uni par de très anciennes relations. Il avait voyagé avec mon père (qu'Allah Tait en pitié!) jusqu'à Ispahan â la cour du sultan Malik- Schâh ^ Depuis, il avait vieilli et sa vue s'était affaiblie. Ses enfants avaient grandi. Mon oncle Izz ad-Dîn- lui dit un jour : (( 0 Hamadât, tu as vieilli et tu t'es affaibli. Nous avons des devoirs envers toi, en raison de tes services. Si tu voulais seulement rester attaché à ta mosquée (or il y avait une