‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 30 sur 108 · Vers le sud-est · texte numérisé non relu

Vers le sud-est

d'ousAma ibn mounkidh 51

« J'ai vu un détachement de Francs égarés, qui sont venus du désert. Si vous décidiez une sortie contre eux, vous les feriez prisonniers. » Mon père et mon oncle ' mirent en campagne leurs troupes pour surprendre le détachement égaré. Or c'était le comte de Cerdagne, à la tète de trois cents cavaliers et de deux cents Turcopoles ( Tourkouboidî). On appelle ainsi les archers des Francs. Lorsqu'ils aperçurent nos compagnons, ils remontèrent sur leurs chevaux, firent une charge à fond sur nos soldats, les mirent en déroute et les contraignirent à abandonner jusqu'au dernier le champ de bataille.

Un mamloùk de mon père, nommé Yàkoùt le Long, s'acharna contre eux, sous les yeux de mon père et de mon oncle (qu'Allah les ait tous deux en pitié !). Il donna un coup de lance à un de leurs cavaliers, un autre cavalier étant à côté du premier, alors que ceux-ci poursuivaient nos compagnons. Yâkoùt renversa les deux cavaliers et les deux chevaux. Or cet écuyer avait une conduite douteuse et irrégulière, ne cessant de s'exposer aux punitions. Toutes les fois que mon père se proposait de le châtier, mon oncle disait : « 0 mon frère, donne-moi sa grâce et ne lui oublie pas ce coup de lance. » Alors mon père lui pardonnait grâce à l'intercession de son frère.

Ce Hamadât, dont j'ai parlé plus haut, était un causeur ingénieux. Mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) m'a raconté ce qui suit : « Un matin, je dis à Hamadât, alors que nous nous trouvions sur la route d'ispahan : « 0 émir Hamadât, as-tu mangé quoi que ce soit aujourd'hui f >> — « Oui, répondit-il, ô émir, j'ai mangé un morceau de pain trempé. » — Je repris : « Nous avons chevauché de nuit sans faire halte, sans allumer de feu. D'où t'est venu ce pain trempé i » — Il répondit : « Le mélange a été opéré dans ma bouche. J'y mettais le pain et je buvais là-dessus de Teau. Il en résultait comme du pain trempé. »

Mon père (qu'Allah l'ait en pitié !) avait pris part â nombre de combats. 11 avait sur le corps des blessures horribles et mourut cependant sur sa couche ^ Un jour, il assistait à la

1. Je traduis ainsi, bien que le texte semble porter : et mes deux oncles, 2: Le 30 mai 1137.

bataille, armé et couvert d'un heaume musulman. Un homme l'attaqua avec le fer d'un javelot, et c'est ainsi qu'à cette époque les Francs combattaient le plus souvent les Arabes. Le fer se fixa dans la visière du casque. Mon père se replia et laissa saigner son nez, sans dommage pour lui-même. Et si Allah (gloire à lui !) avait décrété que le javelot déviât de la visière du casque, mon père en serait mort.

Une autre fois, il fut frappé à la jambe par une flèche de bois. Dans sa bottine était une dague. La flèche s'y enfonça et s'y brisa, sans le blesser, parce que telle était la beauté de la protection dont l'entourait AUâh le Tout Puissant.

Il assista (qu'Allah l'ait en pitié !), le dimanche 29 de schawwâl, en l'an 497 ', à la bataille livrée contre Saif ad- Daula Khalaf ibn Moulàlb Al-Aschbahî (?), seigneur d'Apamée, sur le territoire de Kafartâb. Mon père avait revêtu sa cuirasse. L'écuyer, dans sa hâte, avait négligé de rejeter sur le côté le crochet de la cuirasse. Une pique atteignit mon père à l'endroit que l'écuyer avait négligé de dissimuler audessus du sein gauche et alla sortir au-dessus du sein droit. Les causes de son salut furent que, la volonté divine ayant ordonné merveille en fait de blessure, Allah (gloire à lui !) décréta merveille en fait de guérison.

Dans ce même jour, mon père (qu'AUâh l'ait en pitié !) avait donné un coup de lance à un cavalier; puis, inclinant de côté son cheval, il avait ployé sa main pour retirer le fer enfoncé dans le corps du blessé. Voici ce qu'il m'a raconté : « Je ressentis comme une piqûre à mon poignet. Je l'attribuai à la chaleur produite par les feuilles de métal delà cuirasse. Mais ma lance me tomba des mains et je la ramassai. Je m'aperçus alors que j'avais été atteint à la main et que la peau y était pendante par la rupture d'un nerf. » Je vis mon père (qu'Allah l'ait en pitié !), alors que Zaid le chirurgien soignait sa blessure. A son chevet un serviteur se tenait debout. Celui-ci dit : « 0 Zaid, sors ce caillou de la blessure. » Le chirurgien ne lui répondit pas. Il reprit : » 0 Zaid, ne vois-tu pas ce caillou? Ne le retireras-tu pas de la blessure 1 » Ennuyé de son insis-

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