Le manuscrit porte : « la tête de Djam'a
et ne soit infatué de sa bravoure. Par Allah, je partis avec mon oncle paternel ^ (gu'Allâh l'ait en pitié!) pour une incursion contre Apamée ^ Il advint que les troupes de cette ville firent une sortie pour protéger le départ d'une caravane qu'ils mirent en route. Sur le retour, nous les rencontrâmes et nous mîmes à mort environ vingt hommes. Je vis alors Djam'a le Noumairite (qu'Allah l'ait en pitié!), portant enfoncée la moitié d'une lance, qui avait d'abord atteint le coussinet sous la selle, qui était sortie d'un des coins jusqu'à sa cuisse, qui avait pénétré dans son corps par derrière et s'y était brisée. J'en fus ému. Mais il me dit : « Ne t'inquiète pas ! Je suis sain et sauf. » Il saisit la pointe de la lance et la retira, lui et son cheval étant tous deux en parfait état. Je lui dis : u 0 père de Mahmoud, j'aimerais m' approcher de la forteresse pour l'examiner. » — Il dit : « En route ! » Nous trottions ensemble sur nos deux chevaux. Arrivés à un point d'où nous dominions la forteresse, voici que huit Francs étaient postés sur la route située au-dessus de l'amphithéâtre, sur une hauteur d'où l'on ne pouvait descendre que par ce chemin. Djam'a me dit : « Fais halte pour que je te montre comment je vais les traiter. » — Je répondis : « Ce n'est pas juste; mais nous allons les assaillir, moi et toi. » — « Soit », dit-il. Nous nous élançâmes sur eux et nous revînmes, assurés d'avoir fait ce qu'aucun autre n'aurait pu faire. A nous deux, nous avions mis en déroute huit cavaliers Francs. Nous demeurâmes sur cette hauteur pour examiner la forteresse. Nous n'y fûmes troublés que par un petit fantassin qui était monté pour nous attaquer sur cette montée escarpée. 11 avait emporté un arc et des flèches en bois. Il nous atteignit, sans qu'aucun chemin nous fût ouvert dans sa direction. Nous fûmes mis en déroute, croyant à peine que nous lui échapperions, et nos chevaux ne furent pas touchés. Revenus sur nos pas, nous entrâmes dans les prairies autour d'Apamée, d'où nous poussâmes devant nous un butin considérable de bulHes, de bœufs et de brebis, et nous nous en retournâmes. Mon cœur soupirait à la pensée de ce fantassin qui nous avait mis en déroute, dans la direction