‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 35 sur 108 · Vers · texte numérisé non relu

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pagnons en déroute passer devant moi. Entre ceux qui passèrent ainsi, je reconnus Mahmoud, fils de Djam'a, et je lui dis : « Halte-là, ô Mahmoud ! » Il s'arrêta un instant, puis poussa son cheval et me quitta. Les éclaireurs de la cavalerie franque me rejoignirent. Je fus porté vers eux, tandis que je brandissais en arrière ma lance dans leur direction, en les observant et en les regardant. Aucun de leurs cavaliers ne se pressait de m'atteindre pour me donner un coup de lance. Devant moi étaient quelques-uns de nos compagnons. Nous étions entourés de jardins clos par des murs hauts d'une taille d'homme. Je fis faire volte-face à ma monture qu'un de nos compagnons tenait par la poitrine, je retournai sur la gauche la tète de ma jument et je l'éperonnai. La muraille était devenue proche. Je la saisis et elle se trouva placée entre moi et les Francs rangés en lignes. Un d'entre eux se hâta de me rattraper. Il portait une tunique en soie verte et jaune, sous laquelle je croyais deviner une cotte de mailles. Je le laissai passer devant moi, j'éperonnai ma jument et, dans le voisinage du mur, je lui donnai un coup de lance. Il se renversa au point que sa tête rejoignit son étrier; son bouclier et sa lance lui tombèrent des mains, ainsi que son casque de sa tète. Puis il se releva de nouveau sur sa selle. Il avait une cotte de mailles sous le manteau et mon coup ne l'avait pas blessé. Ses compagnons le rejoignirent, revinrent en arriére pour ramasser le bouclier, la lance et le casque. Lorsque le combat fut terminé et que les Francs se furent éloignés, Djam'a (qu'Allah l'ait en pitié!) vint à moi pour s'excuser au nom de son fils Mahmoud. « Ce chien, dit-il, s'est enfui de toi. » — « Qu'importe V » répondis-je. — Il reprit : « Mon fils s'enfuit de toi, et cela serait sans importance !» — Je dis : « Par ta vie, ô père de Mahmoud, toi aussi tu t'enfuiras de moi. » — Il répliqua : « 0 émir, par AUàh, certes la mort me serait plus légère que la fuite en t'abandonnant. »

Peu de jours après, les cavaliers de Hamà firent une incursion contre nous. Ils nous prirent un troupeau de bœufs et les. enfermèrent dans une île au-dessous du Moulin Al-Djalàlî. Les archers montèrent au-dessus du Moulin pour protéger le troupeau de bœufs. Je les rejoignis, moi, Djam'a et Schoudjà' ad-Daula Mâdi, un esclave né dans notre maison, un brave. Je

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leur dis à tous deux : « Nous traverserons sur l'autre rive et nous enlèverons les animaux. » Ce plan fut exécuté. Quant à Mâdî, sa jument fut atteinte par une flèche en bois qui la tua. A grand'peine, je le ramenai vers ses compagnons. Pour ma part, ma jument reçut une flèche en bois à la nuque, où elle fit une trouée d'un empan environ, sans que, par Allah, ma monture frappât du pied, ni qu'elle s'agitât, ni qu'elle parût sentir la blessure. Enfin Djam'a revint terrifié sur sa jument. A notre retour, je lui dis : « 0 père de Mahmoud, ne t'avaisje pas dit que tu t'enfuirais de moi, toi qui blâmais ton fils Mahmoud f — 11 répondit : « Je n'ai eu peur que pour ma jument; car elle m'est chère. » Et il s'excusa.

Ce même jour, nous nous étions rencontrés avec les cavaliers de Hamâ. C'étaient leurs avant-gardes qui avaient poussé vers l'île les troupeaux de bœufs. 11 y eut un combat entre nous et eux. Parmi les combattants étaient les cavaliers principaux de l'armée de Hamâ, Sourhanak, Gâzî At-Toullî, Mahmoud ibn Baldàdjî, Hadr At-Toùt et le généraUssime Khotlokh. Les troupes de Hamâ étaient plus nombreuses que les nôtres. Cependant notre attaque les mit en déroute. Je me dirigeai vers un de leurs cavaliers, pour lui donner un coup de lance. Or, c'était Hadr At-Toùt, qui me dit : « A tes ordres, ô Ousâma. » Je me détournai de lui vers un autre, que je frappai. Ma lance lui tomba sous l'aisselle et elle ne se serait pas enfoncée, s'il l'avait laissée aller. Mais il serra son avant-bras sur l'aisselle pour saisir la lance, tandis que sa jument passait rapidement devant moi. La lance traversa la selle jusqu'au cou de la monture qui s'accroupit, puis se releva sur le bord du torrent qui descend vers Al-Djalâlî. Le cavalier frappa sa jument, la poussa devant lui et mit pied à terre. Je louai Allah (gloire à lui!) de ce que ce coup de lance ne lui avait causé aucun dommage, car mon adversaire était Gâzi At-Toullî, et (qu'Allah l'ait en pitié !) il était un héros.

Un certain jour, l'armée d'Antioche s'établit contre nous dans les campements qu'elle occupait toutes les fois qu'elle nous attaquait. Nous leur faisions face sur nos chevaux. Le fleuve ^ nous séparait. Aucun de nos ennemis ne prit l'offen-

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