Au printemps de
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blés. Lui et Hasanoûn avaient un égal courage. Entre temps, Hasanoûn se tenait avec mon père dans une petite maison qu'il possédait, attendant son cheval, que son écuyer lui ramènerait de chez le vétérinaire, attendant aussi sa cuirasse. Il s'impalienta, se troubla de voir les coups portés par Kàmil Al-Maschtoùb, et dit à mon père : « 0 mon maître, mets à ma disposition un équipement, fùt-il léger. » — « Ces mulets, répondit mon père, portent des armures, choisis celles qui sont à ta convenance. » A ce moment, je me tenais derrière mon père, j'étais un adolescent, et ce fut le premier jour où j'assistai à un combat. Hasanoûn passa en revue les cuirasses enfermées dans les gaines sur les dos des mulets ; aucune ne lui allait. Il écumait de colère, dans son ardent désir de se distinguer dans l'action, comme Kàmil Al-Maschtoùb. Il s'avança sur le pas de sa maisonnette, sans être cuirassé. Un cavalier Franc lui barra le passage. Hasanoûn frappa de sa lance la jument de son ennemi sur la croupe. La jument prit le mors aux dents et emporta Hasanoûn, qu'elle jeta au milieu d'un escadron des Francs. Ceux-ci le firent captif, lui infligèrent toutes les variétés de tortures et voulurent lui crever l'œil gauche. Mais Tancrède (qu'Allah le maudisse!) leur dit : « Crevez-lui plutôt l'œil droit afin que, lorsqu'il portera son bouclier, son œil gauche étant caché, il ne puisse plus rien voir. » On lui creva l'œil droit, comme Tancrède l'avait ordonné. L'on réclama pour sa rançon mille dinars et un cheval brun qui appartenait à mon père, un cheval magnifique de Khafâdja, dont mon père se dessaisit pour racheter Hasanoûn. Dans cette journée, il était sorti de Schaizar des fantassins nombreux. Les Francs chargèrent contre eux sans ébranler leurs lignes. Alors Tancrède s'irrita et leur dit : » Vous êtes mes cavaliers, et chacun de vous touche une solde équivalente à la solde de cent musulmans. Vous avez en face de vous des sergents (il voulait dire par là : des fantassins), et vous ne seriez pas capables de les déloger! » — Ils répondirent : u Nous n'avons de crainte que pour nos chevaux ; autrement, nous aurions écrasé et percé de nos lances de tels adversaires. » — Tancrède reprit : « Les chevaux m'appartiennent; celui d'entre vous dont la monture aura été tuée, je la lui remplacerai. » Ils exécutèrent alors plusieurs
charges de cavalerie contre les hommes de Schaizar, perdirent soixante-dix chevaux, mais ne purent débusquer leurs ennemis des positions occupées par eux.
Il y avait à Apamée un cavalier, l'un des plus vaillants parmi les Francs, nommé Badrhawâ. Il disait : « Tu verras ce qui se passera le jour où je me rencontrerai dans le combat avec Djam'a », tandis que Djam'a disait : « Tu verras ce qui se passera le jour où je me rencontrerai dans le combat avec Badrhawà. »
Or, l'armée d'Antioche campa contre nous et dressa ses tentes à l'endroit habituel. Entre nous et les Francs était le fleuve. Nous avions un détachement posté sur une hauteur vis-à-vis d'eux. Un cavalier se mit à chevaucher hors de leurs tentes, s'avança et s'arrêta au-dessous de notre détachement, l'eau le séparant de nos troupes. Il leur cria : « Djam'a est-il parmi vousf » — « Non, répondirent-ils ». Et, par Allah, il n'était vraiment pas présent. Le cavalier qui avait posé la question était Badrhawâ.
Il se retourna et vit quatre de nos cavaliers de son côté du fleuve. C'étaient Yahyâ, fils de Sâfi, le gaucher (al-asar), Sahl, fils d'Aboù Gânim, le Kurde, Hâritha An-Noumairî et un quatrième. Il s'élança contre eux et les mit en déroute. II s'attacha à l'un d'eux, lui donna un coup de lance, puis d'un bond se déroba à la poursuite de son cheval et à son coup de lance et rentra dans les campements.
Nos quatre cavaliers revinrent à Schaizar, couverts de honte. On les railla, on les blâma, on les méprisa, on dit : « Quatre cavaliers se laissent mettre en déroute par un seul cavalier! Vous vous êtes dispersés à cause de lui. Il a donné un coup de lance à l'un de vous. Les trois autres auraient dû le tuer. Mais non. Vous vous êtes couverts de honte. » Le plus acharné contre eux était Djam'a An-Noumairî. On eût dit que cette déroute leur avait donné du cœur comme ils n'en avaient jamais eu et un courage auquel ils n'auraient même pas aspiré. Ils se piquèrent d'amour-propre, combattirent, se firent connaître dans la guerre et devinrent des cavaliers renommés après cette déroute.
Quant à Badrhawâ, il se rendit ensuite, pour quelque besogne, d'Apamée dans la direction d'Antioche. Il traver-
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sait sur sa mule la vallée d'Ar-Roùdj, lorsqu'il tut happé par un lion qui le désarçonna, l'emporta dans sa tanière et le mangea vif. Qu'Allah ne l'ait pas en pitié !
Parmi les traits de courage d'un seul homme contre une troupe nombreuse, je rapporterai que le généralissime Maudoùd (qu'Allah l'ait en pitié !) campa dans la banlieue de Schaizar le jeudi 9 de rabî' premier, en 505 '. Tancréde {DankarT), seigneur d'Antioche, se disposait à l'y attaquer avec des troupes considérables. Mon oncle paternel ^ et mon père (qu'Allah les ait tous deux en pitié !) sortirent vers Maudoùd et lui dirent : « Le meilleur parti à prendre serait de lever le camp (il était établi à l'est de Schaizar sur les bords du fleuve) et de t'installer à l'intérieur de la ville. Les soldats dresseront leurs tentes sur les toits en terrasses de nos maisons et nous combattrons les Francs après avoir mis en sûreté nos tentes et nos bagages. » Maudoùd quitta ses positions pour se conformer aux instructions de mon oncle paternel et de mon père qui se joignirent à lui le lendemain matin. Il sortit alors de Schaizar cinq mille fantassins armés, dont la vue réjouit et réconforta le généralissime. De son côté, il avait amené des soldats excellents. Il fit ranger ses troupes au sud du fleuve, tandis que les Francs campaient au nord. Tout le jour, on empêcha ceux-ci de boire et de descendre à l'abreuvoir, La nuit, ils partirent pour retourner dans leurs régions, nos hommes les entourant de toute part. Le lendemain, ils campèrent à Tell at-Tirmasî, où ils furent écartés de l'eau, comme la veille. Ils partirent la nuit suivante et campèrent à Tell at-Touloùl \ serrés de près par notre armée qui les empêchait d'avancer et qui bloquait les abords de l'eau pour qu'ils ne pussent pas y parvenir. Ils repartirent la nuit, se dirigeant vers Apamée. Notre armée les attaqua et les cerna, afin de leur couper la retraite. Un cavalier sortit de leurs rangs, assaillit nos hommes et se fraya un chemin jusqu'au milieu d'eux. On lui tua son cheval, on le cribla de blessures; il combattit à pied et finit par rejoindre ses compagnons. Les Francs rentrèrent dans leurs ré-