‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 40 sur 108 · Lecture incertaine · texte numérisé non relu

Lecture incertaine

gioiis et les musulmans cessèrent de les poursuivre. Le généralissime Maudoùd (qu'AUàh l'ait en pitié !) partit pour Damas.

Quelques mois plus tard, il nous parvint une lettre de Tancrède, seigneur d'Antioche, par l'entremise d'un cavalier accompagné d'une escorte d'écuyers et de compagnons. La lettre disait : « Le porteur est un cavalier respecté d'entre les Francs, qui est venu faire le pèlerinage et qui va retourner dans son pays. Il m'a prié de l'introduire auprès de vous pour qu'il voie vos cavaliers. Je vous l'ai adressé. Traitez-le bien. » Il était jeune, d'un bel extérieur, portant le costume avec élégance. Il gardait seulement les traces de nombreuses blessures. Sur sa face ressortait un coup d'épée qui l'avait fendue depuis la lisière des cheveux jusqu'au menton. Je m'informai qui il était. On me répondit : « C'est lui qui s'était élancé contre les troupes du généralissime Maudoùd, qui a eu son cheval tué sous lui, qui a combattu pour rejoindre ses compagnons. » Que soit exalté AUàh qui peut ce qu'il veut comme il le veut. L'abstention ne retarde pas plus le terme fixé que la témérité ne l'avance.

C'est ce que montre bien le récit que m'a fait le poète Al- 'Oukâb, l'un de nos combattants, un Magrébin. « Mon père, dit-il, sortit de Palmyre (Tadmour) pour se rendre au marché de Damas. Il avait avec lui quatre cavaliers et quatre fantassins traînant avec eux huit chameaux pour les vendre. » Il poursuivit en ces termes : « Pendant notre voyage, voici qu'un cavalier s'avança sur la limite du désert, et franchit bien vite la distance qui le séparait de nous. Il s'écria alors : «Abandonnez-moi les chameaux. » Nous l'accueillîmes par des cris et par des injures. Il lança son cheval contre nous, frappa l'un de nos cavaliers de sa lance, le renversa et le blessa. Nous repoussâmes l'agresseur, mais il revint à la charge contre nous et s'écria : « Abandonnez-moi les chameaux. » Nous l'accueillîmes par des cris et par des injures. Il nous assaillit et frappa de sa lance l'un de nos fantassins qu'il cribla de blessures. Nous le poursuivîmes, mais il nous devança et revint contre nous. Il nous avait déjà mis deux hommes hors de combat. Son nouvel assaut fut repoussé par un des nôtres qui lui donna un coup de lance. Le coup tomba sur l'arçon de la selle et la lance s'y brisa. Alors le cavalier

d'ousàma ibn mounkidh 71

ennemi lui donna un coup de lance et le blessa. Puis il nous attaqua encore et donna un coup de lance à l'un des nôtres qu'il renversa par terre. 11 s'écria de nouveau : « Abandonnezmoi les chameaux ! Sinon, je vous anéantirai. » — Nous dîmes : « Viens, prends-en la moitié. » — Il répondit : « Non. Attachez-en quatre, laissez-les en place. Prenez les quatre autres et allez-vous en. » Ce que nous fîmes, pouvant à peine croire que nous étions délivrés avec ce que nous avions gardé. Il entraîna les quatre chameaux sous nos yeux. Nous étions impuissants et sans ardeur contre lui. Il partit avec son butin, lui qui était seul contre huit hommes. »

Un fait du même genre se passa, lorsque Tancrède, seigneur d'Antioche, fit campagne contre Schaizar, d'où il enleva des bêtes de somme en quantité, après avoir tué des nôtres et fait des prisonniers. Son campement était près d'un village appelé Zalîn, où sont des cavernes inaccessibles, comme suspendues aux flancs de la montagne. On ne peut y accéder par aucun chemin qui parte des hauteurs ou qui monte de la plaine. Veut-on se retrancher dans ces cavernes, ce n'est qu'à l'aide de cordes qu'on peut y descendre de la cime. On était au jeudi 20 du rabî' second, en 502'. Un satan d'entre les cavaliers Francs s'approcha de Tancrède et lui dit : « Fais faire à mon intention une caisse en bois. Quant j'y serai assis, lancez-moi du haut de la montagne vers nos ennemis, en prenant soin d'employer des chaînes de fer, assez solidement attachées à la caisse pour qu'on ne puisse, ni les couper avec des épées, ni me faire tomber. » On lui fabriqua une caisse, on le lâcha, en retenant les chaînes de fer, dans la direction des cavernes suspendues. Il s'en empara et emmena tous ceux qui s'y trouvaient vers Tancrède. C'est que l'intérieur formait une galerie couverte, sans la moindre cachette et qu'en y tirant des flèches, il atteignait un homme à chaque coup, tant le lieu était resserré, tant la foule y était pressée !

Parmi les prisonniers de cette journée il y avait une femme d'une noble origine arabe. On avaii fait son éloge à mon oncle paternel Izz ad-Dîn Aboû 'KAsâkir Soultàn (qu'Allah l'ait en pitié!), alors qu'elle était dans la maison de son père. Mon

1; Le 27 novembre 1108;

oncle envoya une vieille femme de son entourage pour la voir. Elle revint, en vantant sa beauté et son intelligence, soit parce qu'on lui fit un cadeau, soit parce qu'on lui montra une autre femme. Mon oncle demanda la femme noble en mariage. Lorsqu'elle entra chez lui, elle ne ressemblait pas à la description qu'on lui en avait faite. De plus elle était muette. Il lui donna la dot qui lui revenait et la rendit à sa famille. Or, elle fut faite prisonnière et enlevée ce jour-là aux maisons de sa famille. Mon oncle dit : « Je ne laisserai pas une femme que j'ai épousée et qui s'est découverte devant moi, captive des Francs. » Il la racheta (qu'Allah ait mon oncle en pitié!) pour cinq cents dinars et la remit à sa famille.

Il y a de l'analogie dans ce que m'a raconté le poète de Bagdàdh, Al-Mou'ayyad, à Mausil, en l'an 565 '. « Le khalife \ dit-il, avait gratifié mon père d'un domaine où il allait et venait. La région était infestée de vagabonds qui coupaient les routes et que mon père tâchait de gagner, parce qu'il les craignait et parce qu'il comptait tirer quelque avantage de leurs prises. Nous étions un jour assis dans le domaine, lorsque s'avança un jeune Turc sur son cheval, avec un mulet de selle portant une sacoche et une jeune fille montée sur la sacoche. Il descendit, fit descendre la jeune fille et dit : « 0 vous, aidez-moi à déposer la sacoche. » Nous allâmes avec lui pour déposer la sacoche. Or, elle ne renfermait que des dinars en or et des bijoux précieux. Il s'assit, lui et la jeune fille, pour manger quelque chose. Puis il dit : « Aidez-moi à lever la sacoche. » Nous la levâmes avec lui. Il reprit : « Quel est le chemin d'Al-Anbâr? » — Mon père lui dit : « Voici quelle est la route. » Et il la lui indiqua, en ajoutant : « Mais, sur la route, sont embusqués soixante vagabonds que je crains pour toi. » — Le Turc se moqua de lui et dit : « Moi, je m'effraierais des vagabonds! » Mon père quitta son interlocuteur et se rendit vers les vagabonds, leur raconta ce qui concernait le Turc et ce qu'il emportait. Ceux-ci sortirent et lui barrèrent la route. Lorsqu'il les aperçut, il prit son arc, ou il avait laissé une flèche, et le banda pour les viser, mais la corde se fendit.

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