‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 42 sur 108 · Du 27 mai 1115 au 15 mai · texte numérisé non relu

Du 27 mai 1115 au 15 mai

2. Le sultan Seidjoûkide d'Ispahan Mohammad-Shàh, fils do Malik-Schàh.

3. L'alàbek de Mausil, connu sous le surnom de Ljonyoûsch-Beh, « l'Émir des armées ».

principaux. Ils campèrent devant Kafartâb, ville dans laquelle se trouvaient les deux frères de Théophile, à la tête des Francs, et attaquèrent la place. L'armée du Khorasan pénétra dans le fossé pour creuser la mine. Les Francs, se sentant perdus, mirent le feu à la citadelle et incendièrent les hourdages. La flamme atteignit et anéantit les chevaux, les bêtes de somme, le menu bétail, les porcs et les captifs. Les Francs restèrent comme suspendus aux murailles sur le sommet de la forteresse.

Il me vint à l'esprit d'entrer à l'intérieur de la mine, afin de l'examiner. Je descendis dans le fossé, tandis qu'on lançait sur nous une vraie pluie de flèches en bois et de pierres. Je pénétrai dans la galerie et j'y admirai une ordonnance remarquable. Un tunnel avait été percé à partir du fossé jusqu'à la barbacane; sur les côtés, deux étais supportaient une traverse empêchant ce qui était au-dessus de s'écrouler. Le boisage se continuait sans interruption jusqu'aux fondements de la barbacane. Puis les assaillants avaient creusé sous le mur de la barbacane, l'avaient suspendu et étaient parvenus aux fondements du château fort. Le tunnel était étroit. Il n'existait pour eux aucun autre chemin vers le château fort. Une fois arrivés à ce point, ils élargirent la galerie percée dans le mur du château fort, et, détachant successivement les pierres par éclats, ils firent porter le mur sur des étançons. Le sol, à l'intérieur du tunnel, après des parties sèches, était devenu boueux. C'est ce qui me décida à en sortir. Les troupes du Khorasan ne me reconnurent pas M'eussent-elles reconnu, elles ne m'auraient pas laissé sortir à moins d'une forte contribution.

Elles étaient occupées à tailler le bois desséché et à l'accumuler dans la galerie. Dès le lendemain matin, elles y mirent le feu. Quant à nous, nous avions endossé nos cuirasses et nous nous étions précipités dans le fossé pour monter à l'assaut de la citadelle, lorsque le château fort s'eft'ondrcrait; en attendant, les pierres et les flèches en bois nous infligeaient une épreuve terrible. Le premier effet du feu fut de faire tomber l'enduit de chaux qui liait les pierres. Il se produisit un craquement, l'ouverture s'élargit, le château fort s'effondra. Nous nous étions imaginés qu'ensuite nous serions

d'ousàma ibn mounkidh 75

en mesure d'arriver jusqu'à nos adversaires. Mais la face extérieure seule s'était écroulée. Le mur intérieur était resté debout, tel qu'il avait été. Nous demeurâmes jusqu'à ce que le soleil nous brûlât; alors eut lieu le retour dans nos cantonnements, tandis que les pierres lancées contre nous nous faisaient éprouver de grands dommages.

Après que le repos se fut prolongé jusqu'à midi, voici qu'un fantassin était sorti de nos rangs, tenant son épée et son bouclier, s'était dirigé vers le mur écroulé, dont les extrémités formaient comme les degrés d'une échelle, et avait escaladé la hauteur jusqu'à ce qu'il en eût atteint le point culminant. Lorsque nos autres soldats le virent, dix fantassins environ, munis de leur armement, s'élancèrent sur ses traces, se hâtèrent de gravir la pente l'un derrière l'autre et finalement arrivèrent au château fort, sans avoir éveillé l'attention des Francs. Le temps de mettre nos cuirasses, et, à notre tour, nous avions quitté nos tentes pour marcher en avant. Le château fort fut envahi par une armée nombreuse, avant que les Francs se fussent concentrés. Ceux-ci se dirigèrent vers les assiégeants, les criblant de leurs flèches en bois, et blessèrent celui qui était monté le premier. Il descendit, alors qu'à l'envi ses compagnons continuaient à monter. Ils se trouvèrent en face des Francs sur une courtine des murailles du château fort.

Devant eux était une tour, dont la porte était gardée par un cavalier couvert d'une cuirasse, portant son bouclier et sa lance, chargé d'en interdire l'accès. De la plate-forme les Francs massés assaillaient nos hommes, en lançant dru les flèches en bois et les pierres. Un Turc monta, et nous le regardions faire; il s'avança en affrontant la mort jusqu'à ce qu'il se fût approché de la tour et qu'il eût lancé sur celui qui se tenait à l'entrée un vase rempli de naphte. Je vis, sur cet amas de pierre, le chevalier rouler vers ses compagnons, comme un tison ardent. Eux, ils s'étaient jetés à terre, par crainte d'être brûlés vifs. Le Turc revint ensuite vers nous.

Un autre Turc monta sur cette même courtine. Il avait son épée et son bouclier. On vit sortir de la tour, à la porte de laquelle le chevalier avait monté la garde, un fantassin Franc qui s'avançait à sa rencontre, protégé par une double cotte

de mailles, brandissant une lance, n'ayant pas de bouclier. Le Turc l'aborda, son épée à la main. Le Franc lui porta un coup; mais le Turc, grâce à son bouclier, repoussa loin de lui la pointe de la lance, marcha droit sur le Franc pour le désarmer. Mais celui-ci se détourna, ploya et pencha son dos à la manière du musulman en prières, afin de préserver sa tète. Le Turc lui asséna plusieurs coups, qui ne lui firent aucun mal. et le Franc rentra indemne dans la tour.

La situation de nos soldats devenait de plus en plus solide. Leur nombre croissait toujours. Les Francs rendirent la citadelle. Les prisonniers furent alors conduits dans le bas, là où étaient dressées les tentes de Boursouk, fils de Boursouk.

Parmi eux je reconnus le fantassin à la lance, qui était sorti à la rencontre du Turc, On l'avait amené avec les autres dans le pavillon réservé à Boursouk, fils de Boursouk, afin de stipuler pour chacun le prix de sa mise en liberté. Le fantassin attendait patiemment. C'était un sergent. « Combien, dit-il, me prendrez-vousf » — « Nous demandons six cents pièces d'or, » lui répondit-on, — Il leur rit au nez et dit : « Je suis un sergent ; ma solde mensuelle comporte deux pièces d'or. D'où voulez-vous que je m'en procure six cents? » Puis il retourna s'asseoir parmi ses compagnons.

Les prisonniers étaient là en foule. L'émir, le noble chef, l'un des principaux émirs de son temps, dit à mon père (qu'Allah les ait tous deux en pitié!) : « 0 mon frère, tu vois ces gens, demandons à AUàh qu'il nous garde d'eux ! » Or, Allah décréta que nos troupes se dirigeraient de Kafartâb à Dànîth, que, dès l'aurore, elles y seraient surprises par l'armée d'Antioche, le mardi, 23 du second rabî\ la reddition de Kafartâb ayant eu lieu le vendredi, 13 du même mois ', L'émir en chef (qu'Allah l'ait en pitié!) fut tué, ainsi qu'un très grand nombre de musulmans.

Mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) vint me retrouver. J'avais pris congé de lui lorsqu'il avait quitté Kafartâb, et maintenant l'armée du sultan avait été défaite. Quant à nous, nous étions restés à Kafartâb pour veiller à la garde de cette ville, notre intention étant de la restaurer; car le général en chef nous

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