‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 45 sur 108 · Dans la partie aujourd'hui perdue de V Autobiographie · texte numérisé non relu

Dans la partie aujourd'hui perdue de V Autobiographie

d'ousâma ibn mounkidh 79

était monté jusqu'à nous. Il apparut à travers les crénaux de la tour, poussa un cri contre nous et s'élança, un couteau à la main, sur notre petite troupe. Ce fut pour nous la déroute, la descente sur une première échelle, tandis qu'il nous poursuivait, puis sur une seconde, tandis qu'il nous poursuivait encore, jusqu'à la porte. A notre sortie, la porte était gardée par des hommes qu'il y avait postés, qui nous saisirent tous, nous attachèrent avec des cordes et nous amenèrent à Hamâ vers 'Ali Kourd. Nous n'échappâmes à la gorge coupée que par un sauf-conduit du destin. 'Ali nous emprisonna et nous rançonna. » Celui qui avait accompli tout cela était un homme isolé.

11 arriva un épisode semblable dans la forteresse d'Al- Kharba, qui appartenait à Salâh ad-Dîn Mohammad, fils d'Ayyoûb, Al-Yàguîsiyânî. Elle avait pour gouverneur {wâlî) le chambellan {hddjih) Isa. La forteresse était inaccessible, juchée sur un rocher élevé de tous les côtés. On n'y montait que par une échelle en bois, qui était enlevée après qu'elle avait servi, aucun chemin ne restant pour y parvenir. Il n'y avait dans la forteresse, outre le gouverneur, que son fils, son écuyer et le portier. Celui-ci avait un camarade nommé Ibn Al-Mardjî, qui venait le voir de temps en temps pour certaines affaires. Celui-ci s'aboucha avec les Ismaéliens et fit avec eux un pacte lui assurant de l'argent et un fief, à condition qu'il leur livrerait la forteresse d'Al-Kharba. Puis il vint, demanda à être admis, monta, commença parle portier qu'il tua, continua par l'écuyer venu à sa rencontre qu'il tua, entra chez le gouverneur qu'il tua, revint vers le fils du gouverneur qu'il tua, et remit la citadelle aux Ismaéliens qui tinrent envers lui leurs engagements. Les hommes, lorsqu'ils prennent une résolution, l'exécutent.

C'est à quoi il faut rapporter la rivalité qui existe entre eux pour faire prévaloir leurs idées et leurs ambitions. Mon père (qu'AUâh l'ait en pitié !) me disait : « Dans toutes les espèces, il y a entre ce qui est bon et ce qui est mauvais la même proportion de valeur qu'entre un bon cheval qui vaut cent dinars et cinq mauvais chevaux qui valent cent dinars à eux cinq. Il en est de même pour les chameaux, pour les vêtements de tout genre, mais non pour les fils d'Adam. Car cent hommes mau-

vais ne peuvent être mesurés avec un seul homme de bien. » Et il avait raison (qu'Allah l'ait en pitié !).

J'avais envoyé un de mes mamloûks dans un cas urgent à Damas '. Or, il était advenu que l'atâbek Zenguî (qa'AUâh l'ait en pitié!) avait pris Hamâ et qu'il avait établi son camp devant Homs. Le chemin du retour fut obstrué pour mon serviteur, qui se dirigea d'abord vers Ba'lbek et de là vers Tripoli, où il loua le mulet d'un chrétien appelé Yoùnân. Celui-ci le conduisit au point convenu, prit congé de lui et s'en retourna. Mon compagnon sortit dans une caravane, pour se rendre à Schaizar à travers les forteresses de la montagne ^ La caravane rencontra un homme qui dit aux possesseurs des montures : « N'allez pas plus loin, car, sur votre route, à tel et tel endroit, est postée une bande de voleurs, soixante à soixantedix hommes, qui vous feront prisonniers. » Il avait ainsi parlé. Nous nous arrêtâmes, ne sachant que faire, peu disposés à retourner sur nos pas, n'osant pas avancer par crainte. Nous étions dans cette situation, lorsque le chef {ar-raîs) Yoùnân s'avança en toute hâte. « Qu'as-tu, ô cheff », lui dîmes-nous. — Il répondit : «J'ai entendu que sur votre chemin il y avait des brigands. Je suis venu pour vous faire passer. Allez ! » Il nous accompagna jusqu'à l'endroit périlleux. Nombre de brigands étaient descendus de la montagne pour s'emparer de nos personnes. Yoùnân s'aboucha avec eux et leur dit : « 0 jeunes gens, rentrez chez vous. Je suis Yoùnân et ceux-ci sont sous ma protection. Par Allah, aucun de vous n'approchera d'eux. » Par Allah, il les repoussa tous loin de nous et les empêcha de manger un seul rond de pain de nos provisions. Yoùnân se joignit à nous jusqu'à ce qu'il nous eût mis en sûreté, puis prit congé de nous et s'en retourna.

Ce même compagnon m'a fait un récit d'après le fils du seigneur d'At-Toùr. Or, ce compagnon était monté avec moi à Misr, en l'an 538 ^ et Al-Toùr est une province lointaine d'Egypte, voisine des contrées des Francs, à laquelle Al- \\dSi\h li-dîn Allah (qu'Allah l'ait en pitié!) préposait celui des

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