‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 48 sur 108 · Mou'in ad-Din Anar · texte numérisé non relu

Mou'in ad-Din Anar

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que je te destine. Je n'avais pas emporté la somme nécessaire. Maintenant que je suis revenu dans ma maison, si tu les veux, paye leur rançon ; sinon, je la payerai moi-même. » — « Non pas, dit-il, c'est moi, par Allah, qui veux les racheter. En revanche, je désire les hommes pour prix de ma dépense. » Personne au monde n'était plus empressé que Mou'în ad-Dîn (qu'Allah l'ait en pitié !) à faire du bien, mais aussi à en tirer profit.

Il paya la rançon de ces hommes, et je retournai, quelques jours après, à Acre. Il restait encore auprès de Guillaume Djîbâ trente-huit prisonniers, parmi lesquels une femme mariée à l'un de ceux qu'AUâh le Tout Puissant avait délivrés par mon entremise. Je la lui rachetai, mais sans verser immédiatement la somme. Je me rendis à cheval vers la maison de ce maudit, et je lui dis : « Tu me vendras bien dix de ces captifs? » — Il répondit : « Par la vérité de ma foi, je ne les vendrai qu'en bloc. » — Je repris : « La somme que j'ai emportée est insuffisante, Je rachèterai d'abord quelques-uns des captifs, puis viendra le tour des autres. » — Il répéta : « Je ne les vendrai qu'en bloc. »

Je m'en retournai. Or, Allah (gloire à lui!) décréta qu'ils s'enfuiraient jusqu'au dernier dans cette même nuit. Les habitants des campagnes autour d'iVcre étant tous musulmans, à mesure qu'un captif parvenait jusqu'à eux, ils le cachaient et l'aidaient à regagner les régions de l'islam. Ce maudit les réclama, mais sans pouvoir en rattraper un seul, et Allah favorisa leur délivrance.

Le lendemain matin, Guillaume exigea de moi la rançon de la femme, que j'avais rachetée, mais dont je n'avais pas versé le prix. Elle s'était enfuie avec les autres. Je lui dis : « Livrela moi d'abord et tu recevras son prix! » — Il répondit : « Son prix m'est acquis depuis hier avant sa fuite ». Il me contraignit à faire ce payement. Je m'y résignai facilement, tant j'étais réjoui par la délivrance de ces malheureux!

Une autre délivrance merveilleuse, due à l'intervention du destin et à la décision de la volonté divine, eut lieu pendant une des nombreuses tentatives que l'émir Fakhr ad-Dîn Karâ Arslân, fils de Soukmân, l'Ortokide, fit contre la ville d'Amid, pendant le temps que je restai à son service. Elles avaient échoué l'une après l'autre. Avant lo dernier effort qu'il tenta.

il avait reçu un messager envoyé par un émir Kurde, inspecteur des rôles à Âmid. Ce messager avait amené plusieurs affldés de son maître et avait stipulé, au nom de celui-ci, que l'armée des assaillants le rejoindrait dans une nuit désignée d'avance, qu'il les ferait monter par des cordes et qu'Âmid tomberait en leur pouvoir.

Dans ces conjonctures, Karâ Arslàn s'ouvrit de ses intentions à un Franc, nommé Yâroûk, qui servait sous ses ordres et qui, à cause de son déplorable caractère, inspirait à toute l'armée des sentiments de haine et d'aversion. Yâroûk monta à cheval et partit en avant à la tête d'une partie de l'armée ; puis les autres émirs montèrent à cheval et le suivirent. A un certain moment, il ralentit sa marche et fut devancé par les émirs qui arrivèrent sous les murs d'Âmid.

L'émir Kurde et ses compagnons les aperçurent du haut de la citadelle, d'où ils leur lancèrent des cordes, en leur disant : « Montez. » Aucun d'eux ne monta. Le Kurde et ses compagnons descendirent de la citadelle, brisèrent les verrous fermant l'une des portes de la ville, et dirent : « Entrez. » Personne n'entra.

Cette singulière attitude provenait de la confiance que Fakhr ad-Dîn avait accordée à un jeune homme ignorant, au lieu de consulter, dans un cas aussi grave, les émirs les plus expérimentés.

L'émir Kamàl ad-Dîn 'AU Ibn Nîsân fut informé de ce qui se passait. Les habitants et les troupes fondirent aussitO)t sur leurs ennemis, dont les uns furent tués, d'autres se jetèrent dans le vide, d'autres enfin lurent faits prisonniers. Parmi ceux qui s'étaient ainsi précipités, il y en eut un qui, dans sa chute à travers les airs, étendit la main comme s'il voulait saisir quoi que ce soit pour s'y rattacher. Sa main rencontra une des cordes qui avaient été lancées au début de la nuit et dont on ne s'était pas servi pour monter. Il s'y accrocha, échappa seul de tous ses compagnons et fut quitte pour quelques écorchures aux mains par le contact de la corde.

J'assistai à cette scène. Le lendemain matin, le gouverneur d'Âmid se mit à la poursuite de ceux qui avaient intrigué contre lui et les fit périr. Cet homme fut le seul qui survécut. Gloire à Celui qui, lorsqu'il a décrété le salut de quelqu'un.

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rarracherait même du gosier d'un lion ! C'est là une réalité, et non un exemple.

Il y avait dans la Citadelle du pont (houm al-djisr)\m de nos compagnons, un Kinânite, connu sous le nom d'ibn Al-Alimar. Il avait quitté la Citadelle du pont, monté sur son cheval, pour se rendre à Kafartâb en vue de régler une affaire. 11 passa devant Kafarnaboùdliâ, alors qu'une caravane traversait la route. Le lion se montra. Ibn Al-Ahmar portait une lance qui reluisait. Les gens de la caravane lui crièrent : « 0 possesseur de la lance qui brille, à toi le combat avec le lion! » La honte de se dérober à leurs cris le décida à s'élancer sur le lion. Mais son cheval le renversa à terre. Le lion vint, s'accroupit sur lui; mais, comme Allah voulait son salut, le lion étant rassasié, après avoir semblé faire une bouchée de sa figure et de son front, les rejeta et se mit à lui lécher le sang en restant accroupi sur lui, sans lui causer aucun dommage. Ibn Al- Alimar a dit : « J'ouvris les yeux et j'aperçus la luette du lion. Puis je me retirai de sous lui, je relevai sa cuisse de sur moi et ie sortis en m' accrochant à un arbre voisin, dans lequel je montai. Le lion me vit et se mit à ma poursuite. Mais je l'avais devancé et j'étais monté dans l'arbre. Il s'endormit sous les branches. Je fus rejoint par une troupe nombreuse de fourmis qui montèrent vers mes blessures. Or, les fourmis recherchent ceux qui ont été blessés par les lions, comme les souris ceux qui ont été blessés par les panthères. Je vis alors le lion se coucher et tendre les oreilles, comme s'il écoutait. Puis il se leva en bondissant. Une caravane s'était avancée sur la route et le lion semblait l'avoir pressentie. » On retrouva notre compagnon et on le ramena dans sa maison. La trace des dents du lion sur son front et sur ses joues ressemblait à l'empreinte du feu. Gloire à l'Arbitre du salut !

Autre histoire : Un jour notre entretien roulait sur l'art de la guerre, tandis que mon précepteur, le savant schaikh Aboù 'Abd Allah Mohammad, fils de Yoûsouf, connu sous le nom d'Ibn Al-Mounîra (qu'AUàh l'ait en pitié !), prêtait l'oreille. Je lui dis : « 0 mon maître, si tu montais à cheval^ si tu revêtais une casaque rembourrée et un heaume, si tu ceignais une épée, si tu te munissais d'une lance et d'un bouclier pour te poster près de la chapelle de l'Oronte, dans un défilé par lequel

passeraient les Francs (qu'AUâh les maudisse!), pas un d'entre eux ne t'échapperait. » — « Par Allah, tu te trompes, répondit-il; ils m'échapperaient tous. » — Je repris : « Ils auraient peur de toi et ne te reconnaîtraient pas. » — « Gloire à Allah, s'écria Ibn Al-Mounîra, je ne me reconnaîtrais pas moimême! » Puis il ajouta : « 0 Ousâma, jamais homme intelligent ne combat. » — Je lui dis, en lui énumérant les cavaliers les plus courageux de notre race : « 0 mon maître, celui-ci et celui-là passent-ils donc à tes yeux pour des fous? » — « Telle n'était pas ma pensée, répliqua Ibn Al-Mounîra; j'ai seulement voulu dire que l'intelligence est absente à l'heure du combat. Si elle était présente, l'homme ne livrerait pas sa face aux épées, sa poitrine aux lances et aux flèches. Ce n'est point là une conduite dictée par l'intelligence. »

Mon défunt professeur (qu'Allah l'ait en pitié!) avait plus d'expérience scientifique que d'expérience guerrière; car l'intelligence est ce qui dispose l'homme à affronter les épées, les lances et les flèches, par le dégoût qu'inspirent l'immobilité du poltron et la mauvaise réputation. La preuve en est que le plus brave, lorsqu'il songe et réfléchit d'avance aux dangers de la lutte, est en proie à l'agitation, au tremblement, à la pâleur, qu'il s'inquiète, qu'il hésite et qu'il s'effraye avant d'arriver sur le champ de bataille; mais, une fois qu'il est entré dans la mêlée et qu'il a plongé dans les abîmes du combat, on voit disparaître son agitation, son tremblement, sa pâleur. Tout acte, dont l'intelligence est absente, laisse paraître le péché et l'erreur.

On peut comparer ce qui se passa, lorsque les Francs campèrent une fois ' contre llamâ dans les fourrés qui, aux alentours, abritaient des champs fertiles. Ils campèrent au milieu des terres ensemencées. On vit alors sortir de Schaizar un ramassis de coquins, qui se mirent à rôder autour de l'armée franque pour commettre sur elle dos rapines. Ils virent les tentes dressées en pleine végétation. L'un d'eux se présenta de bon matin chez le seigneur de llamâ K « Avant la nuit, dit-il, j'aurai mis le feu à toute l'armée franque. » — « Si tu fais

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