‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 52 sur 108 · Dans la première moitié de · texte numérisé non relu

Dans la première moitié de

après qu'ils eurent tué 'Abbàs, fils d'Aboù '1-Foutoùh, et son fils aîné Nasr, nous prîmes nous la fuite vers une montagne voisine. Nos hommes la gravirent à pied, en traînant leurs chevaux. Quant à moi, j'étais sur une mazette et je ne pouvais pas marcher. Je montai sur ma bête. Or, les flancs de cette montagne sont tout en pierres crevassées et en cailloux qui, foulés au pied par le cheval, faisaient couler le sang de ses pieds. Je frappai la mazette pour qu'elle montât. Mais elle ne put pas et descendit, poussée en arriére par les pierres crevassées et par les cailloux. Je mis pied à terre, je la fis reposer et je m'arrêtai, ne pouvant pas marcher. Alors un homme descendit vers moi de la montagne, saisit l'une de mes mains, tandis que ma rosse était dans l'autre, et me hissa au sommet. Non, par AUâh, je ne savais pas qui il était et je nel'ai jamais revu.

Dans ces temps difficiles, on vous rappelait les moindres bienfaits et on en réclamait la rétribution. J'avais été abreuvé par un Turc d'un peu d'eau en échange de laquelle je lui avais donné deux dinars. 11 ne cessa point, après notre arrivée à Damas, de me mettre à contribution pour ce dont il avait besoin et de me demander la satisfaction de ses désirs, à cause de ce peu de boisson qu'il m'avait donné. Or, mon bienfaiteur se considérait comme un ange (qu'Allah m'ait en pitié!) par lequel Allah était venu à mon secours.

Entre autres faveurs d'Allah le Très Haut je citerai ce que m'a raconté 'Abd Allah Al-Mouschrif (l'Inspecteur) en ces termes : « Je fus emprisonné à Ilaizàn, enchaîné, traité avec rigueur. J'étais dans la prison à la porte de laquelle veillaient les gardiens. Je vis dans un rêve le Prophète (qu'Allah lui accorde bénédiction et paix!), qui me dit : « Secoue ta « chaîne et sors. » Je me réveillai, je détachai ma chaîne qui s'enleva de mes pieds, je me levai pour ouvrir la porte que je trouvai ouverte, je dépassai les gardiens jusqu'à une meurtrière dans le mur, par laquelle je n'aurais pas soupçonné que ma main pût sortir. J'y passai tout entier et je tombai sur un tas de fumier, où restèrent les traces de ma chute et celles de mes pieds. Je descendis dans une vallée aux alentours des murs et j'entrai dans une caverne sur le flanc de la montagne, de ce même côté. Je me disais : Ils

d'ousâma ibn mounkidh 95

vont sortir, verront ma trace et me prendront. Mais Allah (gloire à lui!) envoya de la neige qui couvrit les traces. Les gardiens sortirent, tournant autour de moi sous mes yeux pendant toute la journée. Au soir, lorsque je fus en sûreté contre les recherches, je sortis de cette caverne et je me rendis dans un endroit sûr pour moi. »

Cet 'Abd AUàh était inspecteur (mouschrif) des cuisines de Salàh ad-Dîn Moliammad, fils d'Ayyoûb, Al-Yàguîsiyànî (qu'Allah l'ait en pitié!).

Parmi les hommes, il y en a qui combattent, comme autrefois les compagnons du Prophète (la grâce d'AUâh soit sur eux!) combattaient pour le Paradis, non pas pour obtenir conquêtes et réputation.

C'est ainsi que, le roi des Allemands {Alamân) le Franc ' (qu'Allah le maudisse !) étant à peine parvenu en Syrie, tous les Francs qui étaient en Syrie s'y coalisèrent sous sa direction pour attaquer Damas. Les troupes et les habitants de Damas sortirent de la place pour combattre leurs ennemis. On remarquait dans le nombre le jurisconsulte Al-Findalâwî et le schaikh austère 'Abd ar-Rahmân Al-Halhoûlî (qu'Allah les ait tous deux en pitié!), deux des meilleurs parmi les musulmans. Lorsqu'ils furent proches des chrétiens, le jurisconsulte dit à 'Abd ar-Rahmân : « Ne sont-ce pas les Roûm? » — « Mais oui », répondit 'Abd ar-Rahmân. — Al-Findalâwî reprit : « Jusqu'à quand resterons-nous immobiles? » — « Viens, dit 'Abd ar-Rahmân, allons défendre le nom d'AUâh le Très Haut ». Ils s'avancèrent tous deux et luttèrent jusqu'à ce qu'ils fussent tués dans un même endroit. Puisse Allah les prendre tous deux en pitié !

Et, parmi les hommes, il y en a qui combattent à cause de leur fidélité. Ce fut le cas d'un Kurde, nommé Fâris (cavalier), qui justifiait son nom de cavalier, et quel cavalier il fut! Mon père et mon oncle paternel (qu'AUâh les ait tous deux en pitié!) assistèrent à une bataille livrée entre eux et Saif ad-Daula Khalaf ibn Moulâ'ib -, qui s'y conduisit mal à leur égard et les trahit. Il avait recruté et rassemblé des troupes, tandis que,

1. L'empereur d'Allemagne Conrad III. Épisode du 25 juillet 1148.

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