Dans la seconde moitié de
de notre côté, Ton n'était nullement préparé à ce qui s'était produit. La cause en était que Khalaf avait envoyé leur dire : « Nous nous rendrons à Asfoùnâ, où sont les Francs, nous les ferons captifs. » Nos compagnons l'y devancèrent, mirent pied à terre et s'attaquèrent à la citadelle qu'ils minèrent. Pendant que ceux-ci combattaient, Ibn Moulà'ib s'avança et prit les chevaux de ceux de nos compagnons qui avaient mis pied à terre. Le combat eut lieu entre eux, après avoir meliacé les Francs. La lutte devint acharnée. Fâris le Kurde s'y jeta avec impétuosité, fut blessé à plusieurs reprises et ne cessa de se battre, ne cessa d'être blessé qu'après avoir été criblé de blessures. La bataille se termina. Mon père et mon oncle paternel (qu'Allah les ait tous deux en pitié 1) passèrent devant lui, alors qu'il était porté au milieu de nos troupes. Ils s'arrêtèrent pour féliciter ce héros d'être sain et sauf. « Par Allah, leur dit-il, je n'ai pas combattu pour défendre ma vie, mais la vôtre. Vous m'avez accordé des bienfaits et des avantages en grand nombre et je ne vous ai jamais vus dans un danger pareil à celui d'aujourd'hui. Je me suis promis de combattre en avant de vous, de vous revaloir vos bienfaits et de me faire tuer pour vous sauver. » Or Allah (gloire à lui !) décréta que Fâris serait guéri de ces blessures et se rendrait à Djabala où était Faklir al-Moulk Ibn 'Ammàr, tandis que les Francs étaient à Laodicée.
Quelques cavaliers de Fakhr al-Moulk sortirent de Djabnla pour attaquer Laodicée, quelques cavaliers Francs sortirent de Laodicée pour attaquer Djabala. Les deux escadrons campèrent sur la route, séparés par une colline. Un cavalier Franc gravit le versant septentrional de la colline, au moment même où Fâris le Kurde montait de l'autre côté. Chacun d'eux se proposait de reconnaître le pays au nom de ses compagnons d'armes. Ils se rencontrèrent sur le faite de la colline, se lancèrent l'un sur l'autre, et, au même moment, échangèrent deux coups qui les firent tomber simultanément raides morts. Les chevaux continuèrent à se ruer l'un contre l'autre avec fureur sur la colline, alors que leurs maîtres avaient péri.
Ce Fâris avait chez nous un lils nommé 'Alan, un combattant qui possédait des chevaux magnifiques et le plus bel attirail de guerre. Mais il était inférieur à son père. Tancrède,
d'ousâma ibn mounkidh 97
seigneur d'Antioche, campa contre nous un jour et nous combattit avant d'avoir dressé ses tentes. Cet 'Alan, fils de Fâris, était monté sur un cheval beau et fringant, un coursier exceptionnel. Il était posté sur une élévation de terrain, lorsqu'un cavalier Franc l'assaillit dans un moment d'inadvertance, perça son cheval à l'encolure avec sa lance qui y pénétra. Le cheval se cabra et renversa 'Alan. Quant au Franc, il s'en retourna, emmenant à ses côtés le cheval avec la lance enfoncée dans l'encolure, comme s'il le tenait en laisse, fier d'un riche butin.
Puisque j'ai parlé des chevaux, je dirai qu'il y en a de très endurants, comme certains hommes, et qu'il y en a d'autres sans énergie. Nous avions dans nos troupes un Kurde, nommé Kàmil Al-Maschtoùb (Kâmil le Balafré), courageux, religieux, excellent (qu'Allah l'ait en pitié !). Il possédait un cheval bai brun, zain, semblable au chameau. Une rencontre eut lieu entre lui et un cavalier des Francs, qui frappa de la lance ce cheval à l'endroit du collier. La violence du choc inclina le cou de l'animal et la lance sortit du bord de l'encolure pour frapper la cuisse de Kâmil Al-Maschtoùb et pour ressortir de l'autre côté. Le cheval supporta cette violence sans se laisser ébranler, non plus que son cavalier. J'eus l'occasion de voir la blessure qui avait endommagé la cuisse de Kàmil, après qu'elle eut été cicatrisée et fermée. Jamais je n'en avais vu d'aussi large. Le cheval guérit et Kâmil affronta sur lui un autre combat, où également il se mesura avec un cavalier des Francs, qui frappa de la lance ce cheval et lui perça le front. Le cheval ne bougea pas et se remit de cette seconde atteinte. Après que la blessure eut été fermée, si un homme adaptait la paume de sa main et la plaçait sur le front du cheval à l'endroit de la blessure, c'était de part et d'autre la même largeur.
Voici une anecdote piquante relative à ce cheval, que mon frère Izz ad-Daula Aboù '1-Hasan 'Alî (qu'AUàh l'ait en pitié!) avait acheté à Kàmil Al-Maschtoùb. Il était devenu un coureur alourdi. Mon frère s'en dessaisit comme gage d'un rapprochement entre nous et un cavalier Franc de Kafartàb. Le cheval resta chez celui-ci une année, puis mourut. Le cavalier envoya vers nous réclamer le prix du cheval. « Tu l'as acheté,
lui fut-il répondu, tu l'as monté et il est mort chez toi. De quel droit réclames-tu son prix? » — Il dit alors : « Vous lui avez fait boire quelque chose dont il meurt au bout d'un an. » Nous fûmes étonnés de sa sottise et de sa faible intelligence.
Un cheval fut blessé sous moi devant Homs. Le coup lui fendit le cœur et plusieurs flèches l'atteignirent. Il me transporta hors du champ de bataille, tandis que ses narines dégouttaient de sang, ainsi que le haut de ses deux cuisses, et je ne trouvai rien d'étrange dans son attitude. Après m'avoir ramené vers mes compagnons, il mourut aussitôt.
Un autre cheval fut blessé sous moi par trois blessures, dans la région de Schaizar, lors de la guerre avec Mahmoud, flls de Karàdjâ. Je continuais à le monter en combattant, et, par AUâh, j'ignorais qu'il eût été blessé, parce que je ne trouvais rien d'étrange dans son attitude.
Quant à l'absence de vigueur et à la faiblesse des chevaux en face des blessures, en voici un exemple. L'armée de Damas campa devant I.Iamâ qui appartenait alors à Salàh ad-Din Mohammad, flls d'Ayyoûb, Al-Yàguîsiyânî, tandis que Damas était à Schihàb ad-Dîn Mahmoud, flls de Boùrî, flls de Togtakîn '. Je me trouvais à Hamâ, que des troupes nombreuses venaient assaillir et dont le gouverneur {wâlî) était Schihàb ad-Dîn Al.imad, flls de Salâh ad-Dîn, celui-ci étant sur le Tell Moudjàhid. Le chambellan (hâdjib) Gâzî At-Toullî vint l'y trouver et lui dit : « Les fantassins ennemis se sont déployés et l'on voit les casques scintiller au milieu des tentes. Ils vont charger contre nos hommes et les anéantir. » — « Va, répondit Salâh ad-Dîn, fais-leur rebrousser chemin. » — Gàzî At-Toullî reprit : « Par Allah, personne ne saurait les ramener en arrière, excepté toi ou un tel. » C'était moi qu'il désignait. Salâh ad-Dîn me fit dire : « Tu sortiras, tu les feras retourner en arrière. » J'enlevai une cotte de mailles qu'avait endossée l'un de mes écuyers, je la revêtis pour ramener nos hommes, fût-ce à coups de massue. J'étais monté sur un cheval alezan magnifique, élancé. Lorsque j'eus ramené nos hommes, l'assaut. contre nous se produisit. Tous les cavaliers étaient déjà à l'abri derrière les murs de Hamâ, excepté moi.