‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 54 sur 108 · En 11:57 ou en · texte numérisé non relu

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Les uns étaient rentrés dans la ville, convaincus qu'ils y seraient faits captifs, d'autres avaient mis pied à terre dans mon escorte. Lors de Tattaque contre nous, je reculai mon cheval en tirant les rênes, pour ne pas rester face à face avec les ennemis. Lorsqu'ils s'en retournèrent, je les suivis d'abord à cause de l'espace étroit et de l'encombrement. Mon cheval fut atteint à la jambe par une flèche en bois qui la déchira. 11 tomba en me portant, se releva, retomba, tandis que je le frappais si fort que les gens de mon escorte me dirent : « Entre dans la barbacane, monte une autre bête. » — Mais je répondis : « Par Allah, je ne dépendrai pas de ce cheval. » Je vis chez ce cheval une faiblesse telle que je ne l'ai jamais vue chez aucun autre.

Un trait de belle patience de la part d'un cheval servit Tirâd ibn Wahîb le Noumairite, lorsqu'il assista à la bataille entre les Noumairites, qui avaient tué 'Alî ibn Schams ad-Daula Sâlim ibn Màlik, gouverneur {ioâlî) d'Ar-Rakka, et qui avaient pris possession de cette ville, et le frère de celui-ci, Schihâb ad-Din Mâlik ibn Schams ad-Daula. Tirâd ibn Wahib était monté sur un cheval magnifique, de grand prix, qui lui appartenait. Ce cheval fut pointé de la lance à la hanche et ses boyaux sortirent. Tirâd les sangla avec des courroies, de peur que le cheval, en foulant aux pieds ses boyaux, ne les détachât, et combattit jusqu'à la fin de la bataille. Puis il ramena à Ar-Rakka son cheval qui mourut aussitôt.

Je dis : En parlant des chevaux, je me rappelle ce qui m'arriva avec Salâh ad-Dîn Mohammad. fils d'Ayyoûb, Al- Yâguîsiyânî (qu'Allah l'ait en pitié !). Le roi des émirs, l'atâbek Zenguî (qu'Allah l'ait en pitié!), avait campé devant Damas l'an 530 ' sur le territoire de Dârayyâ. Or le seigneur de Ba'lbek, Djamâl ad-Dîn Mohammad, flls de Boûrî, fils de Togtakîn (qu'Allah l'ait en pitié!), avait envoyé un message à l'atâbek pour lui annoncer qu'il viendrait le rejoindre et avait quitté Ba'lbek, allant se mettre à son service. L'atâbek fut informé que l'armée de Damas était sortie pour s'emparer de Djamâl ad-Dîn. Il ordonna à Salàh ad-Dîn de nous faire monter à cheval pour aller à sa rencontre et pour tenir à distance de

1. Lisez probablement 532, c'est-à-dire entre le 19 septembre 1137 et le 7 septembre 1138.

lui les Damascéniens. L'envoyé de Salâh atl-Dîn vint me dire pendant la nuit : « Monte à cheval. » Or, ma tente était contiguë à la sienne et déjà il était sur son cheval, en arrêt devant sa tente. Sur l'heure, je montai à cheval. Il me dit alors : « Avais-tu su que j'avais pris les devants? — « Non, par Allah, » répondis-je. — Il reprit: « A l'instant, j'ai envoyé vers toi, et te voilà déjà à cheval! » — Je répliquai : « 0 mon maître, mon cheval mange son orge, l'écuyer le tient bridé et s'assied, l'ayant en main, sur la porte de latente. Quant à moi, j'endosse mon équipement, je me ceins de mon épée et je m'endors. Lorsque ton envoyé est venu me trouver, je n'avais rien qui m'arrêtât. »

Salâh ad-Dîn resta en place jusqu'à ce qu'il eût été rejoint par une partie de son armée. Il dit : « Endossez vos armures. » La plupart des assistants avaient obéi. J'étais à ses côtés. Il ajouta : « Combien de fois devrai-je vous dire : Endossez vos armures? » — Je pris la parole : « 0 mon maître, ce n'est pas à moi que s'adressent tes reproches? » — « Mais si », réponditil. — Je repris : « Par Allah, je ne puis pas faire ce que tu demandes. Nous sommes au commencement de la nuit et mon casaquin renferme deux cottes de mailles superposées. Je le mettrai dès que je verrai l'ennemi. » Salâh ad-Dîn se tut et nous partîmes.

Le lendemain matin, nous campions prés de Doumair. Salâh ad-Dîn me dit : « Tu ne mets pas pied à terre pour manger quelque chose? Car l'insomnie doit t'avoir affamé. » — Je répondis : « A toi d'ordonner. » A peine étions-nous descendus de cheval qu'il me dit : (< Où est ton casaquin? » J'ordonnai à mon écuyer de l'apporter, je le sortis du sac en cuir qui le renfermait et, avec mon couteau, j'y pratiquai une fente sur le devant pour mettre à jour l'extrémité des deux cottes de mailles. Mon casaquin renfermait une cotte de mailles franque qui descendait jusqu'en bas et qui était surmontée jusqu'en son milieu par une autre cotte. Toutes deux avaient des mailles étroites, des coussinets, des lacets et des poils de lièvre. Salâh ad-Dîn se tourna vers un de ses écuyers qu'il interpella en turc. Je ne savais pas ce qu'il lui disait. Celui-ci amena devant Salâh ad- Dîn un cheval bai-brun, cadeau récent de l'atâbck, monture inébranlable comme le rocher massif qu'on aurait arraché au

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sommet de la montagne. Salâh ad-Dîn dit : « Ce cheval convient à ce casaquin. Donne-le à l'écuyer d'Ousâma. v On le remit à mon écuyer.

Je dis : Mon oncle paternel Izz ad-Dîn * (qu'Allah l'ait en pitié!) désirait me voir plus de présence d'esprit dans les combats et me mettait à l'épreuve en me questionnant. Nous étions un jour ensemble dans l'une des guerres entre nous et le seigneur de Hamâ. Celui-ci avait recruté et rassemblé des troupes qu'il avait postées dans un domaine parmi les domaines de Schaizar, pour l'incendie et le pillage. Mon oncle détacha de ses troupes de soixante à soixante-dix cavaliers et me dit : « Prends-les et va vers l'ennemi. » Partis, nous rivalisions de vitesse et nous atteignions les éclaireurs de la cavalerie ennemie, qui furent taillés en pièces, percés de coups de lance, délogés de leur position.

J'envoyai un cavalier d'entre mes compagnons vers mon oncle paternel et vers mon père (qu'Allah les ait tous deux en pitié!). Ils étaient restés en arrière avec le reste de l'armée et nombre de fantassins. Je leur fis dire : « Amenez les fantassins, car j'ai taillé en pièces nos ennemis. » Ils vinrent tous deux vers moi. Lorsqu'ils approchèrent, nous fîmes une nouvelle charge, nouveau désastre pour nos adversaires qui lancèrent leurs chevaux dans le Schâroûf alors débordé, le traversèrent à la nage et s'enfuirent.

Nous revenions victorieux. Mon oncle paternel me demanda: « Que m'as-tu envoyé dire f » — Je répondis : « Je t'ai envoyé dire : Fais avancer les fantassins, car nous avons taillé en pièces l'ennemi. )> — Il reprit : « Qui as-tu chargé du message? » — Je répondis : « Radjah l'esclave. » — 11 s'écria : « Tu as dit vrai. Je vois que maintenant tu as gardé ta présence d'esprit, que le combat ne t'a pas troublé. »

Une autre fois, il y eut combat entre nous et l'armée de Hamâ. Mahmoud, fils de Karâdjâ, avait appelé à son secours contre nous l'armée de son frère Khîrkhàn, fils de Karâdjâ, seigneur de Homs. Il leur était arrivé justement une provision de lances si bien adaptées qu'en les accouplant deux par deux, on obtenait une arme longue de vingt coudées, de dix-huit au

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