Baudouin II, roi de Jérusalem
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qui les rejoignirent à la délivrance des otages. Je vins, moi aussi, et mon père me dit : « Suis leurs traces avec tes compagnons, ne reculez pas devant la mort pour le salut de vos otages. » Je partis, j'arrivai juste à temps, après avoir galopé la plus grande partie de la journée, je les délivrai, eux et leur escorte, je pris cfuelques cavaliers de Homs, mais j'admirai surtout la parole de mon père : « Ne reculez pas devant la mort pour le salut de vos otages. »
Il arriva un jour qu'étant avec mon père (qu'Allah l'ait en pitié!), dans la cour intérieure de sa maison, j'aperçus un serpent de grande taille, qui avait sorti sa tète sur l'auvent du portique aux arcades cintrées de la maison. Mon père s'arrêta pour regarder le serpent. Quant à moi, je me saisis d'une échelle qui était dans un coin, je l'appliquai au-dessous du serpent et je montai vers lui, tandis que mon père m'observait et me laissait faire. Je saisis un petit couteau que j'avais sur moi et je l'enfonçai dans le cou du serpent endormi. Entre ma face et la sienne, il y avait moins d'une coudée de distance. Je me mis ensuite à lui pratiquer une entaille dans la tète. Le serpent sortit et s'enroula autour de ma main; alors je lui coupai la tête et je l'emportai mort dans la maison.
D'autre part, j'ai vu l'attitude de mon père (qu'Allah l'ait en pitié!), un jour que nous étions sortis pour combattre un lion qui s'était montré vers la Citadelle du pont {Al-Djisr). Arrivés à ce point, nous le vîmes bondir sur nous d'un fourré où était son repaire. Il se jeta sur les chevaux, puis il s'arrêta, tandis que moi et mon frère Bahà ad-Dauia Mounkidh (qu'Allah l'ait en pitié!), nous étions entre le lion et une troupe faisant cortège à mon père et à mon oncle paternel (qu AUàh les ait tous deux en pitié !), troupe nombreuse de soldats. Le lion s'était accroupi sur la rive du fleuve, se battant la poitrine sur le sol et rugissant. Je m'élançai sur lui. Mon père (qu'Allah l'ait en pitié !) me cria : « Ne va pas à sa rencontre, ô insensé, de peur qu'il te saisisse. » Je pointai de ma lance le lion qui ne bougea pas de l'endroit et mourut sur place. Ce fut la seule circonstance où je vis mon père me retenir de combattre.
AUàh le Puissant, l'Élevé, a créé ses êtres de catégories et de natures diverses : le blanc et le noir, le beau et le laid, le
long et le court, le fort et le faible, le courageux et le lâche, selon sa décision et sa puissance universelle.
J'ai vu l'un des fils des émirs Turcomans qui s'étaient mis au service du roi des émirs, de l'atâbek Zenguî (qu'Allah l'ait en pitié!), alors que ce jeune Turcoman avait été atteint par une flèche en bois, qui ne lui avait pas pénétré dans la peau tout à fait la profondeur d'un grain d'orge. Il fut pris de langueur, ses membres se relâchèrent, il perdit la parole et sa pensée devint absente. Or, c'était un homme semblable à un lion, le plus corpulent des hommes. On fit venir pour lui le médecin et le chirurgien. Le médecin dit : Il n'a aucun mal, mais à la seconde contusion il mourra. » Cet homme se reposa, puis monta à cheval et reprit ses anciennes habitudes. Une seconde flèche en bois l'atteignit quelque temps après. Elle était moins forte et moins redoutable que la première. Pourtant il mourut.
J'ai vu un fait analogue. 11 y avait chez nous à Schaizar deux frères qu'on appelait les Banoû Madjâdjoù. L'un deux se nommait Aboû 'l-Madjd, l'autre Mouhàsin. Ils étaient les fermiers du Moulin du pont, moyennant un loyer de cent dinars. Près du Moulin, il y avait un abattoir pour les moutons que le seigneur terrier faisait tuer. Les traces du sang attiraient les guêpes. Un jour, Mouhàsin, fils de Madjâdjoù, passa devant le Moulin et fut piqué par une guêpe. Il eut une hémiplégie, perdit la parole et faillit mourir. Il resta ainsi quelque temps, puis guérit et resta quelque temps sans mettre les pieds au Moulin. Alors son frère Aboû 'l-Madjd lui fit des reproches en ces termes : « 0 mon frère, nous sommes associés pour exploiter le Moulin contre un loyer de cent dinars. Tu ne le diriges pas et tu ne le surveilles pas. Demain on nous en supprimera la ferme et nous mourrons en prison. » — Mouhàsin lui répondit : « Toi, ton but est que je sois piqué par une autre guêpe pour qu'elle me tue. » Le lendemain matin, Aboû 'l-Madjd se rendit au Moulin. Une guêpe le piqua et il mourut. La chose la plus légère tue, lorsque le terme fixé est arrivé, et la logique est subordonnée aux présages.
C'est ainsi qu'apparut chez nous, sur le territoire de Schaizar, un lion. Montés à cheval pour l'atteindre, nous trouvâmes à l'endroit indiqué un nommé Schammâs, écuyer de l'émir Sâbikibn Wathâb ibn Mahmoud ibn Sâlih.Cet écuyer faisait
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paître son cheval. Mon oncle paternel lui dit : « Où est le lion? » — « Dans ces broussailles, » répondit-il. — Mon oncle reprit : « Marche devant moi vers lui. » — L'écuyer répliqua : « Toi, ton but est que le lion sorte pour me saisir. » Il marcha devant mon oncle, le lion sortit comme s'il était envoyé vers Schammàs, le saisit et le tua seul de la société. Le lion à son tour fut tué.
J'ai vu chez le lion ce que je n'aurais pas soupçonné, et jamais je n'aurais cru que les lions, comme les hommes, sont, les uns braves, les autres lâches. Un jour, Djaubàn al-Khail vint vers nous au galop et dit : « Dans le repaire du Tell at-Touloûl, il y a trois lions. » Nous montâmes aussitôt à cheval pour les combattre. C'était une lionne, derrière laquelle étaient deux lions. Nous fîmes plusieurs tours dans ce fourré. La lionne sortit contre nous et bondit sur nos hommes. Je demeurai immobile. Mon frère Bahâ ad-Daula Aboû '1-Mouguîth Mounkidh (qu'Allah l'ait en pitié!) s'élança sur elle, la frappa de la lance, la tua et laissa sa lance brisée dans le corps. Revenus vers le repaire, nous vîmes sortir contre nous l'un des deux lions, qui repoussa nos chevaux. Nous restions, moi et mon frère Bahâ ad-Daula, postés sur sa route, attendant son retour après qu'il aurait repoussé les chevaux. Car le lion, lorsqu'il sort d'un endroit, est, de toute nécessité, forcé d'y revenir. Nous lançâmes vers lui les croupes de nos montures, retournant dans sa direction nos lances en arrière, nous imaginant qu'il nous attaquerait, que nous ficherions nos lances dans son corps et que nous le tuerions. Mais il ne fit pas attention à nous et passa devant notre bande, rapide comme le vent, pour se diriger vers un de nos compagnons qu'on appelait Sa'd Allah Asch-Schaibânî. Il atteignit sa jument qu'il renversa. Je lui donnai un coup de ma lance, je la plongeai au milieu de son corps. Il mourut sur place. Nous revînmes vers l'autre lion, avec environ vingt fantassins des troupes arméniennes, habiles archers. L'autre lion sortit. C'était le plus grand des trois comme stature. Il s'avançait, quand les Arméniens lui barrèrent la route avec leurs flèches en bois. Je me tenais sur le côté des Arméniens, attendant qu'il fondît sur eux et qu'il saisît l'un d'eux, pour lui donner un coup de lance. Mais il avançait paisiblement. Toutes les fois qu'une flèche en bois
s'abattait sur lui, il rugissait et agitait sa queue. Je me disais : Voilà le moment où il va bondir. Mais il poursuivait sa marche et ne l'interrompit que lorsqu'il tomba mort. J'ai vu de la part de ce lion ce que je n'aurais jamais imaginé.
Plus tard, j'ai assisté à une chose plus étonnante encore de la part d'un lion. Il y avait dans la ville de Damas un lionceau, dressé par un dompteur qui l'avait fait grandir à ses côtés, qui s'en servait pour attaquer les chevaux et causer du dommage aux hommes. On dit à l'émir Mou'în ad-Dîn * (qu'Allah l'ait en pitié!), et j'étais présent : « Ce lion a fait du mal aux hommes, et les chevaux fuient à son approche. Il se tient sans cesse sur la route. » Or, il était jour et nuit sur un banc de pierre, aux abords de l'Hôtel de Mou1n ad-Dîn. Celui-ci prescrivit que le dompteur amenât le fauve, puis il donna des instructions au chef de la table {khouwânsallâr) : « Apporte, lui dit-il, de la cuisine un bélier destiné à être égorgé, lâche-le dans la cour intérieure de la maison, afin que nous voyions comment le lion le déchirera. » Le chef de la table conduisit un bélier dans la cour intérieure de la maison, et le dompteur entra, ayant avec lui le lion. Dès que le bélier vit le lion au moment où le dompteur l'amenait par la chaîne pendue à son cou, il s'élança sur lui et lui asséna un coup de corne. Le lion s'enfuit et se mit à tourner autour du bassin, tandis que le bélier était derrière lui, le poussait en avant et lui donnait des coups de corne. Jusque-là nous avions pu réprimer notre envie de rire. L'émir Mou'în ad-Dîn (qu'Allah l'ait en pitié!) dit alors : « C'est un lion néfaste. Emmenez-le, égorgez-le, équarrissez-le et rapportez sa peau. » On l'égorgea et on l'équarrit. Ce fut lui qui préserva le bélier destiné à être égorgé.
Autre histoire étonnante au sujet des lions. L'un d'eux se montra chez nous, sur le territoire de Schaizar. Nous sortîmes vers lui, accompagnés par quelques fantassins d'entre les habitants de Schaizar, parmi lesquels un écuyer du chef (moiikayyid) ^ auquel obéissaient, qu'adoraient presque comme un dieu les gens de la montagne. Avec cet écuyer, était un chien