‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 57 sur 108 · Mou'in ad-Din Anar · texte numérisé non relu

Mou'in ad-Din Anar

"i. Mot et sens doutcuxi

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lui appartenant. Le lion sortit pour s'attaquer aux chevaux, qui détalèrent devant lui, effarouchés. Il se précipita alors au milieu des fantassins, se saisit de cet écuyer et s'accroupit sur lui. Alors le chien sauta sur le dos du lion qui abandonna l'homme et retourna dans le fourré. L'écuyer se rendit devant mon père (qu'AUàh l'ait en pitié !) qui riait. Il lui dit : « 0 mon maître, par ta vie, il ne m'a ni blessé ni endommagé. » On tua le lion et l'homme rentra, mais mourut dans cette même nuit, sans avoir été atteint par aucune blessure, des suites de l'effroi qui lui avait brisé le cœur. J'admirais la hardiesse de ce chien en face du lion, tandis que les animaux fuient devant lui et s'en gardent.

J'ai vu porter la tète d'un lion vers l'une de nos maisons. On aperçut les chats s'enfuyant de cette maison et se jetant du haut des toits en terrasse, n'ayant jamais vu mi lion auparavant. Quant à nous, nous équarrissions l'animal et nous lancions ses débris de la citadelle vers la plate-forme de la barbacane. Les chiens n'en approchaient pas, non plus qu'aucun oiseau. Les aigles, à la vue de cette viande, descendirent des hauteurs, s'approchèrent, puis crièrent et reprirent leur vol. Combien la crainte inspirée par le lion aux animaux a de ressemblance avec la crainte inspirée par l'aigle aux oiseaux ! Car l'aigle est-il aperçu pour la première fois par le poulet, celui-ci crie et se sauve par un sentiment de terreur qu'AIlâh le Très Haut a répandu dans les cœurs des animaux à l'égard des lions et des aigles.

Puisque je m'occupe des lions, je dirai que nous avions chez nous deux frères, deux compagnons d'armes, appelés les Banoû 'r-Rou'àm, deux fantassins, sans cesse allant et venant entre Schaizar et Laodicée {Al-Lâdhikiyya). Laodicée appartenait alors à mon oncle paternel Izz ad-Daula Aboû 'I-Mourhaf Nasr qui y avait placé son frère 'Izz ad-Din Aboù 'l-'Asâkir Soultân (qu'Allah les ait tous deux en pitié!). Les Banoû 'r-Rou'àm, qui leur servaient de courriers dans leurs échanges de lettres, ont raconté : « Sortis de Laodicée, nous avions gravi la colline d'AI-Manda, colline élevée qui domine de haut la plaine. Nous vîmes le lion accroupi au bord d'un fleuve qui coule sous la colline. Nous nous arrêtâmes en chemin, n'osant pas descendre par crainte du lion. Sous nos

yeux, un homme s'était avancé. Nous lui criâmes en agitant nos vêtements pour le mettre en garde du lion. Mais il ne nous écouta pas, banda son arc, y fixa une flèche en bois et se mit en marche. Le lion le vit. L'homme sauta sur lui, le frappa sans manquer de l'atteindre au cœur et le tua. Puis il s'approcha du lion, l'acheva, reprit sa flèche en bois, se dirigea vers ce fleuve, ôta ses chaussures, se déshabilla et descendit se baigner dans l'eau. Puis il remonta, se rhabilla sous nos yeux, se mit à secouer ses cheveux pour les sécher, mit l'une de ses chaussures, s'appuya sur son côté et resta longtemps dans cette posture. Nous dîmes : « Qu'est-ce qui l'a arrêté? Qui veutil induire en erreur? » Lorsque nous descendîmes, il était dans ce même état. Nous le trouvâmes mort. Nous ignorions ce qui avait pu l'atteindre. Nous lui enlevâmes du pied son unique bottine. Or, elle contenait un petit scorpion qui l'avait piqué au pouce. Il était mort sur l'heure. Grand fut notre étonnement au sujet de ce héros qui avait tué le lion et qu'avait tué un scorpion de la grosseur d'un doigt. Gloire à Allah le Tout Puissant, dont la volonté s'exerce sur les créatures !

Je dis : J'ai livré aux lions des combats innombrables, j'en ai tué une telle quantité que si, sur d'autres points, j'ai des rivaux, je ne connais personne qui possède au même degré que moi l'expérience de la lutte contre les lions. Je sais, par exemple, que le lion, comme tous les autres animaux, a peur de l'homme et le fuit. Il a une forte dose d'insouciance et de paresse, tant qu'il n'a pas été blessé. Mais, une fois atteint, il est vraiment le lion, et c'est alors qu'il devient eff'royable. A-t-il quitté le bas-fond d'une forêt ou un fourré quelconque pour se précipiter sur les cavaliers, il retourne infailliblement à ce même repaire, quand bien même il apercevrait des lumières sur sa route. Instruit par l'expérience, je ne manquais pas, lorsqu'il s'attaquait à nos cavaliers, de m'embusquer, avant qu'il eût été blessé, sur son chemin de retour; au moment où il revenait sur ses pas, je le guettais jusqu'à ce qu'il passât devant moi, et je lui assénais le coup mortel.

Quant aux panthères, la lutte contre elles présente plus de difficultés que la lutte contre les lions, à cause de leur légèreté

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et de leurs bonds à grande distance, et aussi parce qu'elles pénètrent dans les cavernes et dans les amas de rochers, comme les hyènes, tandis que les lions ne quittent jamais les bas-fonds des forêts et les fourrés.

On avait aperçu chez nous une panthère à Mou'arzaf, village dans la banlieue de Schaizar. Mon oncle paternel Izz ad-Dîn (qu'Allah l'ait en pitié !) monta à cheval afin d'attaquer la panthère et envoya vers moi un cavalier qui me trouva sur ma monture, occupé d'une affaire personnelle , pour me dire de le rejoindre à Mou'arzaf. Je le rejoignis et nous arrivâmes à l'endroit où l'on soupçonnait la présence de la panthère, mais sans l'y voir. 11 y avait là une cavité. Je descendis de mon cheval, muni d'une lance, et je m'assis devant l'orifice de cette cavité, aussi peu profonde que la taille d'un homme, avec une fissure dans le côté qui ressemblait au trou d'un reptile. J'agitai ma lance dans la fissure au côté de la cavité. La panthère sortit sa tête de la fissure pour saisir la lance. Nous étions ainsi informés que la panthère était dans cet endroit. Quelques-uns de nos compagnons vinrent me seconder. L'un de nous mettait en mouvement sa lance à cet endroit. Si la panthère provoquée sortait, un autre la pointait de sa lance. Toutes les fois qu'elle voulut remonter de la fosse, elle fut criblée par nos lances et finit par être tuée. Elle était d'une très grande taille ; mais elle s'était alourdie en dévorant des bêtes de somme du village. La panthère est le seul des animaux qui fasse des bonds de plus de quarante coudées.

Il y avait dans l'église de I.Iounâk une fenêtre à la hauteur de quarante coudées; chaque jour, à l'heure de midi, une panthère s'élançait pour y dormir jusqu'au soir; puis, d'un bond également, elle en redescendait. Or, à cette époque, passait à I.Iounâk un chevalier Franc, nommé Sire Adam, un des satans parmi les Francs. On lui raconta l'histoire de la panthère. « Informez-moi, dit-il, dès que vous la verrez. » La panthère vint, selon son habitude, et sauta dans la fenêtre. Un paysan courut prévenir Sire Adam. Celui-ci revêtit sa cotte de mailles, monta à cheval, prit son bouclier et sa lance, et vint dans l'église, qui était alors en ruines. Un seul mur restait debout, avec cette unique fenêtre. Lorsque la panthère aperçut Sire Adam, elle ne fit qu'un bond de la fenêtre sur lui,

l'atteignit sur son cheval, lui fendit le dos, le tua et poursuivit son chemin. Les paysans de Hounâk appelaient cette panthère la panthère qui prend part à la guerre sainte.

Parmi les caractères particuliers de la panthère, je citerai celui-ci : lorsqu'elle blesse l'homme et qu'une souris urine sur lui, l'homme meurt. Et la souris ne s'éloigne pas de celui qui a été blessé par la panthère, jusqu'à ce qu'on lui ait fabriqué un brancard qu'on fait flotter sur l'eau. Et l'on confie la garde du cadavre aux chats, parce qu'on craint pour lui les souris.

Presque jamais la panthère ne s'habitue aux hommes et ne s'apprivoise avec eux. Un jour, je passai par Ilaifà, ville du Sâhil appartenant aux Francs. Un Franc me dit : « Seraistu disposé à m'acheter un magnifique guépard f » — Très volontiers », répliquai-je. Puis il m'amena une panthère qu'il avait apprivoisée, au point qu'elle semblait entrée dans la peau d'un chien. Je repris : « Le marché ne me convient pas, car c'est une panthère et non un guépard. » Je m'étonnai que cet animal se fût familiarisé et assoupli avec le Franc en question.

La différence entre la panthère et le guépard, c'est que la face de la panthère est allongée comme celle du chien et que ses yeux sont bleuâtres, tandis que le guépard a la face arrondie avec des yeux noirs.

Un Alépin avait pris une panthère et l'amena, en venant demander justice, auprès du seigneur d'Al-Kadmoûs, l'un des Banoû Mouharrar, qui était en train de boire. Le seigneur ouvrit la séance. La panthère s'élança sur tous les assistants. Quant à l'émir, il était près d'une issue voûtée de la citadelle, par laquelle il passa, puis il ferma la porte de la salle. La panthère tournoya dans la résidence, tua les uns, blessa les autres jusqu'à ce qu'elle fût tuée.

J'ai entendu dire, mais je n'ai point constaté que, parmi les fauves, il y a le léopard. Je n'ai pas été à même de vérifier ce que je vais rapporter, mais mon autorité est le schaikh, l'imûm l.loudjdjnt ad-Dîn Aboù Hàschim Mohammad ibn Moliammad Ibn Thafar (qu'AHàh l'ait en pitié!). Voici ce qu'il m'a raconté : « Je voyageais vers les régions occidentales, en compagnie d'un vieil écuyer ayant appartenu à

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mon père, et qui avait voyagé, plein d'expérience. Nous avions épuisé nos provisions d'eau et nous étions altérés. Nous n'avions pas avec nous de troisième, étant seuls, moi et lui, sur deux chameaux de race. Nous nous dirigeâmes vers un puits sur notre route et nous trouvâmes devant l'orifice un léopard endormi. Après que nous nous fûmes éloignés, mon compagnon descendit de son chameau, me remit les rênes, prit son épée, son bouclier et une outre que nous avions apportée. Il me dit : « Maintiens la tête du chameau de race. » Il marcha vers l'eau. Lorsque le léopard le vit, il se leva et sauta dans sa direction, mais le dépassa et poussa un cri. Alors d'autres bêtes féroces surgirent, accoururent et assaillirent le léopard. Il ne put, ni nous barrer la route, ni nous causer aucun mal. Nous eûmes toute liberté pour boire et pour abreuver nos montures. » Voici ce qu'il m'a raconté (qu'Allah l'ait en pitié!). Or il était un des musulmans les plus parfaits dans sa foi et dans sa science.

Parmi les merveilles des destinées je dirai ce qui se passa, lorsque les Grecs (Ar-Roiim) vinrent camper devant Schaizar en l'an 532 \ Ils avaient dressé contre la place des machines de guerre effrayantes, qu'ils avaient apportées avec eux de leurs contrées. Elles lançaient des pierres parcourant des distances infranchissables même pour les flèches en bois, des pierres pesant de vingt à vingt-cinq livres.

Un jour, les Grecs atteignirent la maison d'un de mes amis, nommé Yoûsouf, flls d'Aboù '1-Garîb. Elle fut surchargée du haut et détruite de fond en comble par une seule pierre.

Sur un château fort, dans la résidence de l'émir, on avait attaché un bois de lance, au bout duquel flottait un drapeau. Le chemin, par lequel les habitants montaient vers la citadelle, passait au dessous. Une pierre de la catapulte arriva sur le bois de lance, le rompit juste au milieu et s'appesantit sur la fente qui renfermait le fer. Le fer tomba sur la route, pendant qu'un de nos compagnons descendait. De cette hauteur, entraînant avec lui la moitié du bois de lance, le fer s'enfonça dans les clavicules de cet homme et ressortit vers le sol après l'avoir tué.

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