‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 6 sur 108 · Le 30 novembre · texte numérisé non relu

Le 30 novembre

3. Le khalife Fàtimide régnant, qui mourut le 10 octobre 1119.

4. A moins qu'il ne faille lire comme je lo propose dans la note 1 du texte et traduire « me manda ».

5. Al-Af(lal, fils de Badr Al-Djamàlî « l'émir des armées », fut assassiné en décembre 1121 par ordre du khalife Al-Àmir bi-ahkâm Allah, après avoir dirigé comme vizir les affaires d'Egypte pendant vingt-huit années consécutives, sous trois khalifes.

D OUSÀMA IBN MOUNKIDH 5

et les Farhites. Les Raihànites étaient seuls pour faire face à tous les autres unis contre eux. Une partie des jeunes gens de la garde particulière faisaient cause commune avec les Djouyoùschites. Les troupes affluaient dans les deux camps. Al-Hàfith tenta une médiation; ses représentants allèrent et vinrent et il s'efforça d'amener la pacification; mais il échoua dans ses démarches auprès des combattants massés aux alentours de son palais. Dès le lendemain matin, la rencontre eut lieu au Caire. Les Djouyoùschites et leurs alliés remportèrent la victoire sur les Raihànites, qui laissèrent mille morts sur le Petit Marché de l'Émir des armées {souwaikat amîr aldjouyoûsch), au point que tout l'emplacement en fut chargé. Nous ne cessions pas d'être sous les armes nuit et jour, dans la crainte d'une attaque des Djouyoùschites, comme autrefois avant mon arrivée au Caire.

Après le massacre des Raihànites, on se figurait généralement qu'Al-Hâfith, dans son mécontentement, sévirait contre leurs meurtriers. Mais Al-Hàflth était malade, à toute extrémité, et mourut (qu'Allah l'ait en pitié !) deux jours après. Il n'y eut pas deux chèvres pour se disputer à coups de corne sa succession. Le khalifat échut à Ath-Thàflr bi-amr Allah, le plus jeune de ses flls. Celui-ci prit pour vizir Nadjm ad-Dîn Ibn Masâl, un vieillard très âgé, tandis que l'émir Saif ad-Dîn Aboù '1-Hasan 'AH Ibn As-Sallâr était alors relégué dans l'administration d'une province. Celui-ci recruta et rassembla des troupes, marcha sur Le Caire et s'y rendit dans sa propre maison. De son côté, Ath-Thàflr bi-amr Allah convoqua les émirs dans le Palais du vizirat et envoya vers nous le régisseur des palais, chargé de nous dire : « 0 émirs, ce Nadjm ad-Dîn est mon vizir et mon représentant. Que quiconque m'obéit lui obéisse et se conforme à ses ordres. » — Les émirs s'écrièrent : « Nous sommes les esclaves soumis et fidèles de notre maître. » L'intendant rapporta cette réponse.

Ce fut à ce moment qu'un émir vénérable, nommé Lakroûn, prit la parole en ces termes : « 0 émirs, laisserons-nous massacrer 'Alî Ibn As-Sallàrf » — « Non, par Allah, » répondirent-ils. — « Dans ce cas, ditLakroùn, agissez. » Ils partirent tous, sortirent du Château, sellèrent leurs chevaux et leurs mulets et apportèrent leur concours à Saif ad-Dîn Ibn As-Sallàr.

Lorsque Ath-Thàfir vit ce mouvement et qu'il eut essayé en vain de l'enrayer, il mit à la disposition de Nadjm ad-Dîn Ibn Masâl des sommes considérables et lui dit : « Rends-toi dans le Hauf, réunis des hommes, groupe-les, fais leur des distributions d'argent et repousse avec eux Ibn As-Sallâr. »

Ibn Masâl se mit en route pour exécuter ces instructions. Mais Ibn As-Sallâr entra au Caire et pénétra dans le Palais du vizirat. L'armée entière fut d'accord pour lui promettre obéissance. Il traita les troupes avec bonté. Il m'ordonna à moi, ainsi qu'à mes compagnons, de séjourner dans sa maison, et m'y assigna un endroit où j'habiterais.

Dans le I.Iauf, Ibn Masâl avait rassemblé en grande quantité des hommes de Lawâta, des soldats de Misr, des nègres et des Arabes. Roukn ad-Dîn 'Abbâs, beau-fils de 'Alî Ibn As- Sallâr, était sorti de la ville et avait établi ses campements en dehors de Misr. Le lendemain matin, une bande de Lawâta, commandée par un parent d'Ibn Masâl, apparut tout à coup et se dirigea vers la tente qu'il occupait. Un certain nombre d'hommes de Misr quittèrent 'Abbâs en fuyant. Quant à lui, il resta ferme à son poste avec ses officiers d'ordonnance et ceux de ses soldats qui tinrent bon jusqu'au soir de cette attaque par surprise.

Ibn As-Sallâr, informé de ce qui s'était passé, me fit venir pendant la nuit. J'habitais sa maison. Il me dit : « Ces chiens (il entendait par là les soldats de Misr) ont retenu l'émir (il désignait ainsi 'Abbâs) dans de vains amusements jusqu'au moment où une bande de Lawâta s'est élancée à la nage contre lui. Ils se sont alors enfuis, quelques-uns sont môme rentrés dans leurs maisons au Caire, bien que l'émir s'y opposât. » — Je répondis : « 0 mon maître, à l'aube nous monterons à cheval pour attaquer cette engeance et, avant le milieu de la matinée, nous en aurons fini avec eux, si Allah le Tout Puissant le veut. » — « C'est bien, dit Ibn As-Sallàr, monte à cheval au point du jour. »

Le lendemain, à la première heure, nous fîmes une sortie contre nos adversaires. Pas un seul d'entre eux n'échappa, excepté ceux à qui leurs chevaux firent traverser le Nil à la nage. Le parent d'Ibn Masâl fut fait prisonnier et eut le cou tranché.

d'ousâma ibn mounkidh

L'armée toute entière, sous les ordres de 'Abbâs, fut alors dirigée contre Ibn Masâl. 'Abbâs le rencontra devant Dalâs, mit en déroute ses partisans et tua Ibn Masàl lui-même. Il n'y eut pas moins de dix-sept mille hommes tués, nègres et blancs. La tête d'Ibn Masâl fut apportée au Caire, et il ne resta plus personne qui s'obstinât ou qui se révoltât contre Saif ad-Dîn.

Ath-Thâflr revêtit Ibn As-Sallâr du manteau du vizirat, et le surnomma Al-Malik Al- Â dit « le roi juste ». Il fut chargé du pouvoir, malgré la répugnance et l'aversion qu'il inspirait à Ath-Thâflr, qui nourrissait contre lui de mauvaises pensées et qui avait même conçu la résolution de le mettre à mort.

Le khalife convint avec quelques-uns des jeunes gens de sa garde particulière et avec d'autres personnes, dont il obtint le concours et qu'il soudoya, qu'on envahirait la maison d'Ibn As-Sallâr et qu'on le mettrait à mort. On était au mois de ramadan *. Les conjurés se réunirent dans une maison voisine de celle qu'occupait le vizir, pour attendre que la nuit fût à moitié passée et que les compagnons d'Al-'ÂdiP se fussent dispersés.

J'étais ce soir-là dans sa société. Lorsque ses commensaux eurent fini de souper et qu'ils eurent pris congé de lui, le vizir, informé en toute hâte par un de ses fidèles de ce qu'on tramait contre lui, manda deux hommes d'entre ses gardes du corps et ordonna que ses gardes du corps feraient invasion en masse dans la maison où ses ennemis étaient réunis. Cette maison, par la volonté d'Allah, qui avait résolu de ne .pas les faire périr tous, avait deux portes, l'une voisine, l'autre éloignée de la maison d'Al-'Âdil. Une première troupe pénétra par la porte la plus rapprochée avant que les autres fussent parvenus à la seconde porte par laquelle passèrent et sortirent nombre de fuyards, entre autres environ dix jeunes gens de la garde particulière du khalife, amis de mes officiers d'ordonnance, qui vinrent à moi pendant cette nuit pour qae nous les cachions. Le lendemain matin, la ville entière était occupée à rechercher les fuyards. Tous ceux sur lesquels on réussit à mettre la main furent tués.

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