En
d'ousâma ibn mounkidh 115
répandit et s'éparpilla. Hammam se dessaisit de son épée et vomit tout ce qu'il avait dans le ventre, troublé qu'il était par la vue de cette moelle.
Ce même jour, je me rencontrai avec un Ismaélien qui avait dans la main un poignard, tandis que dans la mienne était une de mes épées. Il s'élança sur moi avec son poignard. Je le frappai au milieu de l'avanl-bras, la poignée de son arme étant maintenue dans sa main et la lame adhérant à son avantbras. La lame de son poignard avait été tranchée sur une longueur de quatre pouces et son avant-bras avait été coupé par le milieu qui était mis à nu. La trace de la pointe du poignard resta sur le tranchant de mon épée. Un artisan de chez nous la vit et me dit : « Je ferai disparaître cette brèche. » — Je lui répondis : « Laisse-la telle quelle, car elle est le plus bel ornement de mon épée. » Et aujourd'hui encore, lorsque quelqu'un la voit, il y reconnaît la trace du couteau.
Cette épée a une histoire que je vais raconter. Mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) avait un écuyer nommé Djàmi\ Les Francs firent une incursion contre nous. Mon père revêtit sa casaque rembourrée et sortit de sa maison pour monter à cheval. Mais il ne trouva pas sa monture et s'arrêta quelque temps pour l'attendre. Enfin, Djâmi' l'écuyer amena le cheval. 11 s'était mis en retard. Mon père, qui avait ceint son épée, l'en frappa sans la sortir du fourreau, mil en pièces l'équipement, les sandales argentées, un manteau long et une tunique de laine, que portait cet écuyer, et lui fracassa l'os du coude. La main fut emportée du coup. Mon père (qu'Allah l'ait en pitié !) l'entretint et entretint ses enfants après sa mort, en raison de ce coup. Quant au sabre, il était appelé le Djâmiite, du nom de cet écuyer.
Parmi les coups d'épées célèbres, je raconterai que quatre frères apparentés avec l'émir Iftikhâr ad-Daula Aboû '1-Foutoûh Ibn 'Amroûn, seigneur de la forteresse de Boûkoubais, montèrent vers lui dans la forteresse, tandis qu'il dormait, et le criblèrent de blessures. Or, il était seul dans la forteresse avec son fils. Ils partirent ensuite, s'imaginant qu'ils l'avaient tué et se dirigeant vers son fils. Or, à cet Iftikhâr ad-Daula Allah avait donné une force peu commune. 11 se leva tout nu de sa couche, saisit son épée accrochée dans sa demeure et
sortit contre ses agresseurs. L'un d'eux, leur chef et leur héros, le rencontra. Iftikhâr ad-Daula lui asséna un coup d'épée, ne fît ensuite qu'un bond pour s'éloigner, dans la crainte que celui-ci ne se jetât sur lui avec un couteau qu'il tenait à la main, puis regarda en arrière et le vit étendu sur le sol, tué du coup. Ibn 'Amroûn se dirigea vers le deuxième qu'il frappa, qu'il tua. Les deux survivants s'enfuirent et se précipitèrent du haut de la citadelle. L'un d'eux mourut, l'autre échappa.
La nouvelle de cet événement nous parvint à Schaizar. Un messager fut chargé par nous de féliciter Ibn 'Amroûn de son salut. Trois jours après, nous montions à la forteresse de Boûkoubais pour lui faire visite, car sa sœur habitait chez mon oncle paternel Izz ad-Dîn \ et il avait d'elle des enfants. Il nous raconta ce qui lui était arrivé et nous mit au courant, puis ajouta : « J'ai des démangeaisons sur l'omoplate et je ne puis y atteindre. » Il appela l'un de ses serviteurs pour faire examiner l'endroit sensible, la cause de cette piqûre. Le serviteur regarda. Or, il avait une blessure, où était restée la pointe d'une épée qui s'était brisée dans son dos, sans qu'il en eût connaissance, sans qu'il eût rien senti, sinon un grattement lorsque la plaie avait suppuré.
Cet homme avait une telle force qu'il saisissait le tarse du pied d'un mulet, frappait la bête sans qu'elle pût dégager son pied de la main qui la tenait, en même temps qu'il prenait entre ses doigts les clous du maréchal-ferrant et les enfonçait dans une planche de bois de chêne.
Sa voracité était comme sa force, même plutôt supérieure.
J'ai raconté quelques actions des hommes; je vais mentionner quelques hauts faits des femmes, après les avoir fait précéder de certains détails, comme ceux-ci :
Antioche obéissait à un satan d'entre les Francs, nommé Roger {Roi'idjâr). Il se rendit en pèlerinage à Jérusalem, dont le prince était alors le Baron Baudouin -' {Barjdoiuotn), un vieillard, tandis que Roger était jeune. Celui-ci dit à Baudouin : « Prenons un engagement mutuel. Si je meurs