‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 66 sur 108 · Après · texte numérisé non relu

Après

. d'ousàma ibn mounkidh 127

pour prendre un troisième Franc. Ils furent réunis à trois chez elle. Alors, elle s'empara de ce qu'ils avaient avec eux et de ce qu'il lui convint de leur enlever, appela ensuite quelquesuns de ses voisins qui les mirent à mort.

Mes deux oncles et l'armée arrivèrent pendant la nuit. De nombreux Francs avaient été mis en déroute et poursuivis par des habitants de Schaizar, qui les avaient tués à l'extérieur de la ville. Aussi les cavaliers qui rentraient trébuchaient-ils dans l'obscurité au milieu des cadavres, sans savoir ce qui les faisait trébucher. L'un d'eux mit pied à terre et vit les cadavres dans les ténèbres. Ce spectacle les épouvanta et ils s'imaginèrent que Schaizar avait été envahi par surprise. En réalité, c'était un butin qu'Allah le Tout Puissant avait poussé vers les habitants.

On avait amené dans la maison de mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) quelques jeunes filles captives d'entre les Francs. Ils sont (qu'Allah les maudisse !) une race maudite, qui ne s'allie pas avec qui est d'autre origine. Mon père distingua une jeune fille belle, à la fleur de l'âge. 11 dit à Tintendante de sa maison : « Fais-la entrer dans le bain, répare le désordre de sa toilette et outille-la pour le voyage. » L'intendante obéit. Mon père confia la jeune fille à l'un de ses écuyers et la fit conduire vers l'émir Schihâb ad-Dîn Mâlik ibn Sâlim ibn Màlik, seigneur de KaFat Dja'bar, l'un de ses amis, auquel il écrivit : « Nous avons fait sur les Francs du butin, dont je t'ai envoyé une part. » La jeune fille plut à l'émir et le charma. Il se la réserva et elle mit au monde pour lui un fils qu'il nomma Badrân. Son père le constitua son héritier présomptif. Il grandit, son père mourut. Badrân gouverna la ville et les sujets, sa mère conservant le droit d'ordonner et de défendre. Celle-ci s'entendit avec quelques hommes et se laissa glisser sur une corde du haut de Kalat Dja'bar. Ces hommes l'accompagnèrent jusqu'à Saroûdj qui appartenait alors aux Francs. Elle se maria avec un cordonnier Franc, tandis que son fils était seigneur de KaFat Dja'bar.

Parmi les femmes Franques qui avaient été dirigées vers la maison de mon père, il y avait une vieille avec une de ses filles, jeune et bien faite, et un fils robuste. Le fils devint musulman et son islamisme fut de bon aloi, étant donné ce

qu'il étalait de sa prière et de son jeune. Il apprit l'art de travailler le marbre à l'école d'un artiste qui pavait en marbre la maison de mon père. Puis, son séjour s'étant prolongé, mon père le maria avec une femme d'une famille pieuse et lui fournit tout ce dont il avait besoin pour ses noces et pour son installation. Sa femme lui donna deux fds, qui grandirent parmi nous. Ils avaient cinq et six ans, quand leur père, l'ouvrier Raoul, dont ils étaient la joie, partit avec eux et avec leur mère, emportant tout ce qu'il avait dans sa maison pour rejoindre les Francs à Apamée. Il redevint chrétien, lui et ses enfants, après des années d'islamisme, de prière et de foi. Puisse Allah le Très Haut purifier le monde de cette engeance !

Gloire à Allah, l'auteur de toutes choses, le créateur I Quiconque s'est mis au courant de ce qui concerne les Francs ne peut que glorifier et sanctifier Allah le Tout Puissant; car il a vu en eux des bêtes qui ont la supériorité du courage et de l'ardeur au combat, mais aucune autre, de même que les animaux ont la supériorité de la force et de l'agression.

Je vais rapporter quelques traits relatifs aux Francs et à mes surprises au sujet de leurs intelligences.

Il y avait dans l'armée du roi Foulques fils de Foulques un chevalier Franc respectable, qui était venu de leurs contrées pour accomplir le pèlerinage et s'en retourner ensuite. 11 fit ma connaissance et s'attacha à moi au point qu'il m'appelait : Mon frère. Nous nous aimions et nous nous fréquentions. Lorsqu'il se disposa à repasser la mer pour rentrer dans son pays, il me dit : « 0 mon frère, je m'en retourne chez moi, et je voudrais, avec ta permission, emmener ton fils pour le conduire dans nos régions (j'avais avec moi mon fils âgé de quatorze ans) '. Il y verra nos chevaliers ■, il y apprendra la sagesse et la science de la chevalerie. Lorsqu'il reviendra, il aura pris l'allure d'un homme intelligent. » Mon oreille fut blessée de paroles qui n'émanaient pas d'une tète sensée. Car mon fils, eût-il été fait prisonnier, la captivité ne lui aurait pas ai)porté d'autre calamité que d'être transporté dans les

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