‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 67 sur 108 · Aboù '1-FawAris Mourliaf · texte numérisé non relu

Aboù '1-FawAris Mourliaf

'i. Le texte porte : nos cavaliers.

d'ousàma ibn mounkidh 129

pays des Francs. Je répondis : « Par ta vie, telle était mon intention, mais j'en ai été empêché par l'affection que porte à mon fils sa grand'mère, ma mère. Elle ne l'a laissé partir avec moi qu'en me taisant jurer de le lui ramener. » — « Ta mère vit donc encore? » me dit-il. — « Oui », répondis-je. — Il me dit : « Ne la contrarie pas. »

Parmi les curiosités de la médecine chez les Francs, je raconterai que le gouverneur d'Al-Mounaitira avait écrit à mon oncle paternel pour le prier de lui adresser un médecin qui s'y chargerait de plusieurs cures urgentes. Mon oncle arrêta son choix sur un médecin chrétien, nommé Thâbit (?). Celui-ci ne resta absent que pendant dix jours, puis remonta vers nous. Ce fut un cri général : « Comme tu as rapidement obtenu la guérison des malades ! » — Thâbit répondit : « On a fait venir devant moi un chevalier pour un abcès, qui lui avait poussé à la jambe, et une femme, que rongeait une fièvre de consomption. J'ai appliqué au chevalier un petit cataplasme; son abcès s'est ouvert et a pris bonne tournure ; quant à la femme, je lui ai interdit certains aliments et je lui ai rafraîchi le tempérament. J'en étais là, lorsque survint un médecin Franc, qui dit : « Cet homme est incapable de les guérir. » Puis, s'adressant au chevalier : « Que préfères-tu, lui demanda-t-il, vivre avec une seule jambe, ou mourir avec tes deux jambes V » — « J'aime mieux, répondit le chevalier, vivre avec une seule jambe. » — « Qu'on m'amène, dit alors le médecin Franc, un chevalier robuste, avec une hache tranchante. » Chevalier et hache ne tardèrent pas à paraître. J'assistais à la scène. Le médecin étendit la jambe du patient sur un billot de bois, puis dit au chevalier : « Abats-lui la jambe avec la hache ; qu'un seul coup la détache. » Sous mes yeux, le chevalier asséna un coup violent, sans que la jambe se détachât. Il asséna au malheureux un second coup, à la suite duquel la moelle de la jambe s'écoula, et le chevalier expira sur l'heure. Quant à la femme, le médecin l'examina et dit : « C'est là une femme dans la tête de laquelle est un satan, dont elle est possédée. Rasez-lui les cheveux ! )> On accomplit sa prescription et elle se remit à manger, comme ses compatriotes, de l'ail et

de la moutarde. Sa consomption empira. Le médecin dit

alors : « C'est que le satan lui a pénétré dans la tête. » Saisissant le rasoir, le médecin lui fendit la tête en forme de croix, et lui écorclia la peau dans le milieu si profondément que les os furent mis à découvert. Il frotta ensuite la tête avec du sel. La femme à son tour expira sur l'heure. Après leur avoir demandé si mes services étaient encore réclamés et après avoir obtenu une réponse négative, je revins, ayant appris à connaître de leur médecine ce que jusque-là j'avais ignoré. »

• J'ai assisté à un fait, où leur médecine se montra sous un jour absolument opposé. Le roi des Francs * avait pour trésorier un de leurs chevaliers, nommé Bernard ^ (puisse AUâh le maudire!), qui comptait parmi les plus détestables et les plus criminels d'entre eux. Un cheval lui avait lancé à la jambe une ruade qui détermina chez lui des douleurs au pied. On fit des incisions à quatorze endroits ; mais les blessures, dès qu'elles étaient fermées sur un point, se rouvraient sur un autre. Je faisais des vœux pour la mort de cet impie. Mais il reçut la visite d'un médecin Franc, qui enleva les emplâtres et se mit à laver les blessures avec du vinaigre très acide. Les blessures se cicatrisèrent ; il revint à la santé et se releva, semblable à un satan.

Entre les procédés étonnants de la médecine des Francs, je parlerai aussi de ce qui advint à un artisan, nommé Aboû '1- Fath, qui habitait parmi nous, à Schaizar. Il avait un fils dont le cou était gonflé de scrofules. Toutes les fois qu'une tumeur se fermait, il s'en ouvrait une autre. Aboû '1-Fath se rendit à Antioche pour une affaire et prit avec lui son fils. Un Franc remarqua l'état du malade et demanda (pii il était. — L'artisan i-épondit : « C'est mon fils. » — Le Franc dit alors : « Tu me jureras par la foi que, si je te donne une recette pour le guérir, tu n'accepteras de personne, à qui tu feras part de ce remède, aucun salaire. Dans ce cas, je vais t'apprendre un moyen de guérir ton fils. » L'artisan jura et son interlocuteur lui dit : « Tu prendras pour ton fils de la soude non pilée. (jue tu feras cuire et que tu arroseras

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