Mou'in ad-Din Anar. Vers 11 in
d'ousàma ibn mounkidh 137
fond, mais il n'y réussit pas, et dut se soumettre aux rigueurs de leur jugement (qu Allah les maudisse!). On lui passa sur les yeux le poinçon d'argent rougi au feu, et on l'aveugla.
Puis, ce même homme se rendit à Damas, où l'émir Mou'în ad-Dîn ' (qu'AUàh l'ait en pitié!) subvint à tous ses besoins et dit un jour à l'un de ses serviteurs : « Tu le conduiras chez Bourhcàn ad-Dîn de Balkh (qu'Allah l'ait en pitié!), auquel tu enjoindras en mon nom de lui donner un professeur qui lui enseigne le Coran, avec quelques notions de jurisprudence. » — L'aveugle s'écria : « Aussi vrai que le secours et la victoire émanent d'Allah, telle n'était pas mon ambition. » — « Qu'espérais-tu de moi? » reprit Mou'in ad-Din. — L'aveugle répondit : « Que tu me donnerais un cheval , une mule et des armes, que tu ferais de moi un cavalier. » Mou'în ad-Dîn dit alors : « Je ne me serais pas imaginé qu'un aveugle pût être rangé parmi les cavaliers. »
Entre les Francs, nous en voyons qui sont venus se fixer au milieu de nous et qui ont fréquenté la société des musulmans. Ils sont bien- supérieurs à ceux qui, plus récemment, les ont rejoints dans les régions qu'ils occupent. Ils constituent, en effet, une exception qu'il ne faut point ériger en règle.
C'est ainsi que j'envoyai un de mes compatriotes à Antioche pour régler une affaire. A ce moment, le chef de la municipalité {ar-raîs) y était Theodoros Sophianos {Ta odoros ibn As-Safi). Nous avions l'un avec l'autre des liens d'amitié. Son autorité prévalait à Antioche. Il dit un jour à mon compatriote : « Je suis invité par un Franc de mes amis, tu viendras avec moi, afin que tu voies leurs usages. »
Voici ce que m'a raconté mon compatriote : « J'allai avec lui, et nous entrâmes dans la maison d'un chevalier parmi les chevaliers de vieille roche, qui étaient arrivés avec la première expédition des Francs. Il avait été rayé des rôles pour l'impôt et dispensé de tout service militaire, et de plus avait été doté à Antioche d'un flef, d'où il tirait sa subsistance. Sur son ordre, on apporta une table magnifique, dressée avec des mets d'une pureté excessive et d'une perfection absolue. Cependant, mon hôte s'aperçut que je m'abstenais de manger.