Lecture douteuse, peut-être râhiyiU Al-Karàfita
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dommage, parfois la mort, sans compter ce qu'amènent les décrets et les décisions d'Allah.
J'ai pris part à la lutte contre les lions dans des campagnes innombrables et j'en ai tué plus que personne au monde, sans qu'ils m'aient fait éprouver aucun mal.
Je sortis un jour à la chasse avec mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) sur une montagne voisine de Schaizar, où nous lancions les faucons sur les perdrix. Nous étions sur la montagne, mon père et nous avec lui, ainsi que les fauconniers. Au pied de la montagne se tenaient quelques écuyers et des fauconniers pour recueillir les faucons et assurer leur repos dans les toutïes de jusquiame. Une lionne nous apparut. J'entrai dans une caverne qui renfermait un repaire où elle s'était réfugiée. Je criai pour appeler un de mes écuyers, nommé Yoùsouf. Celui-ci se déshabilla, saisit un couteau et pénétra dans le repaire. Quant à moi, une lance à la main, je me tins en face de l'endroit. Lorsqu'elle sortirait, je lui donnerais un coup de lance. Mon écuyer cria : « Sur vos gardes! Elle est sortie. » Je lui donnai un coup de lance, mais je la manquai, parce qu'elle avait le corps mince. L'écuyer cria : « Il y avait auprès de moi une autre lionne, qui est sortie sur les traces de la première. » Je me levai, je me tins prés de la porte de la caverne, porte étroite, haute d'environ deux tailles d'homme, pour voir ce que nos compagnons, qui étaient dans la plaine, feraient à l'égard des lions qui étaient descendus vers eux.
Une troisième lionne sortit, alors que j'étais absorbé par l'attention que je prêtais aux deux premières. Elle me renversa, me jeta de la porte de la caverne vers les bas-fonds qui étaient au-dessous. Elle faillit me déchirer. Je fus endommagé par une lionne, moi qui n'avait pas été endommagé par les lions. Gloire à Celui qui rend les décrets, qui cause les causes ! J'ai assisté à des manifestations de faiblesse d'âme et de lâcheté chez certains hommes, que je n'aurais pas soupçonnées possibles, même chez les femmes. J'étais un jour sur la porte de la maison de mon père (qu'Allah l'ait en pitié!). Je n'avais pas encore dix ans. Voici qu'un écuyer de mon père, nommé Mohammad Al-'Adjamî, souffleta un tout jeune serviteur de la maison. Celui-ci prit la fuite devant son agresseur et vint se suspendre à mon vêtement. Il fut bientôt rejoint par l'autre,
tandis qu'il ne lâchait pas ma robe, et reçut un second soufflet. Je frappai Mohammad avec un bâton que je tenais à la main. Mohammad me repoussa. Je tirai alors un couteau que j'avais sur moi, je l'en frappai; la lame pénétra dans son sein gauche et il tomba. Un vieil écuyer de mon père, nommé le kaicl Asad, nous rejoignit, s'arrêta prés du blessé, examina sa plaie. Lorsque celui-ci revint à lui, les flots de sang en jaillissaient, semblables aux bulles qui se forment à la surface de l'eau. I.e patient devint jaune, eut des frissons et perdit connaissance. On le porta dans sa maison. Il habitait avec nous dans la forteresse. Il ne put jamais se remettre de son étourdissement jusqu'à son dernier jour. Enfin, il mourut et fut enterré. »
Un fait de même nature est le suivant. Nous recevions à Schaizar la visite d'un Alépin, homme distingué, lettré qui jouait aux échecs, soit devant une table, soit à distance. On l'appelait Aboû '1-Mardja' Sâlim ibn Kânit (qu'Allah l'ait en pitié!). Il passait chez nous chaque année un temps plus ou moins long. Plusieurs fois il tomba malade. Le médecin lui conseillait alors la saignée. Mais, lorsque l'opérateur se présentait devant lui, son teint s'altérait et il était saisi de frayeur. Après la saignée, il perdait connaissance et restait évanoui jusqu'à ce que l'ouverture fût bandée. Alors il se remettait.
Le contraire de cela était que nous avions parmi nos compagnons, parmi les Banoû Kinâna, un nègre nommé 'Ali ibn Faradj, sur le pied duquel avait poussé un furoncle. Les doigts du pied se gâtèrent et tombèrent malades; le pied lui-même sentit mauvais. Le chirurgien dit au malade : < Il n'y a rien à faire pour ton pied, sinon de le couper. Autrement tu es perdu. » Le chirurgien se procura une scie et se mit à lui scier la jambe, au point que, terrassé par l'effusion de son sang, il perdit connaissance. Lorsqu'il fut remis, le chirurgien recommença son opération, jusqu'à ce qu'il eût enlevé le pied depuis le milieu de la jambe qui, bien soignée, guérit.
'Ali ibn Faradj (qu'AUâh l'ait en pitié!) était un des lionnnes les plus robustes et les plus vigoureux. Il chevauchait sur sa selle avec un seul étrier; de l'autre côté, il y avait une courroie dans laquelle était son genou. Il assistait au combat, luttait de la lance avec les Francs, malgré cet état (rinfériorité. Je le voyais (qu'AUâh l'ait en piiiéîj, déliant tout homme de le
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vaincre, soil par la ruse, soit par la contrainte. Il était d'humeur douce, en dépit de sa force et de sa bravoure.
Lui et les Banoù Kinâna, ils habitaient notre forteresse, la Forteresse du pont (housn al-djisr). Un certain jour, il envoya dés le matin vers des hommes parmi les notables des Kinànites pour leur faire dire \ « Aujourd'hui, il tombe une petite pluie. Or, j'ai chez moi un restant de boisson fermentée et de victuailles. Faites-moi Thonneur de Avenir chez moi, que nous buvions. » On se réunit chez lui. Il s'assit devant la porte de la maison et dit : « Y en a-t-il un parmi vous qui pourrait sortir par cette porte, si je m'y opposais? » Il faisait allusion à sa force. — « Non, répondirent les assistants, par Allah. » — Il reprit : « Aujourd'hui, il tombe une petite pluie. 11 n'y a rien ce matin dans ma maison, ni farine, ni pain, ni boisson fermentée. Or, aucun de vous n'est dépourvu dans sa maison de ce dont il a besoin pour sa journée. Envoyez quérir dans vos maisons votre nourriture et votre boisson fermentée. Quant à moi, je fournirai la maison et nous nous réunirons aujourd'hui pour boire et pour converser. » — « D'accord, ô Aboù '1-Hasan, » répondirent-ils unanimement. Ils envoyèrent alors quérir ce que leurs maisons renfermaient à manger et à boire et achevèrent leur journée chez 'Alî ibn Faradj, qu'ils vénéraient. Que soit exalté celui qui a créé ses créatures de plusieurs catégories ! Où retrouver pareille énergie, pareille force d'âme en présence de la lâcheté et de la faiblesse d'esprit de ces autres?
Je rapprocherai de cela ce que m'a raconté un Kinânite dans la Forteresse du pont (housn al-djisr). Un de ceux qui l'habitaient devint hydropique. 11 se fendit le ventre, guérit et reprit son ancien état de santé. Je dis : « J'aimerais le voir et l'interroger. » Or, mon information émanait d'un Kinânite, nommé Ahraad ibn Ma'bad ibn Ahmad, qui manda cet homme auprès de moi. Je l'interrogeai sur son état et sur la manière dont il s'était traité lui-même. 11 répondit : « Je suis un mendiant dans la solitude. Mon ventre s'est gonflé par l'hydropisie au point que j'étais incapable de me mouvoir et que je me suis dégoûté de la vie. Alors j'ai pris un rasoir, j'ai asséné plusieurs coups sur les orifices de mon nombril, dans la largeur de mon ventre, que j'ai fendu. Il en est sorti deux marmites pleines d'eau (il voulait dire : deux mesures). A peine l'eau
en avait-elle suinté sans arrêt que mon ventre s'est aminci. J'ai recousu le trou et soigné la blessure qui a guéri. Mon mal a complètement cessé. » J'examinai l'endroit où il avait pratiqué la fente de son ventre sur une longueur d'un empan. Sans aucun doute, cet homme avait eu sur la terre une faveur exceptionnelle.
Dans d'autres circonstances, j'ai vu un hydropique, dont le ventre avait été ouvert par le médecin. Il en sortit de l'eau, comme du ventre de celui qui se l'était fendu lui-même. Seulement il mourut de cette opération. Mais la destinée est une forteresse imprenable.
La victoire dans la guerre vient d'Allah (qu'il soit béni et exalté!), non pas des dispositions prises, de l'organisation, du nombre des fuyards et des vainqueurs. Toutes les fois que mon oncle paternel (qu'Allah l'ait en pitié!) m'envoyait pour combattre les ennemis. Turcs ou Francs, je lui disais : « 0 mon maître, ordonne-moi les dispositions à prendre, lorsque je rencontrerai l'ennemi. » — Il répondait : « 0 mon cher fils, la guerre se dirige elle-même. » Et il disait vrai.
Mon oncle paternel m'avait prescrit de me charger de sa femme et de ses enfants, celle-là une princesse (khâtoûn), fille de Tâdj ad-Daula Toutousch, avec une escorte de troupes, et de partir pour les conduire à la forteresse de Masyàth, qui lui appartenait alors. Dans sa sollicitude pour eux, il voulait les soustraire aux chaleurs excessives de Schaizar.
Je montai à cheval. Mon père et mon oncle paternel (qu'Allah les ait tous deux en pitié!) montèrent à cheval avec nous, afin de nous conduire à une certaine distance. Puis, ils s'en retournèrent , accompagnés seulement de quelques jeunes mamloùks qui traînaient les montures de rechange et portaient les armes. Toutes les troupes étaient avec moi. En approchant de la ville, ils entendirent tous deux remuer le tablier ' du pont, et dirent : « Il s'est passé quelque chose sur le pont. » Ils stimulèrent leurs chevaux, s'avancèrent avec précaution, et trottèrent dans cette direction. Une trêve avait été conchie entre nous et les Francs (qu'Alhdi les niaii-
1. Peul-êiro convient-il ûa traduire : Ils enlondirent tous deux battre la tinibaio du pont.
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disse!), et pourtant ceux-ci s'étaient fait précéder par un homme qui leur révéla le secret d'un gué, d'où ils passeraient vers la Ville du pont {madînat ai-djisr), située dans une île, à laquelle on ne pouvait accéder que par un pont voûté, construit de pierre et de chaux, protégé contre l'entrée des Francs. Cet espion leur indiqua la place du gué. Ils vinrent en masse d'Apamée sur leurs chevaux, et, dés l'aurore, ils arrivèrent au passage, qui leur avait été montré, traversèrent le fleuve, s'emparèrent de la ville, pillèrent, firent des prisonniers, tuèrent, envoyèrent une partie des captifs et du butin à Apamée, et s'installèrent dans les maisons. Chacun d'eux plaça comme marque distinctive sa croix sur une maison, ficha en terre devant la porte son étendard.
Lorsque mon père et mon oncle paternel (qu'Allah les ait tous deux en pitié!) remontèrent à la citadelle, les habitants les implorèrent et se lamentèrent bruyamment. Or, il advint qu'Allah (gloire à lui!) répandit sur les Francs la terreur et l'impuissance. Les Francs ne reconnurent pas l'endroit où ils avaient franchi le fleuve. Ils lancèrent leurs chevaux, qu'ils montaient couverts de leurs cottes de mailles, sur un autre point que celui où était le gué de l'Oronte. Le nombre des noyés fut considérable, chaque cavalier plongeant dans l'eau, tombant de sa selle, et s'enfonçant dans l'abîme, tandis que le cheval remontait à la surface. Ceux qui ne périrent pas s'enfuirent en désordre, sans se préoccuper les uns des autres. Voilà ce qu'était devenue une armée considérable, tandis que mon père et mon oncle avaient en tout une escorte de dix mamloùks adolescents.
(( Mon oncle resta dans la Ville du pont {al-djisi^), et mon père retourna à Schaizar. Quant à moi, j'avais conduit les enfants de mon oncle paternel à Masyâth. Le lendemain, je revins vers le soir, je fus informé des événements, je me présentai chez mon père (qu'Allah l'ait en pitié!) et je le consultai pour savoir si je devais me rendre incontinent auprès de mon oncle à la Forteresse du pont (housn al-djisr). « Tu arriveras de nuit, me répondit-il, lorsqu'ils seront endormis. Vas-y plutôt demain matin. » Dès l'aurore, je me mis en route, je me présentai chez mon oncle et nous montâmes à cheval, afin de visiter l'endroit où les Francs s'étaient noyés. Quantité de
nageurs lui offrirent leurs services et retirèrent de Teau de nombreux cadavres de cavaliers Francs. Je dis à mon oncle : « 0 mon maître ! ne trancherons-nous pas leurs têtes, pour les envoyer à Schaizar? » — « Fais-le, si tu veux », me réponditil. Il nous suffit de trancher vingt têtes environ. Le sang en découlait, comme si la mort les avait atteints à ce moment même, et cependant elle remontait à un jour et une nuit. J'imagine que l'eau avait conservé leur sang dans cet état. Nos hommes s'approprièrent des armes de tout genre en grand nombre, cottes de mailles, épées, bois de lances, casques, chausses de mailles.
Et j'ai vu un des laboureurs {fallâh) de la Ville du pont {al-djisr), qui s'était présenté devant mon oncle paternel, sa main cachée sous ses vêtements. Mon oncle lui dit, en plaisantant avec lui : « Que m'as-tu donc réservé comme ma part du butin if » — 11 répondit : « Je t'ai réservé un cheval avec son équipement, une cotte de mailles, un bouclier et une épée. » L'homme partit et apporta le tout. Mon oncle accepta l'équipement, mais rendit le cheval, et reprit : « Qu'as- tu dans la main? ». — L'autre répondit : « Nous nous sommes empoignés, moi et le "Franc. Je ne possédais ni équipement, ni épée. Je renversai le Franc, et je lui donnai un si violent coup de poing à la figure, que recouvrait le bas d'un heaume en mailles, que je l'étourdis et que je saisis son épée avec laquelle je le tuai. La peau des articulations de mes doigts fut réduite en charpie, et ma main enfla au point que je ne pouvais pas m'en servir. » Il nous montra sa main. Elle ressemblait à sa description et laissait voir à découvert les os de ses doigts.
11 y avait dans l'armée de la Ville du pont {ai-djisr) un Kurde, nommé Aboû 'l-Habasch, dont la fille Raibùl avait été laite prisonnière par les Francs. Aboù '1-I.labasch soupirait sur la captivité de sa fllle, disant à quiconque le rencontrait pendant une journée entière : « Ralbûl a été laite prisonnière ». Nous sortîmes le lendemain pour nous avancer le long du fleuve et nous vîmes sur la rive une masse noire. Aussitôt l'un des écuyers reçut l'ordre de nager, d'examiner cette masse noire. Il s'y rendit. Or, voici que c'était Ratbùl revêtue d'un vêtement bleuâtre. Elle s'était jetée de sur le cheval du Erniic ([ui l'avait conquise et s'était noyée, son
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vêtement restant suspendu à un saule. Le gémissement de son père Aboû 'l-Iïabasch finit par s'apaiser.
Le cri de détresse qui avait retenti au milieu des Francs, leur déroute et leur mort furent dus à une grâce d'Allah et non à une supériorité de forces ou à une armée. Béni soit Allah qui décrète ce qu'il veut !
La crainte que l'on inspire est quelquefois profitable à la guerre. C'est ainsi que l'atâbek parvint en Syrie, et je l'accompagnais, en l'année 529 \ Damas était son objectif. Nous avions fait halte à Al-Koutayyifa. Salâh ad-Dîn ^ me dit : « Monte à cheval, et devance-nous jusqu'à Al-Foustouka. Ne t'écarte pas de la route, afin qu'aucun de nos soldats ne puisse fuir dans la direction de Damas. » Je pris les devants et, après une heure d'attente, voici que Salâh ad-Dîn était venu me rejoindre à la tête d'un petit nombre de ses compagnons. Un nuage de fumée s'élevait sous nos yeux à 'Adhrâ. Salâh ad-Dîn envoya des cavaliers examiner d'où provenait cette fumée. C'étaient des hommes de l'armée de Damas, qui faisaient brûler de la paille en abondance dans 'Adhrà. Ils s'enfuirent. Salâh ad-Dîn les poursuivit, et nous l'escortions, trente ou quarante cavaliers tout au plus. Arrivés à Al-Kousair, nous y trouvâmes l'armée de Damas toute entière, barrant l'accès du pont. Nous nous tenions dans le voisinage du caravansérail. Ce fut notre cachette. Nous en faisions sortir cinq ou six cavaliers à la fois, pour que l'armée de Damas les aperçût. Ils revenaient ensuite se mettre à l'abri dans le caravansérail, nos ennemis étant convaincus que nous y avions établi une embuscade.
Salâh ad-Dîn fit partir un cavalier vers l'atâbek pour lui faire connaître notre situation critique. Tout à coup, nous vîmes environ dix cavaliers se diriger vers nous en toute hâte et derrière eux s'avançait l'armée en rangs serrés. Ils parvinrent jusqu'à nous. A ce moment même, l'atâbek venait d'arriver. Son armée le suivait. Zenguî adressa des reproches à Salâh ad-Dîn sur ce qu'il avait fait, et lui dit : « Tu t'es lancé précipitamment jusqu'à la porte de Damas avec trente