‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 77 sur 108 · Salàh ad-Din Mohammad, fils d'Ayyoûb, Al-Yàguisiyâni · texte numérisé non relu

Salàh ad-Din Mohammad, fils d'Ayyoûb, Al-Yàguisiyâni

cavaliers pour te faire tailler en pièces, ô Mohammad '. » Et il le réprimanda. Tous deux s'exprimaient en turc, et je ne savais pas le sens de leurs paroles.

Lorsque les avant-gardes de notre armée nous eurent rejoints, je dis à Salâh ad-Dîn : « Ordonne seulement, je prendrai avec moi ceux qui sont arrivés jusqu'à présent, je fondrai sur les cavaliers de Damas, qui sont postés en face de nous, et je les délogerai. » — « N'en fais rien », me répondit-il. Pour donner un tel conseil, quand on est au service de Zenguî, il faut n'avoir pas entendu la manière dont il m'a traité. » N'était la faveur d'Allah le Très Haut, n'était cette crainte et cette terreur qui leur fut inspirée, nos ennemis nous auraient délogés.

Il m'arriva pareille chose. J'avais accompagné mon oncle paternel (qu'Allah l'ait en pitié!), se rendant de Schaizar à Kafartâb. Avec nous il y avait pas mal de laboureurs (fallâ/i) et de vagabonds, avides de piller dans la banlieue de Kafarlâb des récoltes et du coton. Ces hommes se dispersèrent pour piller, tandis que les cavaliers de Kafartâb étaient montés à cheval pour se poster devant leur ville. Nous étions entre eux et la populace disséminée au milieu des champs et des plants de coton. Voici qu'un de nos compagnons, un cavalier d'entre les éclaireurs, arriva vers nous au galop en disant : « La cavalerie d'Apamée est arrivée. » Mon oncle paternel me dit : « Tu resteras en face des cavaliers de Kafartâb, tandis que j'emmènerai les troupes pour aller à la rencontre des cavaliers d'Apamée. » Je me tins à la tête de dix cavaliers dissimulés par les oliviers. De temps en temps, trois ou quatre d'entre eux nous quittaient pour faire illusion aux Francs et pour retourner ensuite vers les oliviers, tandis que les Francs s'imaginaient que nous étions en nombre. Eux étaient concentrés, criaient, poussaient leurs chevaux jusque dans notre voisinage, tandis que nous ne bougions pas, afin de les voir rebrousser chemin. Cette situation se prolongea jusqu'au retour de mon oncle paternel et jusqu'à la déroute des Francs venus d'Apamée.

Un des écuyers de mon oncl<^ lui dit : « 0 mon maître, tu

Page 1