‹ Souvenirs historiques et récits de chasseChapitre 83 sur 108 · Du 28 août 1139 au 16 août · texte numérisé non relu

Du 28 août 1139 au 16 août

La longueur de mon existence ne ma pas Laissé d'énergie pour combattre les vicissitudes du temps, quand elles 7n attaquent en ennemies.

Mes forces sont affaiblies et j'ai été trahi par les deux alliés en qui j'avais mis ma confiance, ma vue et mon ouïe, alors que je suis 'monté jusqu'à cette limite.

Car, lorsque je me lève, je m imagine soulever une 'montagne; si je marche, je crois marcher attaché avec des chaînes.

Je rampe, le bâton dans cette main que j'ai connue portant pour les combats une lance fauve et une épée e?i acier de l'Inde.

Je passe la nuit sur la couche la plus moelleuse dans l' insom,nie et dans l'agitation, comme si j'étais étendu sur des rochers.

L'homme est renversé de haut en bas da^is la vie. C'est au 'moment ynême oii il arrive à la perfection et à la plénitude qu'il retourne à ses co')n'mencements .

Et c'est moi pourtant qui disais autrefois à Misr pour condamner le bien-être et le laisser-aller de l'existence (comme elle a rapidement et promptement marché vers son dénoûment!) :

Regarde les vicissitudes de ma vie, comyne elle 'm'a accoutumé, après que mes cheveux sont devenus blancs, à de nouvelles habitudes!

Et dans cette transformation qu'a apportée le revirement du temps il y a un enseignement par l'exemple. Quel est l'état que les jours écoulés n'aient point ^nodifiéf

J'avais été un brandon de guerre; toutes les fois que la guerre s'éteignait, je la rallumais en frottant cotn'me des briquets les épées blanches sur les gardes des sabres.

Mon seul souci était de lutter avec mes rivaux que je considérais convme des proies que je déchirerais ; car ils tremblaient devant moi;

Qui faisais pénétrer plus de terreur qu'une nuit, qui m élançais plus i'nipétueux qu'un torrent, plus entreprenant i^ur le champ de bataille que la mort.

d'ousâma ibn mounkidh 159

Or, je suis devenu comme la jeune fille flexible, langoureuse, qui repose sur les coussins rembourrés, derrière le voile et les jHdeaux.

J'ai failli tomber en poussière par la durée de ma halte, comme l'épée indieyme est rouillée par une trop longue attente dans les fourreaux.

Après les cottes de 7nailles de la guerre, je suis enveloppé dans des manteaux en étoffes de Dabîk; malheureux que je suis, m,alheureux manteauxl

U aisance n'est ni ce que je recherche ni ce que je poursuis; la jouissance 7%' est ni mon affaire, ni ma ptxoccupation.

Et je n' aimerais atteindre ni la gloire dans une vie d' abondance , ni la célébrité sans briser les épées blanches et les fers des lances.

Et je m'imaginais alors que le favori du temps n'est jamais usé, que son héros n'est jamais affaissé, et que, lorsque je retournerais en Syrie, j'y retrouverais mes jours comme je les avais connus, sans que le temps y eût rien changé pendant mon absence. Mais, lorsque je revins, les promesses de mes désirs me prouvèrent le mensonge de mes illusions, et cette imagination s'évanouit comme l'éclat du mirage. 0 Allah, pardonne-moi cette phrase incidente qui m'a échappé par l'effet d'un chagrin qui s'est abattu sur moi et qui s'est ensuite dissipé. Je reviens au sujet qui m'occupe et je me dégage de l'oppression de la nuit ténébreuse.

Si les cœurs étaient purifiés de la souillure des péchés, s'ils s'en remettaient à Celui qui connaît les mystères, ils sauraient que s'exposer aux dangers des guerres n'abrège pas l'éloignement du terme inscrit d'avance. Car j'ai vu, au jour où nous nous combattions, nous et les Ismaéliens, dans la forteresse de Schaizar, un enseignement par l'exemple, qui démontre à l'homme courageux et intelligent, et même à l'homme lâche et stupide, que la durée de l'existence est fixée, marquée par le destin, sans que le terme en puisse être avancé ni retardé.

Lorsque, dans cette journée, nous eûmes fini de combattre, un homme cria sur le côté de la forteresse : « Les ennemis! » J'avais auprès de moi quelques-uns de mes compagnons avec

leurs armes. Nous courûmes en hâte vers celui qui avait crié. Nous lui dîmes : « Qu'as-tu? » — Il répondit : « Je flaire ici les ennemis. » Nous nous rendîmes vers une étable vide, obscure, et nous y entrâmes. Il s'y trouvait deux hommes armés qui furent tués par nous. Nos recherches nous firent ensuite rencontrer un de nos compagnons qui avait été assassiné. Son corps reposait sur quelque chose. Lorsqu'il eut été soulevé, il recouvrait un Baténien qui s'était enveloppé d'un linceul et avait placé le corps sur sa poitrine. Après avoir emporté notre compagnon, nous tuâmes celui qui était audessous de lui et, par nos soins, il fut déposé, lui, dans la mosquée voisine de cet endroit, criblé de blessures graves. Nous ne mettions pas en doute qu'il fût mort, puisqu'il ne se mouvait pas et qu'il ne respirait plus. Et moi, par Allah, je remuais avec mon pied sa tête sur les dalles de la mosquée, et nous doutions de moins en moins qu'il fût mort. Le malheureux avait passé devant cette étable, avait entendu un bruit léger et avait avancé sa tête pour vérifier ce qu'il entendait. Un des Baténiens l'ayant tiré en avant, on lui avait donné des coups de poignard jusqu'à ce qu'il passât pour mort. Mais Allah (gloire à lui!) décida que ces blessures au cou et sur tout le corps fussent recousues, qu'il guérît et qu'il revînt à son ancien état de santé. Béni soit Celui qui rend les décrets, qui fixe les trépas et les vies 1

J'ai assisté à quelque chose de semblable. Les Francs (qu'Allah les maudisse !) avaient fait une incursion contre nous dans le dernier tiers de la nuit. Nous montâmes à cheval dans l'intention de les poursuivre. Mon oncle 'Izz ad-Dîn ^ (qu'Allah l'ait en pitié!) nous retint et nous dit : « C'est une embuscade et l'attaque aura lieu de nuit. » A notre insu, des fantassins avaient quitté Schaizar pour se lancer à lu poursuite des Francs qui tombèrent sur une compagnie d'entre eux à sa rentrée et la décimèrent. Les autres échappèrent au massacre.

Le lendem;;iin matin, je me tenais à Bandar Kanîn, village dans la banlieue de Schaizar, losque je vis s'avancer trois individus, deux ressemblant a des hommes, celui du milieu avec une- face différente de ce que sont les faces humaines.

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