Traduction incertaine
qu'après l'avoir flairée et y avoir mordu. Cet état dura longtemps, une année environ.
Un jour que nous .étions sortis vers les cannaies et que j'avais pénétré dans la cannaie sur la montagne, sans pourtant dépasser la lisière, le guépardier se tenait dans mon voisinage avec ce guépard. On vit surgir de la cannaie une gazelle qui s'avança vers moi. Je lançai mon cheval, un magnifique coursier qui me portait, afin de rejeter la gazelle vers le guépard. Mon cheval l'eut bientôt rejointe, renversée avec son poitrail et jetée à terre. Le guépard sauta sur elle et lui fit la chasse. 11 paraissait un dormeur, réveillé subitement, qui disait : « Prenez autant de gibier que vous le désirerez. » Depuis lors, toutes les fois que ce guépard voyait paraître une gazelle, il la saisissait, et, sans que le guépardier pût le contenir, la tirait à lui, la terrassait, et ne s'arrêtait pas, à la manière des guépards, dans sa chasse ; mais, au moment où son dresseur disait : « Elle a fait halte », il se remettait à courir et ressaisissait la gazelle.
Nous chassions à Schaizar la gazelle au poil brun clair, et c'est une gazelle de grande taille.
Lorsque nous emportions ce guépard exceptionnel vers la hauteur du côté de l'est, où étaient les gazelles blanches, nous ne laissions pas le guépardier galoper avec le guépard en croupe, afin qu'il les conquît, sans qu'il tirât à lui une gazelle et ne la renversât, sans qu'il s'attaquât aux autres gazelles, comme s'il les prenait pour des animaux nouveau-nés, tant les gazelles sont petites !
Ce guépard était le seul qui séjournât dans la maison de mon père (qu'Allah l'ait en pitié !). Celui-ci avait chargé une servante de le soigner. Pour le guépard, on avait disposé sur le côté de la maison une couverture ployée, sous laquelle était de l'herbe sèche, et l'on avait ouvert dans le mur une brèche par laquelle le guépardier venait, au sortir de la chasse, jusqu'au seuil de la maison, placer la bête, qui y trouvait l'estrade, qui se dirigeait à l'intérieur vers Tendroit où sa couche était préparée et qui y dormait, La servante venait à sa rencontre, pour lui mettre ses entraves, jusqu'à la brèche ouverte dans le mur.
Dans la maison de mon père, il y avait, par AUâh, environ
d'ousâma ibn mounkidh 199
vingt gazelles au poil brun clair et au poil blanc, des étalons, des chèvres et des faons de gazelle nés chez lui. Ce guépard ne les poursuivait pas et ne les effrayait pas. Il ne bougeait pas de sa place et rentrait dans la maison, en les laissant paître librement, sans faire attention même aux gazelles.
J'étais présent, lorsque la servante, chargée de veiller sur lui, lissait ses poils avec le peigne. Il ne s'y opposait pas et ne cherchait pas à s'enfuir.
Un jour, je vis cette même servante, alors que le guépard avait uriné sur cette couverture étendue pour lui, le secouer et le battre pour cet acte de malpropreté, sans que le guépard fît entendre des hurlements contre elle et sans qu'il la battît.
J'ai été témoin de ce qui se passa un jour que deux lièvres avaient soulevé la poussière devant le guépardier. Le guépard s'attacha à l'un d'eux qu'il prit et qu'il mordit avec sa gueule. L'autre le suivait de près. Le guépard s'accrocha à lui et se mit à le frapper avec ses deux pattes de devant, tandis que sa gueule était occupée à ne pas lâcher le premier lièvre. Il ne se dessaisit du second et ne le laissa s'éloigner qu'après lui avoir donné nombre de coups avec ses pattes de devant.
Parmi les chasseurs de notre entourage ce jour-là était le schaikh, le savant Aboû 'Abd Allah deTolëde (At-Toic/aîtili), le grammairien (qu'Allah l'ait en pitié). Il était en grammaire le Sîbawaihi de son époque. J'ai étudié la grammaire sous sa direction pendant prés de dix ans. Il avait longtemps été préposé au Palais de la science (dâr al-iLm) de Tripoli. Lorsque les Francs se furent emparés de cette ville ', mon père et mon oncle paternel (qu'Allah les ait tous deux en pitié!) confisquèrent à leur profit ce schaikh Aboù 'Abd Allah, ainsi que Yânis le copiste. Celui-ci était familier avec l'écriture des manuscrits, et, comme calligraphe, son talent se rapprochait de celui d'Ibn Al-Bawwâb. Yànis resta auprès de nous à Schaizar pendant longtemps et copia pour mon père deux Corans entiers ; puis il se rendit à Misr où il mourut.
J'ai vu merveille du schaikh Aboû 'Abd Allah. J'entrai un jour chez lui pour lire sous sa direction. Je le trouvai, ayant devant lui les principaux traités de grammaire : le Livre de