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« députalion parles collèges d'arrondissements «et de départements ci-dessous nommés, en a vertu de l'ordonnance royale du. • . ., et con- «formément à laCharte constitutionnelle et aux «lois sur les élections des. ... et se trouvant «actuellement à Paris;
«Se regardent comn^f absolument obligés, « par leur devoir envers le Roi et la France, de « protester contre les mesures que les conseil- « 1ers de la couronne, trompant les intentions « du monarque, ont fait naguère prévaloir pour , « le renversement du système légaUles élec- «tions et la çuine de la liberté de la presse. «Lesdites mesures, contenues dans les or-
« donnances des ' sont aux yeux
« des soussignés , directement contraires à la
«Charte constitutionnelle, aux droits constitu-
«tionnels de la chambre des pairs, au droit
«public des Français, aux attributions et aux
« arrêts des tribunaux, et propres à jetei* l'état
« dans une confusion qui compromet également
« la paix du présent et la sécurité de Taveiiir.
«En conséquence, les soussignés, inviolable-
« ment fidèles à leur serment au Roi et à la Chal^te
« constitutionnelle, protestent d'un commun ac-
« cord , non seulement contre lesdites mesures,
« mais contre tous les actes qui en pourraient
« être la conséquence.
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K Et, attendu^ d'une part, que la Chambre des «Députés n'ayant pas été constituée, n'a pu être «légalement dissoute; d'autre part, que la ten- <c tative de former une autre chambre des dé- «putés, d'après un mode nouveau et arbitraire, « est ,en contradiction formelle avec la Charte «constitutionnelle et les droits acquis desélec- «teurs, les soussignés déclarent qu'ils se consi- « dèrent toujours comme légalement élus à la dé* ccputationpar les collèges d'arrondissements et «de départements dont ils ont obtenu les suf- «frages, et comme ne pouvant être remplacés « qu'en vertu d'élections faites selon l«s prin- «cipes et les formes voulues par les lois.
«Et si les soussignés n'exercent pas effecti- «vement les droits et ne s'acquittent pas de « tous les devoirs qu'ils tiennent de leur élec- «tion légale, c'est qu'ils en sont empêchés par «une violence malérielle contre laquelle ils i\e «cesseront de protester. »
« Aussitôt après la lecture, je demandai que cette protestation fût signée; mais d'une foule de côtés on s'écria que cela était inutile, et qu'il suffisait de mettre : Suwent les signatures. J'insistai de la manière la plus forte, en rappelant qu'on venait de signaler comme méprisables une quantité de placards anonymes qui tapissaient les murs de Paris, et
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en faisant remarquer que notre protestation non signée mériterait une aussi fâcheuse qua* lifîcation. Mes efforts n'obtinrent aucun résultat, et l'on s'empressa de se séparer.
«Pendant que nous étions chez Audry de Puyraveau, la bataille continuait avec plus d'ardeur que jamais, et à chaque instant on nous apprenait des nouvelles plus ou moins sinistres. Les succès étaient fort divers, et les troupes royales se soutenaient avec assez d davantage. J'eus à peine le temps de ra'assurer par moi-même de ce qui se passait sur quel- ' ques points, et je m'empressai de rentrer pour me préparer à recevoir la réunion.
« C'est dans la réunion du mercredi matin que Ton put surtout apprécier les opinions des membres de la Chambre des Députés qui eurent le plus d'influence dans la révolution de juillet. Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici quelques noms, et la direction suivie "à cette époque par quelques députés, ne fût-ce que pour comparer ce qu'ils furent avec ce qu'ils ont été depuis.
Les hommes les plus prononcés , ceux dont Topinion ne s'est jamais démentie , étaient Audry de Puyraveau, Bavoux, Bérard, Bernard de Rennes, Chardel, Daunou, Duchaffault, Gallot , Labbey de Pompières, Lafayette, Laf-
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fitte. Marchai, Mauguin. Ces divers membres avaient fait le sacrifice de leur vie, et ils étaient prêts à tout tenter pour sauver le pays. I-aborde et de Schonen montraient une ardeur au moins égale; mais ils ne doivent pas être placés sur la même ligne, parce qu'ils n'y ont pas long-temps persévéré.
« Bertin de Vaux, Dupin aîné, Gérard, Guizot, Louis, Mécfain, Persil, 'Auguste Saint- Aignan, Yillemain , etc., ne paraissaient guère moins animés; mais quelques jours s'étaient à peine écoulés que presque tout leur patriotisme était pour ainsi dire évaporée J'aime à croire que les sentiments qu'ils manifestaient pendant nos grandes journées étaient sincères, et cela est d'autant plus probable, qu'il y avait à se conduire ainsi qu'ils le faisaient, plus de danger que d'intérêt; mais alors comment expliquer leur conduite subséquente?
ce Les autres députés présents à nos réunions se divisaient encore en deux catégories. Dans la première se placent les timides, les insignifiants, ceux qui, effrayés de tout ce qui se passait, n'avaient ni le courage de s'y associer firanchement , ni l'audace de s'y opposeï^. Les mesures vigoureuses les épouvantaient. Us cherchaient à s'y soustraire, et toutefois ils n'osaient pas se séparer de nous et embrasser
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une opinion qui leur fût personnelle. Je n'ai pas besoin de citer les noms de cette classe nombreuse pour qu'on la reconnaisse. Ce sont les séides du ministère actuel ^ comme ils Font été des ministères passés, et le seront des ministères' futurs.
«Dans la dernière catégorie je ne comprendrai guère que deux députés, parce que ceuxlà seuls ont exprimé hautement leur opinion. Ces députés sont Casimir Périer et Sébastiani. J'ignore quel était le fond de leur pensée, mais ce que je sais bien, c'est que tous leurs efforts ont été employés à entraver le mouvement révolutionnaire, et qu'ils l'eussent même tout-à-fait arrêté si cela eût été en leur pouvoir. Il y a dans leur conduite, et particulièrement dans celle de Périer , des mystères que le temps seul pourra dévoiler, et que son défaut de courage n'explique même pas suffisamment.
« Un peu avant quatre heures, MM. Laffitte, Gérard et Lobau revinrent de leur mission. Bientôt après arriva un assez grand nombre de nos collègues , et Laffitte nous rendit compte de l'issue malencontreuse de la négociation. Les commissaires avaient trouvé le duc de Baguse , par qui ils avaient été reçus fort poliment. Il leur avait dit que , comme particulier^
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il désirait arrêter leffusion du sang, mais que» comme militaire, son seul devoir était l'obéissance. Il demanda toutefois à quelles conditions on croyait que le peuple déposerait les armes. Il lui fut répondu que ces conditions étaient le retrait des ordonnances et le renvoi du ministère; et peut-être en effet cela eût-il encore suffi pour arrêter l'effervescence populaire. Le duc de Raguse offrit alors aux commissaires de voir M. de Polignac, qui était dans une pièce voisine, et il sortit pour aller le prévenir; mais il revint presque aussitôt en disant que jamais de telles conditions ne seraient acceptées, et que par conséquent l'entrevue, était inutile. Les commissaires déclarèrent au duc de Raguse qu'ils le regardaient comme personnellement responsable du sang qui allait encore couler, et ils le quittèrent après avoir obtenu de lui la promesse qu'il écrirait à Saint-Cloud, et qu'il ferait parvenir à Laffitte la réponse qu'il en recevrait, si cette réponse était favorable. Aucune réponse ne fut farte, ou du moins n'a été communiquée à Laffitte.
«La protestation, lue dans la réunion du matin, avait été remise à Coste, directeur du journal le Temps, qui s'était chargé de la faire imprimer et afficher, Il vint vers cintj
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heures ro'apporter une épreuve^ en me disant qu'il ne ferait aucune publication si on ne lui remettait pas les signatures qui devaient l'ac-* compagner. Dans cette épreuve il avait fait plusfieurs modifications importantes, et entre autres , il en avait fait disparaître le nom du Roi qui, depuis qu'il l'avait fait mitrailler, ne pouvait plus être qu'odieux au peuple. Je renouvelai la discussion du matin au sujet des si^ gnatures,et jedois avouer que je la renouvelai avec quelque violence. J'étais véritablement in* digne de la lâcheté de ceux qui se redisaient à signer. J'allai jusqu'à offrir de signer seul ou moi troisième, parce que j'étais sûr de deux au moins de mes collègues qui venaient de m'offrir de signer avec moi. On proposa alors un moyen terme qui consistait à ne pas donner de signatures effectives, mais à faire une liste des membres présents , laquelle serait imprimée à la suite de la protestation. Cette liste parut encore trop dangereuse à quelques députés ^ qui ne consentirent à ce qu'on la fit qu'à condition qu'elle serait augmentée des noms de tous ceux qui, présents à Paris ou dans le voisinage de Paris, pouvaient être censés adhérer à la protestation. Laffitte appuya ironi-* queroent cette proposition, en disant : « De « cette manière , si nous sommes vaincus, per-*
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(c sonne n^aura signé;. et sî nous sommes vain- A queurs, nous ne manquerons pas de signatf taires. » Se pris sur moi de faire ajouter les noms de Dupont de l'Eure et de Saiverte, qui étaient chacun à 3o lieues^ mais qui, bien certainement, eussent signé s'ils se fussent trouvés présents. Dupin aîné n'était pas non plus chez moi dans ce moment, et cependant son nom vivait été porté sur la liste. Mauguin l'efFaça, en faisant remarquer que cette inscription pourrait donner lieu, de la part de Dupin ^ à une réclamation fâcheuse. Coste partit avec la liste telle qu'elle a été imprimée.
« Pendant qu'on était réuni chez moi , il venait à chaque instant des combattants qui de* mandaient un chef et une direction. Us s'in* dignaient avec raison de ce que, pendant qu'ils sacrifiaient leur vie, aucun homme considérable ne consentait, non pas à se mettre à leur tête , mais à prêter son nom pbur servir de signe de ralliement. Je regrettais que le mien ne fût pas assez connu pour être pré* sente comme un drapeau , et je le témoignai hautement. Au moment où ils se retiraient^ Sébastiani , Gérard et Loban furent traités fort durement par phisieurs jeunes gens qui se trouvaient dans ma cour , et qui leur reprochèrent de manquer à la fois de courage et de
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patriotisme. II faut convenir qu'en effet l'heure (lu dévouement n'avait pas encore sonné pour un grand nombre de nos collègues , et que cette heure a, pour quelques-uns, été assez tardive. Ne pouvant pas donner à ceux qui le réclamaient si vivement, et avec tant de raison , la composition d'un gouvernement provisoire, qui n'existait pas et dont personne même n'osait encore faire partie, je les engageai à en supposer un , et à y placer des noms connus et habitués à inspirer de la confiance; par exemple, Lafayelte, Gérard, le duc de Choiseul,etc. «Il « s'écoulera plus de vingt-quatre heures, leur « dis-je , avant qu'ils aient pu réclamer, et, pena dant ce temps , leurs noms serviront tout au- <K tant que s'ils étaient avoués. » Ce conseil qui vint probablement dans la pensée de quelques autres personnes, fut suivi et produisit un excellent effet.
«Au moment de se séparer, on songea à avoir une troisième réunion dans la soirée. L'embarras fut encore de savoir chez qui. Je continuai à offrir mon salon , que l'on trouva , non sans motif, beaucoup trop signalé. Après beaucoup d'hésitation, il fut convenu qu'on irait chez Audry de Puyraveau , où nous nous étions déjà réunis le matin, et qui proposa son domicile avec un dévouement patriotique
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dont il n'a jamais cessé de donner des preuves. (c A peine nous étions-nous séparés , que Cbamplouis arriva. Il venait du département des Vosges, où il avait été élu député, et en descendant de voiture , il n'avait rien eu de plus pressé que de se réunir à ses collègues. Je lui rendis un compte rapide de ce qui venait de se passer, et il demanda aussitôt que son nom fut placé sur la liste des protestants. Emmanuel de lasGases, qui se trouvait en ce moment chez moi, et qui allait à l'imprimerie du Temps ^ se chargea de cette commission. Quelques moments après arriva Dupin aîné, à qui je racontai également le résultat de notre réunion, et qui montra une véritable douleur en apprenant que son nom avait été oté de la liste. Il me pressa très-vivement de tâcher de le faire immédiatement rétablir; malheureusement je n'avais plus à ma disposition personne qui sût où s'imprimait le Temps ^ et je l'ignorais moi-même, car tu n'auras pas oublié que les imprimeries ordinaires des journaux étaient au pouvoir de l'autorité , et qu'on ne pouvait les publier que d'une manière subreptice. Dupin me quitta en m'annonçalit qu'il pliait chez le duc de Choiseul pour tâcher de le déterminer à faire partie d'un gouvernement provisoire.
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«II est assez remarquable que le mercredi, ^8 juillet, ta préfecture de police existait encore à Paris, et administrait au nom de Char* les X, à telles enseignes que M. Mangin donna à un officier de gendarmerie Tordre d'arrêter les députés qui s'étaient réunis chez moi. Cet officier ayant cru devoir demander un ordre écrit , M. Màngin n'osa pas le donner, et nous fûmes ainsi préservés d'un coup de main qui aurait «pu avoir des suites funestes.
«Je dînai avec le général Mathieu Dumas, qui, depuis la veille, avait assisté à toutes nos réunions avec un zèle et un, courage que son état de cécité rend d'autant plus recommandables. Après dîner je me rendis chez Audry de Puyraveau, où le général Dumas voulut m'accompagner.' 11 avait manqué déjà de se rompre deux ou trois fois le cou en traversant deux barricades, et nous en avions peut-être vingt à franchir. A son grand désespoir , je le fis reconduire chez lui par son valet de chambre, et je continuai ma route, fort heureux d'être débarrassé d'une responsabilité que le courage même du général rendait plus pesante^ J'arrivai enfin chez Audry de Puyraveau; nous étions bien peu nombreux, et l'aspect de notre petite réunion était bien
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sombre. Alors commençaient à s'agiter les différents partis qui, quelques jour§ plus tard , devaient nous causer de si graves inquiétudes. Je reçus des confidences de gens qui voulaient faire succéder le Bx>i de Rome à Charles X, et même de gens qui désiraient la république depuis plus ou moins long-temps, et qui es<péraient enfin satisfaire leurs désirs. Chaque parti cherchait à recruter et à accroître ses rangs; et moi, sans en choquer aucun, je conservais mon indépendance, me réservant d'adopter celui que je croirais le plus avantageux à mon pays.
« Des nouvelles fôcheuses nous arrivaient à chaque instant. L'Hôtel-de- Ville, pris et repris plusieurs fois, était de nouveau au pouvoir de la garde royale. Un annonçait le décourage* ment des citoyens, justement mécontents de n'avoir ni chefs pour les diriger, ni but à atteindre comme résultat de leur héroïque résistance. Le matin, dans le même lieu, et ensuite chez moi, nous étions de trente à quarante; en ce moment, nous n'étions guère plus de dix. Chacun semblait chercher à s'ef-^ facer et à disparaître d'une scène t\ue tout indiquait pouvoir être prochainement sanglante pour ceux qui y auraient figuré, si Charles X remportait la victoire. Combien ,
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dans cet instant , je m'estimais heureux de n'avoir ni toi, ni personne de ma famille auprès de moi. Dans de pareils moments les affections de famille, toujours si douces, deviennent déchirantes. Heureusement les circonstances politiques m'absorbaient tellement qu'il n'y avait presque de place que pour elles.
«Bérenger était venu à notre réunion du soir. Je me retirai avec lui et le général I^fayette , que nous quittâmes bientôt pour n'être pas ralentis par sa marche tardive et par le cortège qui l'accompagnait. Je reconduisis Bé« renger jusqu'au pied de la rue des Martyrs. A chaque barricade dont nous approchions se trouvaient des sentinelles vigilantes, dont le service était d'autant plus actif qu'il était volontaire. Je revenais par la rue des Trois-Frères, lorsque mon pied heurta quelque chose de peu résistant qui pensa me faire tomber : c'était un cadavre. J'éprouvai un sentiment de dégoût et d'horreur à la fois. Je m'assurai 'qu'il était bien mort et que tout secours lui était inutile, et je m'empressai de rentrer chez moi. Il était près de deux heures du matin. Là, dans le silence de la nuit, d'assez tristes pensées vinrent m'assaillir. Les nouvelles de la soirée n'étaient rien moins que tranquillisantes.
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et Ton nous avait annoncé des renforts de troupes royales pour le lendemain. Je ne voulais pas me laisser arrêter vivant; je préparai donc tout pour une défense désespérée. D'un autre côté, il était possible que je pusse fuir , et j'en disposai les moyens : je dressai une échelle de manière à pouvoir franchir un mur et sauter dans la maison voisine. Je recommandai au portier de n'ouvrir à qui que ce fût sans mon ordre. Je plaçai des pistolets et un sabre sur ma table de nuit , et je m'endormis paisiblement.
«Nous voilà au jeudi 29 juillet. Un plus beau jour se lève pour nous. La défense a fait pendant la soirée d'hier, et particulièrement pendant la nuit , d'immenses progrès sur un grand nombre de points. Toutes les rues sont tellement disposées que les troupes n'osent plus , ne peuvent plus même y pénétrer : elles ont quitté le centre de la ville et se sont échelonnées depuis le Louvre, la place du Palais- Royal et le boulevard des Capucines jusqu'aux Champs-Elysées. Un renfort inespéré était arrivé au peuple : ce sont les élèves de l'École polytechnique, pleins d'ardeur, de courage et déjà habiles dans l'art de la guerre ; leur influence sur la soirée du mercredi et la matinée du jeudi a été prodigieuse. Us étaient de vé-
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ritables modèles de vaillance et en même temps de sagesse. Ils venaient demander des conseils à ceux à qui ils auraient pu en donner. Combien de fois, dans ces jours de combats, ne me suis-je pas écrié que les épaulettes à graîne$ d'épinard devraient bien plutôt décorer ces jeunes héros que beaucoup de ces hommes que nous avons long-temps regardés coranjue tels, et qui, dans ces graves circonstances, pour ceux qui les ont vus de près, ont détruit le prestige de gloire qui les environnait !
«Les bonnes nouvelles sont souvent tardives. Elles ne le furent pas ce matin. Avant cinq heures on était venu m'apprendre l'améliora'tion de nos affaires, et me dire que la cour de Charles X était livrée aux plus vives inquié>tudes. Ces renseignements ne pouvaient pas être douteux pour moi, parce que je les tenais de la femme d'un employé stibalterne de la mai* son du Roi, qui venait de quitter son mari à Saint-Cloud. L'effroi de nos ennemis était évidemment un motif de sécurité, ou tout au moins d'espérance pour nous. Je sortis vers six heures et gagnai le boulevard. La garde royale occupait encore la rue de la Paix et la place Vendôme, et échangeait des coups de fusil avec des tirailleurs citoyens placés au coin de la rue de la Chaussée -d'An tin. C'étaient les
derniers efForts d'une attaque expirante et qui devait bientôt faire place à une retraite précipitée. Je rentrai pour écrire quelques lettres, et je crois même pour t'écrire à toi. Aussitôt après , je sortis de nouveau pour aller chez . Laffitte qui , la veille , en traversant une barricade, s'était donné une espèce d'entorse dont il souffrait beaucoupi.
« £n arrivant sur le boulevard par la rue de la Chaussée-d'Antin, j'aperçus une foule nom* breuse,au milieu de laquelle se trouvait un jeune hommeà cheval. Au balcon du pavillon d'Hano* vre était aussi un militaire en uniforme de chef de bataillon. L'un et l'autre péroraient le peuple, lui disant que tout était fini , et l'engageant à déposer les armes et à rentrer dans ses foyers. Ils ajoutaient qu'un armistice venait d'être conclu entre Casimir Périer et Charles X, et qu'il allait être immédiatement publié. Je ne sais pourquoi ce langage me parut suspect; mais je m'élançai au milieu de la foule, et m'autorisant de mon titre de député, j'affirmai qu'on voulait la tromper. «On vous ente gage à désarmer, dis-je aux citoyens, et l'en- « nemi va revenir plus nombreux; on vous dit a qu'on a traité avec Casimir Périer, je le quitte « à l'instant, et j'atteste que le fait est faux. « Organisez plus que jamais vos moyens de
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a défense, et ne songez au repos que lorsqu'il « ne vous restera plus d'ennemis à vaincre. » Je fus reconnu par plusieurs personnes; mon nom vola de bouche en bouche , et mes paroles ob- . tinrent tout le crédit que j'avais désiré. (T Je continuai mon chemin, et, un peu plus loin, je rencontrai Dupin ainé,àquijediscequi venait de se passer. Il se joignit a moi pour endoctriner les citoyens que nous rencontrions et pour stimuler leur zèle patriotique. Dupin , dans ce moment , fut un véritable tribun • populaire; et lorsque depuis je Tai entendu traiter avec une excessive sévérité, j'ai toujours regretté qu'il n'ait pas eu de plus nombreux témoins de sa conduite. Dupin m'entraîna au National^ pour demander que son nom fût ajouté à la liste des protestants. Il voidait que je l'accompagnasse aussi au Constitutionnel; mais je crus devoir le quif 1er pour me rendre chez Laffitte, que je trouvai à peu près seul. Après y être resté quelques instants, je retournai sur le boulevard pour savoir ce qui s'y passait. Chemin faisant je rencontrai le général Gérard que j'entraînai avec moi, en lui disant qu'aucun de nos collègues n'était encore arrivé. Comme nous approchions de la rue Taitbout, j'aperçus un attroupement d'hommes armés, de la plus basse classe et de la plus
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manvais^ mine, qui me rappelèrent involontairement les figures les plus sinistres de 1793* Ils tenaient aii collet deux hommes que je reconnus aussitôt pour les orateurs que j'avais cru devoir démentir une heure auparavant. Ma harangue n'avait que trop porté ses fruits, car on les avait pris pour des espions, et ils allaient être traités comme tels. J'entraînai Gérard avec promptitude, et, m'interposant entre les exécuteurs de la justice populaire et les victimes qu'ils allaient sans doute immoler, je réclamai, pour nous, représentants du peuple^ le droit de les faire juger. Mettant ensuite le commandant Roux sous le bras du général Gérard, et prenant M. Durand sous le mien (ce sont les noms de ces deux personnes), j'iitvitai les hommes en armes à nous accompagner jusque chez Laffitte, où la conduite des deux prisonniers serait sévèrement examinée, et où justice serait faite. Je sauvai ainsi deux hommes dont la conduite pouvait n'être |>as coupable^ et que j'avais exposés aux plus grands dangers. On m'a assuré depuis qu'ils n'avaient été que 0ia!adroits , et qu'aucune mauvaise intention ne pouvait leur être imputée. Je m'en suis d'autant plus félicité de leur avoir conservé la , vie. L'un et l'autre sont depuis venus me remercier, et m'ont hautement proclamé leur sauveur.
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«Pendant que j'étais chezLaffitte, on vint nous annoncer que le Louvre et les Tuileries venaient de tomber au pouvoir du peuple. Uii moment après, on nous dit que le 53®régiipent de ligne, stationné sur la place Vendôme , commençait à fraterniser avec les citoyens , et paraissait disposé à passer de notre côté. Le général Gérard se déclara alors, et dit que, si ce régiment s'unissait à nous, il revêtirait son uniforme et prendrait le commandement des ti-oupes nationales. Il sortit un moment après pour aller jusqu'à la place Vendôme, et ne tarda pas à revenir, en nous disant qu'il avait laissé au colonel Heymès, qu'il venait de rencontrer, le soin d'enlever \e régiment et de nous l'amener. Effectivement il ne s'était pas écoulé une demi-heure, que le régiment, ayant en tête tous ses officiers^, ainsi que Heymès, était dans la cour de Laffitte. Les officiers ne mirent d'autres conditions à leur union avec nous que de n'être pas forcés de tirer sur leurs camarades. Pendant qu'ils étaient dans le salon, quelques coups de fusil furent tirés dans la rue, et le bruit se répandit que c'était la garde royale qui, venait nous attaquer. Cela occasiona un tumulte qui fut bientôt dissipé. Les coups de fusil avaient été tirés par des hommes du peuple à qui on venait de distribuer
REVOLUTION D£ l83o. lOI
des armes, et qui en prenaient possession.
«Un second régiment, le 5*^ de li^n^^ suivit quelques instants après l'exemple du 53% et vint se ranger dans la rue d'Artois. Ces deux régim^its furent dirigés sur les casernes Popincourt et Poissonnière, où j'aurai bientôt occasion de rendre visite à l'un d'eux.
a Rien ne me retenant plus chez Laffitte , je proposai à mon collègue le général Duchaffault, homme intrépide et excellent patriote, de venir avec moi parcourir quelques parties de la ville. Nos pas se dirigèrent vers les Tuileries, que nous trouvâmes envahies par une masse immense de peuple. Ce peuple parcourait assez paisiblement les diverses parties du palais; et, excepté l'usage intempérant qui fut fait de liqueurs trouvées dans un magasin que l'on força, tout se passa avec une grande modération. Je quittai le général Duchaffault, et je traversai le jardin des Tuileries pour me rendre chez moi. Je rencontrai de Jouy et M. de Pontécoulant auprès de la grille de la rue deCastiglione ;et, pendant que j'étais à causer avec eux de la révolution qui s'accomplissait, je vis sous les arcades de la rue de Rivoli un homipe en chemise que l'on entraînait ei\ criant: Mort aux Suisses ! Jem^élsm^ çai au milieu du groupe d'hommes en armes
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qui le conduisait, et demandai avec un air d'autorité ce que Ton voulait faire. Ces hommes me répondirent qu'ils conduisaient un Suisse, un assassiriy à la mort. « Vous seriez vous-mé- «mes des assassins , m'écriai-je, si vous l'égoricgiez sans jugement. Cela est indigne de Fran- «çais, surtout après qu'ils ont remporté la «victoire.» Pendant ce colloque cet homme s'adressa à moi pour me^ supplier de le sauver. Je reconnus à son accent qu'il n'était pas Suisse, et je m'empressai de lé dire ; mais on me répondit: «Alors il est de la garde royale, et c'est la « même chose. » Je commençais à invoquer la pitié en faveur de ce malheureux, lorsqu'une patrouille de garde nationale, régulièrement équipée, quoique non encore habillée, vint à passer : je lui remis le prisonnier, qu'elle se chargea de conduire au prochain poste. Je sauvai ainsi pour la seconde fois dans un même jour la vie d'un citoyen.
«Je continuais ma route par l'une des galeries de Castiglione, lorsque je rencontrai Réal, que je n'avais pas vu depuis quelque temps, et qui me parut dans un état de complète préoccupation.. Il était fort alarmé; je le rassurai. Il craignait de nouvelles attaques du coté de Saint'Cloud. Je lui atuionçai qu'au lieu de songer à se battre , on allaH demander k négocier.
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Il me quitta dans une disposition d'esprit beaucoup meilieirre, et, lorsque je le revis depuis, il me remercia de l'avoir tiré de l'espèce de marasme dans lequel il était tombé.
«Après être entré chez moi, je retournai chez LaffiUe, où je restai à dîner. Avant le dîner, ayant acquis la certitude que la ville était totalement évacuée par les trpupes royales, la réunion des députés crut devoir s'occuper des intérêts miuiicipaux de la ville de Paris, et nommer des commissaires pour remplacer l'administration absente. Plus tard la mission de ces commissaires s'agrandit, et ils furent momentanément chargés du gouyerjiement de toute la France. Un scrutin fut ouvert pour la nomination de la commission , et son résultat présenta, comme ayant réuni la majorité des suffrages , MM. Laffitte, Casimir PeYier, Gérard, Lobau et Odier. Gérard refusa, parce qu'il était chargé du commandement des troupes. Odier refusa sans qu'on sût trop pourquoi; et ces deux membres furent remplacés par MM. de Schonen et Audry de Puyraveau , qui avaient eU le plus de voi^ après eux. £n(in Mauguin fut adjoint à la com* mission , dans laquelle il joua bientôt un des. principaux rôles. Le général Lafayette avait été déjà désigné pour le commandement général
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des gardes nationales. Nous nous trouvâmes donc avoir un commencement d'organisation qui nous permit de marcher avec quelque sorte de régularité. La commission municipale et Lafayette se rendirent à THôtel-de- Ville aussitôt après avoir été désignés.
«Il était huit heures et demie lorsque le colonel Heymès vint chez Laffittepour annoncer qu'aucune distribution n'avait encore été faite au 5® régiment de ligne, caserne rue du Faubourg-Poissonnière ; ce qui donnait beaucoup d'humeur tant aux. chefs qu'aux soldats ^ et pouvait faire craindre un changement de dispositions de leur part. Il était trop tard pour s'adresser à la commission municipale: il fallait de l'argent à l'instant même; et, comme personne n'en offrait, afin d'éviter d'aller jus-^ que chez moi, je proposai àLafdtte un bon de looo francs siir moi, payable à vue, c'està-dire le lendemain matin, contre pareille somme que j'emploierais à la subsistance des troupes. Laffitte n'aurait pas attendu ma demande, mais sa caisse était fermée, et il n'avait aucun argent chez lui. Je sortis avec Heymès dans rintenfSon d'aller chez moi chercher l'argent dont nous avions besoin, lorsqu'il me dit qu'avec 200 fr. nous aurions ce qu'il nous fallait pour Iç moment et me proposa , afin d'éviter une
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courseassez longue, détacher de les emprunter sur notre bonne mine chez quelque marchand du voisinage. Aucun marchand n'avait aoo fr. chez lui; ce que les alertes du matin et la proximité du chef-lieu de l'insurrection rendaient fort croyable; et alors seulement je pensai à m'adresser à Julien, maître-d'hôtel de Laffitte. Ici je rencontrai un autre obstacle, Julien n'avait que des billets de caisse. Néanmoins il trouva bientôt les 200 francs en argent, pour lesquels je lui donnai un bon de pareille somme,' qui lui a été depuis remboursé par le gouvernement.
« Munis de cet argent, Heymès et moi nous nous rendîmes à la caserne, où l'on nous reçut comme des libérateurs. Nous fûmes forcés d'aller nous-mêmes chez cinq boulangers, afin d'obtenir la quantité de pain nécessaire pour nourrir le régiment, quantité qu'on était peu disposé à livrer directement aux troupes^lant le peuple était exaspéré contre elles. Nous ne nous retirâmes qu'après avoir acquis la certitude que le régiment recevrait une nourriture suffisante. De retour chez Laffitte, je rendis compte de ce que je venais de faire, et des bonnes dispositions ou j'avais laissé les soldats, grâces aux soins que nous avions pris d'assu-* rer leur subsistance.
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(«Pendant que je m'étais absenté, un message important était arrivé chez LafBtte. D'Argout^ pair (le France, était venu, au nom de CharlesX, demander à capituler. Il offrait le retrait des ordonnances, le renvoi du ministère, un autre ministère formé par le duc de Mortemart et le gé4iéral Gérard, et plus encore que tout cela, si oti l'exigeait. D'Argout demandait que la réunion des députés reçût M. de Mortemart, et entrât en négociations avec lui. On ne s'y refusa pas; mais en même temps on ne lui laissa pas ignorer que, selon toute apparence, la proposition était tardive. Je pris d'Argout à part^ et, m'ouvrant franchement à lui, je lui tins ge langage : « Trois pat*tis se disputent en ce mo- « ment la France. Charles X, qui vient de la (( perdre et qui cherche à la ressaisir; le duc « d'Orléans, à qui on voudrait la donner, et « qui peut-être ne s'en soucie guère ; et la ré- « publique, qui est le désir et l'espoir de la « jeunesse qui vient de faire la révolution. Je « ne veux pas de la république, parce que je « la crois impraticable dans letat actuel de « l'Europe, parce que j'ai la conviction qu'une « grande partie de la nation n'en veut pas, et « parce que conséquemment elle serait pour (( nous une source de dissensions intérieures et « de guerres étrangères. Je me soucie médiocre*
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« ment du duc d'Orléans ,.parce que je suppose « qu'en acceptant le trône il voudra nous faire « des conditions au lieu de les recevoir, et que « trop de gens s'estimeront heureux de le a voir régner sur la France pour qu'il n'y « règne pas de la manière qu'il voudra, et non « pas de celle qui conviendra le mieux au pays. « Je me soucie encore bien moins de Charles X; « mais nous l'avons, et un changement, quel tf qu'il soit, entraine toujours' après lui des u dangers plus ou moins graves. Ensuite nous « venons de le vaincre, et il se rend à merci: a nous pouvons lui faire des conditions telles « qu'il ne lui soit plus possible de les en- « freindre. En un mot, quelque mauvais qu'il « soit, j'aime encore mieux un roi à qui l'on f peut dicter des lois qu'un roi, même beauce coup meilleur, de qui l'on est forcé de les « subir. Vous voyez que, si ma politique est u peu flatteuse pour Charles X, du moins elle a ne l'exclut pas. y>
« D'Argout se retira à dix heures, après avoir insisté avec beaucoup de force sur la prétendue nécessité qu'il y avait de conserver Charr lesX, si nous ne voulions pas attirer sur nous toute l'Europe, et.en nous promettant de faire tous^ses efforts pour amener le duc de Mortemart le soir même. Itous promimes de l'attendre
Io8 RivOLUTIOK DE 1 83o.
jusqu'à une heure. Presque aussitôt après le départ de d'Argout, M. de Forbin-Janson-, beau-frère du duc de Mortemart, vint, en soh nom, nous faire des propositions toutes semblables à celles que nous venions de recevoir. On lui apprit où en était la négociation, et il partit pour rejoindre son beau -frère et nous l'amener. Le duc de Broglie passa une partie de cette soirée avec nous. Il était silencieux, et paraissait nous observer avec beaucoup d'attention. Celte visite est la part la plus active, la seule part peut-être qu'il ait prise à la révolution de juillet; et deux jours après il était ministre! L'influence du duc de Broglie sur les conséquences de la révolution a été extrêmement fâcheuse, ainsi que j'aurai occasion de le prouver plus tard. C'est un honnête homme, et même un homme fort instruit; mais en même temps c'est un homme entêté des idées aristocratiques, et qui ne connaît bien ni les événements ni les hommes d'aujourd'hui. *
a Je restai jusqu'à une heure et demie chez Laffitte, et, aucun négociateur ne se présentant , j'allai me livrer à un repos que certainement j'avais bien gagné.
«En rentrant chez moi , je trouvai toutes les rues illuminées. On fut assez long-temps avant
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de pouvoir réparer les réverbères qui avaient été brisés dans la nuit du mardi au mercredi , et jusqu'à ce qu'ils le fussent, ia ville continua à être éclairée par les citoyens. Il régnait alors dans tous les esprits un besoin d'ordre et de régularité qui n'est pas une des circonstances les moins remarquables de la révolution. Si tous les sentiments bons , nobles et utiles auxquels elle donnait naissance eussent été convenablement exploités, nous aurions été trpp heureux,
a Nous voici arrivés au vendredi matin 3o juillet. Le champ de bataille nous est resté, nous venons de remporter la victoire; il s'agit actuellement de l'organiser et de la rendre fructueuse. L'ennemi demande à capituler; mais il est à nos portes, et il peut vouloir, d'un moment à l'autre, essayerde reprendre l'offensive. Ce qu'il y a de plus important dans une révolution, c'est de ne pas perdre de temps, et de marcher droit vers le but que l'on se propose d'atteindre. Ce qui ne l'est guère moins , c'est de savoir modifier rapidement ses idées en raison des obstacles que l'on rencontre et des circonstances "qui se présentent. La révolution, dans laquelle nous marchons à si grands pas , s'opère avec une telle promptitude, qu'elle trompe toutes les prévisions.' Elle
iio RÉvoLUTiorr de i83o.
est l'œuvre des idées , le résultat de la nature des choses, et non raccomplissementd'un plan tracé d'avance. Elle admet donc toutes les combinaisons , elle donné ouverture à toutes les prétentions. Au milieu de ce conjflit, l'ha^ bileté consiste à savoir bien choisir.
«Tu n'as pas oublié que trois partis principaux sont en présence : la république , le duc d'Orléans et Charles X. La république me semble toujours inadmissible; hier je croyais qu'on pouvait encore traiter avec Charles X, au* jourd'hui je ne le pense plus. Une puissance invincible le repousse. La voix^ du peuple s'est fait entendre : Plus de Bourbons ! mort aux Bourbons! tel est le cri de guerre du lion déchaîné. Trop de sang acoplé, une victoire trop complète a été la conséquence d'une lutte trop acharnée, pour qu'un traité soft encore pôssi* ble entre les combattants. 11 nous reste donc le duc d'Orléans. Telle est notre ancre de salut ; mais, pendant que nous sommes maîtres du terrain, et avant qu'il puisse nous échapper, hâtons-nous de dicter nos conditions. Nous allons recevoir un roi , mais c'est nous qui lui donnons la couronne.
«Telles sont en partie les pensées qui roulaient dans ma tête vendredi matin . Elles étaient le produit et de mes réflexions et des faits nom-
RlÉVOLÛTJOîr DE 1 83o. I I I
breux qui arrivaient à ma connaissance. Les idées républicaines surgissaient avec une vitesse effrayante. Elles avaient l'avantage de donner ouverture à toutes les ambitions et de ne repousser aucune espérance.
«Une réunion avait été indiquée chez Laffitte à huit heur(es du matin. Je m'y rendis d'avance, et j'y trouvai Bérenger, qui me confirma dans les sentiments que je viens d'exprimer, et me démontra l'impossibilité de songer encore à la famille vaincue. 11 pensait aussi au duc d'Orléans, mais avec sa sagesse ordinaire, et à condition que les bases du traité seraient convenues à l'avance. La proclamation immédiate de la république ne l'effrayait pas moins que moi. Les députés arrivant successivement, nous nous trouvâmes près de quarante. Plusieurs de nos collègues se présentaient pour la première fois, les uns parce qu'ils venaient seiilewient d'arriver à Paris, les autres, qui n'avaient pas quitté Paris, ou qui s'y trouvaient depuis plusieurs jours, parce que les événements commençaient à prendre une tournure décisive et cessaient de présenter les mêmes dangers. Laffitte nous présidait comme à l'ordinaire. Il souffrait toujours de sa foulure, et, son chirurgien venant pour le panser, il nous quitta quelque temps, en me priant de le remplacer.
112 RÉVOLUTION DE 1 83o.
« Plusieurs députés, entre autres B, Delessert, Odier, J. Lefebvre, Vassal, etc., venaient d'entrer , tenant à la main la pièce suivante , que l'on avait affichée , et dont ils donnèrent lecture :
« Charles X ne peut plus rentrer dans Paris ; « il a fait couler le sang du peuple. La ré- « publique nous exposerait à d'affreuses di vice sions; elle nous brouillerait avec l'Europe. « Le duc d'Orléans -est un prince dévoué à la « cause de la révoluliou. Le duc d'Orléans ne c( s'est jamais battu contre nous. Le duc d'Or- (cléans était à Jemmapes. Le duc d'Orléans est « un roi citoyen. Le duc d'Orléans a porté au « feu les couleurs tricolores; le duc d'Orléans « peut seul les porter encore. Nous n'en vou- K Ions pas d'autres. Leduc d'Orléans ne se pro- « nonce pas, il attend notre voeu. Proclamons « ce vœu , et il acceptera la Charte comme <f nous l'avons toujours entendue et voulue. a C'est du peuple français qu'il tiendra sa « couronne. » Cette pièce, dirent-ils, exprime les vœux de la majorité des Français et de tous les amis du pays ; il n'y a qu'à la mettre aux voix, et à proclamer en même temps la déchéance de Charles X et Tavénement du duc d'Orléans.
« En ma qualité de président, je m'opposai for-
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mellement à ce genre de délibération. «C'est avec « examen et maturité, dis-je, que de pareilles <f matières doivent être traitées, et la moindre « précipitation pourrait être funeste. Défen- « dons^nous surtout d'un enthousiasme irréflé- « chi et sujet au repentir. J'incline à penser que « le choix proposé est celui qui nous convient le « mieux; mais il ne peut être adopté qu'après a une discussion approfondie qui permette d'en « apprécier les avantages et les inconvénients. »> «Ces raisons touchèrent la réunion, et on n'insista pas sur une mesure immédiatement dé^ cisive. Quelques membres proposèrent alors de nommer provisoiremeift le duc d'Orléans lieiitenant-général duroyaume, sauf à statuer plus tard ce qu'il appartiendrait. Cette proposition réunit beaucoup de suffrages ; oiais je crus encore devoir me refuser à la mettre aux voix, jusqu'à ce qu'elle eût été délibérée dans nneréunion convoquée ad hoc. Pendant que le cours de nos discussions se poursuivait, un homme revêtu d'un habit de général , et tenant une cravache à la main, se présenta dans l'assemblée. On me ditque c'était le général Dubourg. Je lui fis re-r marquer quç les députés seuls avaient le droit d'entrer dans noire réunion, et je l'invitai à se, retirer. Il voulut insister, mais, à défaut de sonnette , ma voix ne cessa pas de
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couvrir la sienne et de l'empêcher de parler. Voyant qu'il ne se retirait pas, je lui demandai s'il voulait m'obliger à requérir l'assistance de la garde nationale pour le faire sortir. Dubourg essaya de faire entendre encore quelques paroles, dans lesquelles le nom de Sébastiani se trouvait mêlé. Il lui donna une accolade, à laquelle celui-ci se prêta d'assez mauvaise grâce , et enfin il sortit.
«Je venais d'apprendre par Bondy que le local de la Chambre des députés était à notre disposition. Il me sembla que le moment était venu de donner à nos discussions une solennité qu'excluait, jusqu'à un certain point, notre réunion dans une maison particulière. Je proposai donc à mes collègues de se réunir à l'avenir dans le local ordinaire de nos séances, ce qui fut adopté. Je demandai ensuite quand la première réunion devrait avoir lieu , et il fut convenu que ce serait le jour même , , entre onze heures et midi.
« Je rentrais chez moi sur les dix heures avec le . général Dumas , lorsqu'en face de ma porte je rencontrai MM. le duc de Mprtemart, d'Argoiit et Forbin-Janson. Ils se rendaient à notre réunion pour y apporter des propositions d'accommodement de la pari de Charles X. Je leur dis que la réu-
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nion s'était séparée et ajournée à midi , à la Chambre, que, par conséquent ^ ils ne trouveraient personne chez Laffitte. Je les engageai à entrer chez moi pour se rafraîchir ; ce qu'ils acceptèrent d'autant plus volontiers, qu'ils venaient à pied de Saînt-Cloud; et je m'empressai de leur faire connaître quel était le véritable état des choses. « Pour que vous ne me pre- « niez pas pour un ennemi personnel du Roi, « dis-je au duc de Mortemart, je prie d'Argoût « de vous faire connaître quelles étaient hier (c au soir mes dispositions relativement à Char- « lés X. » D'Argoût répéta fidèlement ce que je lui avai&dit, et que je t'ai déjafait connaîtrè,sur la convenance qù^il pouvait y avoir à traiter avec im ennemi vaincu. «Eh bien ! ajoutai-jcjCe que « je regardais comme difficile hier est impostf sible aujourd'hui. Charles X a cessé de régner. « Aucune puissance humaine ne peut faire « rentrer ni lui, ni personne de sa branche, dans « Paris.. Le sang qu'il a fait verser a établi une « barrière qu'il ne pourra jamais franchir. — Mais je venais , dit M. de Mortemart , avec de complètes satisfactions pour le peuple, » et il me montra diverses ordonnances , dont l'une rap-» portait telles du ^5 juillet, et une autre révoquait le ministère du 8 août; trois autres nommaient, lui Mortemart, ministre des af-
Il6 RIÎVOLUTION DE l83o.
faires étrangères, Gérard ministre de la guerre, et Casimir Périer ministre des finances. Enfin il était porteur d'un blanc-seing de Charles X destiné à inscrire les autres conditions qu'il plairait à ceux qui stipulaient dans Tintérét-du peuple de lui imposer, et qji'ii déclarait accepter d'avance. «Il est trop tard, lui dis-je; le « moment où un traité était possible est passé, « il ne reviendra jamais.» D'Ârgout, prenant la parole , insista de nouveau sur les droits de Charles X ; il menaça encore des étrangers. Je ne pris *pas même la peine de lui répondre. M. de Mortemart était confondu. Il ne comprenait pas qu'avec des concessions aussi étendues que celles dont il était porteur il n'y eût pas moyen de s'entendre. Je lui expliquai alors que la question n'était plus, ainsi qu'il semblait le croire , de savoir qui serait roi de Charles X ou du duc d'Orléans , mais bien de savoir qui aurait l'assentiment du peuple , de ce dernier ou de la république. Je lui montrai la république grandissant d'heure en heure, et prête à nous envahir, malgré tous nos efforts pour nous y soustraire. Le seul moyen pour nous, ajoutai-je en terminant , d'échapper à la république est d'adopt;er le duc d'Orléans pour roi; et pour lui^ de même que pour Charles X, je crains bien qu'il ne soit déjà trop tard. £n
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quittant le duc de Mortemart, je l'engageai à accomplir sa mission auprès de la réunion des députés, et à se rendre à cet effet à la Chaihhre entre midi et une heure, ce qu'il promît de faire.
<c Les craintes que je manifestais, relativement à l'établissement de la république, n'étaient que trop fondées. Environné de gens qui la désiraient, je connaissais et leurs projets et les moyens qu'ils employaient pour les faire réussir. Sur un grand nombre de points de la capitale des assemblées républicaines étaient déjà organisé es, et toutes correspondaient avec une assemblée centrale, dont le siège était rue Richelieu, chez Lointier. Béranger, Tidole du peuple et de la jeunesse, avait cherché à faire comprendre à cette dernière assemblée que la république était, en ce moment, impossible ou tout au moins fort dangereuse; et telle était l'exaspération des esprits, qu'il avait été presque maltraité. Avec la conviction profonde dans laquelle je suis , et que je t'ai déjà exprimée , que la république ne peut, quant à présent, être pour nous qu'une cause d'anarchie intérieure et df guerre étrangère, tu dois concevoir quel était mon effroi en la voyant prête à être proclamée.
«Je me rendis à la Chambre à midi; près de
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cinquante membres s'y trouvaient déjà. On s'entretenait avec beaucoup de vivacité des événements qui venaient de se passer et de ce qui restait à faire pour les mettre à profit Ceux de nos collègues qui venaient seulement d'arriver n'avaient aucune idée juste de notre situation, et paraissaient croire qu'il n'y avait pas de mesures extraordinaires à prendre. Cette différence dans les positions entraînait une extrême divergence dans les opinions. Les uns voulaient avoir immédiatement le duc d'Orléans pour roi; d'autres voulaient en faire seulement un lieutenant-général; d'autres don*naient à entendre qu'on pourrait instituer un gouvernement républicain, mais ceux-là étaient, en. bien petit nombre; d'autres enfin s'étonnaient de ce qu'on ne parlait plus de Charles X. Hyde de Neuville réclama en faveur de la légitimité et du droit divin, atixquelsil ne supposait pas qu'on voulût porter atteinte. Je le combattis avec force, et lui demandai s'il ignorait ce qui s'était passé depuis quatre jours. c< La légitimité, lui dis-je> s'est noyée « dans le sang. Elle ne peut plus exister pour « nous. Les événements dont nous venons d'ê- « tre témoins^sont tellement immenses, qu'il ft semble que plusieurs siècles nous séparent <r de la royauté de Charles X. »
liÉvoLtJTioir D£ t83o. 119
« Cette discussion terminée, je fais connaître à la Chambre ma conférence du matin avec M. de ]V|ortemartAprèsenavoirrenduuncomptesuccinct , je termine en annonçant qu'il doit se rendre dans le sein de l'assemblée. Une discussion s'élève alors sur la question de savoir s'il devra être admis. Mauguin propose et j'apipuie l'ajournement de cette discussion jusqu'au moment où il se présentera, afin de pouvoir s'occuper en l'attendant d'objets plus pressants, J'appellie l'attention de mes collègues sur les administrations publiques, qui sont tontes abandonnées par leurs chefs, et je demande qu'il soit pris immédiatement des mesures pour pourvoir à leur remplacement, afin que la marche générale de l'administration ne soit pas entravée ou même tout-à-fait arrêtée. Ma proposition conduit à étendre et à régulariser les pouvoirs donnés à la Commission municipale instituée la veille.
ftOn nous fait connaître qu'une réunion de pairs s'est formée au Luxembourg, et on nous propose d'y envoyer cinq commissaires. Plusieurs de mes collègues et moi nous combattons cette proposition, qui semble nous placer, à l'égard des pairs, dans un état d'infériorité peu convenable. La proposition est néanmoins adoptée, et MIVI. Augustin Périer , Sébastiani ,
lUO RÉVOLUTION DE l83d;
" Guizot, B» Delessert, Hyde de Neuville feont nommés commissaires. Ces choix font suffisamment connaître quelle était en ce mome|it l'opinion delà majorité de l'assemblée. Les candidats de l'opinion libérale pour cette Commission étaient Constant^ Salverte, Lafayette, Marchai et moi. Nous ne pûmes réunir que neuf voix; les commissaires nommés en obtinrent vingt-huit à trente. Ils partent pour le Luxembourg, et comme beaucoup d'autres députés se disposent à sortir, je m'oppose à la levée de la séance, et je demande que nous ne nous séparions pas avant d'avoir adopté une résolution propre à calmer la multitude et à rassurer l'esprit public, trop justement alarmé du vague dans lequel on le laisse.
«M. de Sussy, pair de France^ se présente comme porteur des ordonnances que M. de Mortemart devait nous communiquer. Il en donne lecture; mais, après l'avoir entendue, la réunion se refuse à les recevoir^ et renvoie M. de Snssy à la Commission municipale.
«MM. Benjamin Constant, GuizotjVillemain et Bérard) sont désignés comme secrétaires*, et, en cette qualité, chargés de la rédaction des divers actes qjii pourraient émaner de la réunion.
«En attendant le retour dés commissaires
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envoyés à la Chambre des pairs, je rédige un projet de proposition à adopter par la réunion pour charger le duc d'Orléans de la lieutenancegénérale du royaume. Benjamin Constant en rédige un aussi de son côté ; et , comme , après nous les être mutuellement communiqués, il se trouve que le mien est plus vigoureux, nous convenons que je commencerai par le présenter, sauf à revenir à celui de Constant^ si le mien n*est pas adopté, comme cela ne paraît que trop probable. Avant de le développer, je le communique à plusieurs de nos collègues, et entre autres au président, et je les vois si peu disposés à l'appuyer, je dirais presque si disposés aie combattre^ que j'y renonce. La situation des esprits est telle que Constant n'ose pas même risquer sa rédaction. -Je rapporte mon projet ici, afin de faire connaître le diapason de l'opinion des députés à cette époque, la disposition particulière dans laquelle j'étais, et la ligne politique que j'entendais suivre.
«< Les citoyens, légalement élus, en vertu « des lois existantes , membres de la Chambre « des députés, actuellement présents à Paris, a obligés par la nécessité des circonstances, et « en l'absence du gouvernement établi, de se
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« réunir pour aviser aux moyens de sauver le ce pays, ont pris les résolutions suivantes :
« La violation flagrante des lois fondamen- « taies du gouvernement représentatif par la « publication des ordonnances du a 5 juillet, ce et les crimes de toute nature qui en ont été V l'inévitable conséquence, ont rompu le lien « qui existait entre le peuple et le souverain.
« Dans cet état de choses, voulant pourvoir c< aux besoins immédiats du pays, et ne laisser « aucun service administratif ou. autre ensouf- <c france, le duc d'Orléans est nommé, pour trois ce mois V lieutenant-général du royaume.
ce D'ici à l'expiration de ces trois mois , les «pouvoirs légaux de l'état, c'est-à-dire la c< Chambre des pairs et la Chambre des députe tés, détermineront les conditions auxquelles ce la royauté constitutionnelle devra exister à ce l'avenir en France.
ce Le pacte rédigé par ces pouvoirs sera resec pectivement soumis à l'acceptation de la ee nation et du monarque dont elle aura fait ce choix.
«t La Chambre des pairs et celle des députés ee des départements sont immédiatement conte voquées. »
et Je^dois dire que, si ce projet effraya la plupart des députés qui en eurent connaissance,
R£VOLUTIO!f DE ï 83o* ia'i
il eut l'approbation de quelques-uns« Bernard de Rennes, par exemple, voulait à toute force que je le produisisse à la tribune. Je m'y refusai, parce que je crois qu'il faut éviter avec soin de présenter aux esprits, des vues qu'ils ne sont pas préparés à admettre, et qu'il est nécessaire, surtout avec les assemblées nombreuses, de savoir saisir l'à-propos , et de s'abstenir de ce qui peut leur causer de la répugnance ou de l'effroi.
T^e résultat de la discussion flasque qui eut lieu au sujet de la lieutenance-générale, par suite du rapport de la Commisson envoyée à la .Chambre des pairs, fut la déclaration suivante que Benjamin Constant et Sébastiani furent chargés de rédiger,
« La réunion des députés actuellement à <c Paris a pensé qu'il était urgent de prier « S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans de se a rendre dans la capitale pour y exercer les « fonctions de lieutenant-général du royaume, a et de lui exprimer le vœu de conserver les « couleurs nationales. Elle a de plus senti la « nécessité de s'occuper sans relâche d'assurer fc à la France, dans la prochaine session des « Chambres, toutes les garanties indispensa- « blés pour la pleine et entière exécution de la « Charte. »
Îîi4 BÉVOLUTIOJf DE l83o. '
«Cette espèce de lettre d*invitation (car cet acte, si peu digne des circonstances, n'est guère autre chose) fut signée de presque tous les membres présents. Quelques-uns néanmoins craignirent encore de le signer, malgré l'art avec lequel oA avait adouci les termes et évité les expressions qui pouvaient compromettre. Lorsque cet acte de la Chambre fut mis aux voix, cinquante députés étaient présents : quarante-sept votèrent pour son adoption ; Hély-d'Oissel , Lepelletier-d'Aulnay et Villemain votèrent contre. Sept autres, qui cependant avaient voté l'adoption, se retirèrent sans le signer. Le lendemain, Laffitte qui avait trouvé tnon projet trop fort et celuilà suffisant, en fut tellement honteux pour la Chambre, qu'il ne le laissa pas publier. II est à remarquer, en effet^ qu'il ne parut alors imprimé nulle part.
« Un fait bien singulier, c'est que cette pièce si importante, malgré sa faiblesse, ne fût-ce que pour signaler la conduite de ceux qui avaient refusé de la souscrire, a disparu, probablement pour cacher leur honte, des archives du duc d'Orléans. Elle n'existe donc plus en original; et lorsque, depuis l'avènement du nouveau Roi, on a voulu la remplacer par un duplicata, des députés ont prétendu l'avoir
RÉVOLUTION DE i83o. ia5
signée , qui n'étaient pas même à Paris lors de sa rédaction. A force de recherches , Bondy est cependant parvenu à former une liste exacte des signatures, et je la joindrai avec quelques autres documents comme pièces justificatives de mon sincère et fidèle récit.
« Une Commission de douze membres fut tirée au sort pour porter au Palais-Royal l'expression du vœu de la Chambre. Cette Commission fut ainsi composée : Auguste Saint-Aignan, Bérard, B. Delessert, Duchaffault, Dugas-Montbel, Mathieu Dumas, Charles Dupin, André Galloty Rératry, Augustin Périer, Sébastiani.... «Elle partit sur-le-çhamp; et nous remarquions assez singulièrement, en arrivant au palais du duc d'Orléans, que nous avions bien plus l'air de gens qui venaient solliciter sa commisération que d^bommes qui lui apportaient une couronne dans leur poche. I^otre costume, un peu négligé, en raison des circon-p stances, ne ressemblait guère en çffet à celui d'ambassadeurs qui vont faire un roi. Telle était cependant la conséquence inévitable de cette première démarche.
«Le Prince n'était pas au Palais-Royal. Nous dîmes aux gens de sa maison de quelle mission nous étions chargés, et nous demandâmes à l'aller trouver à Neuilly. On nous répondit
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mystérieusement qu'il était possible qu'il n'y fût pas, parce qu'il avait été forcé de prendre des précautions pour sa sûreté personnelle, et que nous risquerions nous-mêmes, en y allant, d être enlevés parles troupes de Saint-Cloud, dont les gardes avancées s'étendaient jusqu'au pont de Neuilly, et poussaient des reconnaissance plus loin. Sébastiani écrivit alors au Prince une lettre en notre nom, que nous signâmes tous, et dans laquelle il renferma notre message. Un jeune homme de la maison s'offrit à porter cette lettre, et à nous rapporter la réponse deux heures après. Il lui fut dit de se rendre chez Laffitte , qui était toujours notre président, et chez qui nous étions convenus de nous réunir le soir. Nous nous séparâmes. Je me retirai avec le général Duchaffault, chez qui je trouvais une grande conformité d'opinion, et qui, dans toutes les circonstances, avait été d'une netteté et d'une fermeté parfaites, et je lui offris de venir dînei* chez Véry. Chemin faisant : « Vous voyez, mon !K cher général, lui disais-je, quels sont ceux qui « supportent en ce moment le poids du jour, , « et quels sont ceux qui se ménagent et se tience ncnt à l'écart. Eh bien, si, comme je n'en « doute pas, dans deiix jours la question est « résolue en notre faveur, ces derniers auront « tout fait, et on ne pensera plus à nous.» Cela
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n'a pas manqué de se réaliser, du moins pour presque tous; et en effet, deux jours après, des hommes qui noyaient pas figuré un seul instant dans nos rangs lorsqu'il y avait danger, étaient pourvus d'emplois importants.
«Il y avait foule chez Véry, et il n'y avait pas de quoi manger.
«Le messager du Palais-Royal revint d'assez bonne heure chez Laffitte. Le duc d'Orléans faisait dire qu'il viendrait à Paris le lendemain dans la matinée. « Ce n'est pas demain, rép^n^. « dit sur-le-champ Laffitte, c'est à Tinstahl « même qu'il faut venir. Il n'y a pas un mo- « ment à perdre. » Le messager repartit, et à onze heures et demie le Prince arriva au Palaisroyal. Il vint de Neuilly à pied, accompagné de Berthois, l'un de ses aides-de-camp, et du colonel Heymès. Heymès était depuis quelque temps surnuméraire dans la conservation de la forêt de Villers-Cotterets. Les événements l'avaient ramené à Paris, où tu te souviens qu'il nous a été utile; il était tout naturel qu'il offrît ses services au Prince à qui il était déjà attaché. Heymès n'a pas médiocrement influé sur la détermination qu'a prise le duc d'Orléans de se rendre sans retard à Paris. C'est un homme de cœur et de résolution, et de
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tels hommes exercent toujours une grande influence dans les monqents décisifs.
«Il était minuit, lorsque mon collègue Gallot vint m'annoncer de la part de Laffitte l'arrivée du duc d'Orléans. Nous convînmes que la Commission se rendrait auprès de lui le samedi matin à huit heures, afin de connaître sa détermination relativement à la lieutenance- générale. Cette détermination importante allait décider du sort de notre révolution. Si le duc d'Orléans refusait^ tout restait en question , et une effroyable anarchie nous menaçait. Nous avions déjà beaucoup fait, mais grand Dieu! qu'il nous restait encore à faire !
«Le samedi, 3i juillet, je me levai de trèsbonne heure; avant cinq heufes, j'étais chez Laffitte, et je faisais convoquer les membres de la Commission , ou du moins ceux de ces membres dont je savais les adresses. La difficulté des conimunications , occasionée par les barricades, rendait ces sortes de convocations très-difficiles, et beaucoup de députés d'ailleurs avaient trouvé prudent de ne pas coucher chez eux. Aussi U Commission se trouvait^elle fort incomplète, lorsqu'elle aborda le Prince.
« Avant de sortir, j'avais déjà reçu plusieurs visites, dans lesquelles on m'avait rendu compte
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des progrès du républicanisme. Des hommes, que leur âge et leur position sociale auraient ilà rendre calmes, étaient saisis d'une fièvre d'în-^ dépendance et de liberté^ et leur présence semblait légitimer aux yeux des jeunes genfr les prétentions les pins excessives et les me** sures les plus exagérées. Il avait été d'abord convenu , dans ks assemblées populaires, qu'on proclamerait la république sur la place de Gré ve^ le samedi à midi; mais cette mesure avait été retardée par la nécessité d'organiser le gouve?'^ nement républicain, avant de le faire connaître à la nation* D'un moment à l'autre, cette pro* cbmation ]>ouvait avoir lieu. Odilon-Barrot ar« riva à six heures chez Laffîtte. Il venait faire connaître ce qui s'était passé à l'Hôtel-de- Ville. Plusieurs milliers de jeunes gens s'y étaient rendus dans la soirée du vendredi pour supplier le général Lafayette d'accepter la présidence du gouvernement républicain provisoire. L'exaspération de ces jeunes gens était portée au plus haut degré; ib éprouvaient une sorte de délire qui, chez beaucoup d'entre eux, ressemblait à de la foreur. Le général Lafayette , vivement (knu par ce spectacle, sollicité d'ailleurs par ses propres sentiments politiques, hésitait sur ce qu'il devait faire , trouvait la tentation bien forte, et touchait peut-être au moment d'y accé-
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der, lorsque Odilon-Barrot obtint de lui de ne prendre une détermination que le lendemain matin. II y eut de la part du général Lafayette un véritable héroïsme à adopter ce parti, car il pouvait, en cet instant , réaliser là combinaison politique qui, dans l'intérêt du pays, avait été le rêve de sa vie entière. Odilon-Barrot s'empara du général, au moment de son réveil, et, lui faisant entendre le langage d'une raison sévère, il lui montra dans quel abîme son acceptation pouvait nous plonger. Le général Lafayette promit, non sans quelque regret peut-être, de refuser, et cependant il a rigoureusement tenu sa parole. Je tremblais toutefois qu'on ne lui fît violence, et qu'on ne l'obligeât de consentir à une ovation qu'il n'était pas impossible qu'il regardât comme utile au pays , et à laquelle par conséquent il crût pouvoir se prêter. Honneur au général Lafayette , qui dans cette circonstance a fait le sacrifice de ses vdeux les plus chers ! Honneur à Odilon-Barrot, qui a obtenu de lui un pareil sacrifice!
« Je venais d'être rassuré sur les dispositions du général Lafayette, mais j'étais bien loin de l'être sur ce que les clubs partiels pourraient produire. Il suffisait du succès momentané
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d'une ambition subalterne pour nous plonger dans un torrent sans bords et sans fond.
«c Le mal qui nous tourmentait depuis plusieurs jours, l'absence d'un chef, sur lequel on pût se reposer du salut de tous, subsistait plus intense que jamais. Le choix de ce chef, et sa proclamation immédiate et universelle, étaient les seules choses qui pussent nous sauver. Telle était la substance de mon entretien avec Gallot en arrivant au Palais-Royal. Il n'était pas encore huit heures lorsque nous y entrâmes. Aucun autre député ne paraissait nous avoir prévenus.
« Nous étions là depuis quelques minutes , lorsque nous vîmes entrer Méchin, qui, n'étant pas membre de la Commission , venait sans doute pour adorer le soleil levant. Il était plus excusable qu'un autre, car, ainsi que je l'ai appris depuis , il était dès long-temps un des habitués de la maison d'Orléans. Quelques autres personnes, venaient plus ou moins timidement faire acte de présence, afin d'avoir le droit de s'en prévaloir dans la suite. Nos collègues Duchaffault, Deléssert, Dumas et Sébastiani, membres, ainsi que Gallot et moi, de la Commission, arrivèrent enfin. Le Prince était dans ses appartements particulier^ et n'avait pas encore paru. Sébastiani y entra sans
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se faire annoncer, et comme un homme admis dans la plus secrète intimité. Dupin sortit des appartements du Prince bientôt après ^ ce qui ne m'*étonna pas, sachant qu'il était membre de son conseil privé , et faisait pour ainsi dire partie de sa maison.
ccNous étions là depuis près d'une demi^heure, lorsqu'on nous fit entrer dans un salon où nous fûmes reçus par le duc d'Orléans. Son accueil fut plein de franchise et de cordialité. Galiot lui demanda s'il avait pris connaissance de l'adresse que nous avions eu mission de lui remettre , et quelle réponse il nous chargeait de porter à la réunion des députés.
<c J'ai été sensible , nous dit le Prince , aux « sentiments exprimés dans cette adresse, et je « n'ai pas hésité à venir au milieu de vous pour <c partager vos dangers; mais vous me deman- « dez une chose sur laquelle je ne puis pas me « prononcer avec la même promptitude. Je veux « parler "de la lieutenance^générale du royau* « me. J'ai avec Charles X des liens de famille « qui m'imposent des devoirs personnels et « d'une nature étroite. Tai besoin de réfléchir « mûrement avant de briser de tels liens. « Je veux d'ailleurs consulter des personnes « en qui j'ai confiance , et qui ne sont pas « encore ici. Le danger n'est pas imminent.
RÉVOLUTION DE l83o. l33
« J'ai des renseignements sur Saint-Cloud, qui « me prouvent qu'on nh songe pas à repren-* <c dre les hostitités. Je vous ferai connaître plus « tard la détermination à laquelle je me serai « arrêté.
« Monseigneur, m'ëcriai-je, vous n'êtes donc « pas informé de ce qui se passe à Paris? Perce sonne n'a doue encore fait arriver la vérité « jusqu'à vous? Vous croyez avoir le temps de a la réflexion , mais vous êtes sur un volcan a qui, d'un instant à Tautre, peut tout engloua tir. Le terrain brûle sous vos pas , et vous ce paraissez vous croire dans un temps ordi- « naire. »
« A ces mots, prononcés avec véhémence , le duc d'Orléans, qui était prêt à nous congédier, nous engagea à rester et à nous asseoir. Je repris : « Il faut agir, Monseigneur, oc non pas sans réflexion , mais en réfléchis- « sant vite. Dans les circonstances où nous c( sommes,les moments perdus ne se retrouvent « pas.Yous ne songez qu'aux craintes que peut ce inspirer la cour de Saint-Cloud , mais ces a craintes, nous ne les éprouvons pas. De- « puis trente -six heures, Saint-Cloud de- « mande à capituler, offre, pour ainsi dire, de se « rendre à discrétion, et nous dédaignons même « de lui répondre^ Charles X et sa famille ont
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« à jamab cessé de régner; voilà la seule ré" a ponse que uous ayons à faire. Mais il est un « danger que vous paraissez ignorer, danger <€ imminent , dont les conséquences sont im- « possibles à calculer , qui menace et vous et « le pays tout entier. C'est la république , que «.peut-être on proclame en cet instant sur la « place de l'Hôtel-de- Ville. Je sais bien que la « république ne peut pas s'établir d'une manière « stable, qu'elle durera à peine quelques mois, « peut-être quelques jours; mais qui peut pré- « voir, pendant cette courte durée, l'étendue des (( maux qu^elle causera? Le besoin seul de sa « conservation peut la porter à commettre ce des crimes. La lutte une fois engagée, de « quelle manière, finira-t-elle, si ce n'est au procc fit de l'absolutisme?
« Votre tête, Monseigneur, est aussi com- « promise que la nôtre. Votre seule présence ec dans nos rangs a rompu les derniers liens oc qui vous unissaient à Charles X ; aujour- « d'hui tout vous est commun avec nous, suc- « ces et revers. »
a Sébastian! m'interrompant : « Mon cher •c Bérard, vous exagérez les dangers; il suffira « que le Prince se présente pour rallier tous « les partis et rattacher à lui tous les cœurs : « il ne faut rien précipiter. »
RÉVOLUTÏOir DE i83o. l35
«Mon cher Sébastiani, je n'exagère rien, « repris-je avec une nouvelle force; les dangers « que je signale sont réels, et je puis le déa montrer. Du . fond de vos fastueux salons, «t vous dédaignez le peuple, et ne le connais- « sez pas. Moi , je connais ses besoins et ses « désirs; je passe ma vie au milieu de lui, je , « suis peuple moi-même.
« On vous dit, MonseigiiieuT , qu'il suffira de « vous présenter pouràttirerà vous tous lessuf- « frages. On vous trompe. La partie la plus « nombreuse et la moins éclairée de la popu- « lation vous repousse en ce moment, parce a que vous êtes un Bourbon. Une autre partie « de cette population, la jeunesse, aussi vous a repousse. C'est cette jeunesse qui, pleine a d'ardeur , d'instruction , d'entraînement et « de courage, a le plus contribué aux événe- « ments qui viennent de s'accomplir. Elle se « croit le droit d'en obtenir le prix, et ce prix, a pour elle, c'est la république. Les hommes « sages, modérés , pour qui l'expérience n'est « jamais perdue, sont les seuls qui vous dési- « rent, parce qu'ils voient en vous un moyen a de salut. Mais la voix de ces hommes, bien a. qu'elle domine à la longue, n'est pas assez « forte pour se faire entendre au milieu de « l'effervescence révolutionnaire : ils vous
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(c soiitiçtidrout de tous leurs efforts, et Us se « perdront avec vous. Pro&tez, Monseigneur, m d'un moment d'hésitation, qui permet encore <i de rallier beaucoup de personnes incertaines. a Profitez-en, pour nous sauver et vous avec « nous. Dans une heure, il peut n'être plus « temps» Décidez -r vous, et que votre décision « soit rendue publique à Finstant même. »
« A l'appui de cette rapide allocution , je citai tout ce que je t'ai déjà dit des clubs républicains, et de la démarche faite auprès du général T^ayette. Mes collègues, excepté Sébastian], m'appuyèrent de tous leurs efforts. Benjamin Delessert, lui -^ même, sortant de sa réserve «accoutumée, dit au Prince : « Monsei- « gneur, non seulement tout ce que M. Bérard « vous a dit est la vérité , mais il ne vous a pas u encore dit toute la vérité. »
. « Le duc d'Orléans , vaincu par l'évidence des faits, nous pria de l'attendre, et passa dans son cabinet avec Sébastiani , qui , bientôt après, fut rejoint par Dupia aîné. Pendant ce moment d'attente , Delessert proposa de rédiger, de notre côté, un projet de proclamation : «Je crains bien, me dit- il, qu'il ne <c sorte quelque chose de trop faible de la V réunion voisine. » Je pris la plume et commençai par recueillir les idées de mes col-
RiVOLCTIOJf i)E i83o. ]37
lègues, sauf à leur donner ensuite une forme convenable. J'en étais à la dernière partie de mon travail lorsque le Prince reparut.
«Il apportait le projet qu'il venait de rédiger avec Dupin et S'ébastiani, et il le soumit à notre discussion. Je le trouvai trop faible pour la circonstance, et m'en expliquai franchement. J'insistai pour que la réunion des Chambres eût lieu sur-le-champ , et surtout pour qu elles ne fussent pas convoquées le 3 août, jour indiqué par la première ordonnance de Charles X. Il me semblait que, dans la forme comme au fond , on devait s'éloigner le plus possible de l'ancien ordre de choses. Je fus presque seul de mon avis. On fit valoir des considérations étroites et mesquines de convenance, de légalité. On crut trouver dans le maintien du jour de la convocation un moyen de ramener des dissidents. Cela me parut bien pauvre, bien pitoyable; mais n'ayant pu amener les autres à mon avis, je fus obligé de me conformer au leur. Après avoir fortement soutenu mon opinion, je la vis repoussée, et Finfluence du pouvoir se fit déjà sentir. Le futur Roi commençait à avoir des courtisans. Quelques mots cependant furent changés, et la proclamation suivante sortit de cette éla* boration :
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« Habitants de Paris !
« Les députés de la France, en ce moment et réunis à Paris , ont exprimé le désir (Jue je me « rendisse dans cette capitale pour y exercer les a fonctions de lieutenant-général du royaume.
« Je n'ai pas balancé à venir partager vos a dangers , à me placer au milieu de votre hé- « roïqtie population , et à faire tous mes efforts <c pour vous préserver de la guerre civile et de « l'anarchie.
« En rentrant dans la ville de Paris, je porte tais avec orgueil ces couleurs glorieuses que « vous avez reprises, et que j'avais moi-même a long-temps portçes.
« Les Chambres vont se réunir; elles aviseâ ront aux moyens d'assurer le régime des lois « et le maintien des droits de la nation.
« Une Charte sera désormais une vérité.
tf Louis-Philippe d'Orléans. »
«Cette proclamation nous ayant été remise, nous nous empressâmes de la porter à la réunion des députés, qui l'attendait avec impatience. Elle fut généralement reçue ^vec enthousiasme, et l'on chargea les quatre secrétaires , c'est - à - dire Benjamin Constant , Guizot, YîUemain etmoi, d'y faire un projet de réponse. Nous nous retirâmes sur-le-champ
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dans un bureau, et là nous discutâmes les garanties dont nous devions faite mention. Nous étions d'accord sur les principaux points. Mais il en est deux auxquels mes collègues ne songeaient pas, et dont je revendique l'insertion dan^ notre proclamation, parce qu'ils ont eu une assez grande importance politique : le premier de ces points est la réélection des députés promus à des fonctions publiques; le second est l'assurance donnée aux militaires qu'ils ne seront plus arbitrairement privés de leur état. Ce n'est pas sans beaucoup de peine que nous obtînmes, Constant et moi, l'insertion de ce passage : // (le duc d'Orléans) respectera nos droits , car il tiendra de nous les siens. Lorsque nous fûmes d'accord sur le fond, Guizot lira de sa poche une espèce de cadré qu'il avait préparé et que nous adoptâmes, après dé nombreuses modifications , et en y insérant les dispositions qui venaient d'être arrêtées. Voici cette proclamation que tu as déjà vue dans les journaux , mais qui est nécessaire à la suite de ce récit :
« Français!
« La France est libre. Le pouvoir absolu « levait son drapeau , Théroïque population « de Paris l'a abattu. Paris attaqué a fait triom- « plier par les armes la cause sacrée qui
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« venait de triompher en vain dans les électf tiens. Un pouvoir usurpateur de nos droits f « perturbateur de notre repos , menaçait à la et fois la liberté et Tordre; nous rentrons en « possession de Tordre et de la liberté. Plus de « crainte pour les droits acquis, plus de bara rières entre nous et les droits qui nous a manquent encore.
a Un gouvernement qui, sans délai, nous «f garantisse ces biens est aujourd'hui le prea roier besoin de la patrie. Français ! ceux de « vos députés qui se trouvent déjà à Paris se « sont réunis, et, en attendant Tintervention a régulière des Chambres, ils ont invité un « Français qui n'a jamais combattu que pour « la France, M. le duc d'Orléans, à exercer a les fonctions de lieutenant-général du royau- « me. C'est à leurs yeux le moyen d'accomplir « promptement, par la paix, le succès de la <r plus légitime défense.
« Le duc d'Orléans est dévoué à la cause « nationale et constitutionnelle. Il en a tou- « jours défendu les intérêts et professé les « principes. Il respectera nos droits , car il « tiendra de nous les siens. Nous Jious assure- « rons par des lois toutes les garanties néces- « saires pour rendre la liberté forte et durable :
a Le rétablissement de la garde nationale
KivOLUTION DE l83o. l/^î
«avec l'intervention des gardes nationaux dans tf le choix des officiers ;
«t L'intervention des citoyens dans la for- « mation des administrations départementales « et municipales;
« Le jury pour les délits de la presse;
« La responsabilité légalement organisée « des ministres et des agents secondaires de « l'administration ;
« L'état des militaires légalement assuré ;
« La réélection des députés promus à des « fonctions publiques.
c( Nous donnerons à nos institutions j de « concert avec le chef de l'État ^ les dévelop- « pements dont elles ont besoin.
« Français, le duc d'Orléans lui-même a déjà « parlé, et son langage est celui qui convient « à un pays libre ; Les Chambres vont se ré- « unir, vous 'dit-il; elles aviseront au moyen «c d'assurer le règne des lois et le maintien « des droits de la nation.
« La Charte sera désormais une vérité. »
«Quatre-vingt-onze députés signèrent cette procjamation que Bernard proposa de porter en corps au duc d'Orléans.
a Pendant que nous nous occupions de sa rédaction , des nouvelles inquiétantes étaient
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p|irvenues à la Chambre. Elles démontraient la nécessité de faire promptement quelque chose qui pût calmer l'opinion. Cette disposition des esprits nous servit merveilleusement; car, dans l'état d'indécision où se trouvait la Chambre, si on eût discuté notre projet, il eût certainement été cruellement amoindri.
« Ija copie de notre proclamation s'expédiait et allait se couvrir de nos signatures , lorsqu'on vint me prévenir que le Prince allait se rendre à l'Hôtel-de- Ville pour y déjouer , par sa présence, des projets qu'il croyait redoutables pour la tranquillité publique. Je m'empressai d'en faire part à la réunion, et j'engageai mes collègues à décider que du Palais-Royal ils se rendraient , avec le Prince , à l'Hôtel-de-Ville. Cela fut adopté surrle-champ ; et craignant que , faute d'être prévenu, le Prince ne nous atten- ' dît pas, je me fis autoriser, parle président, à l'aller avertir.
«Je me rendis en toute. hâte au Palais-Royal, où je m'acquittai de ma mission. Le duc d'Orléans se disposait à partir; mais il sentit la convenance qu'il y avait à ce qu'il attendît la Chambre. Il me fit l'accueil le plus aimable , et je dois même le dire , le plus amical. « Vous « saviez bien la vérité , me dit-il , et vous seul « avez osé me la dire ce matin ; je comprends
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« à présent qu'en 'effet il n'y avait pas un <c moment à perdre. » •
« Les membres de la Chambre furent plus d'une heure avant d'arriver au Palais-Royal, et je passai ce temps, en quelque sorte, en tête à tête avec le Prince. De temps à autre seulement , des aides - de - camp ou des gens de la , maison venaient demander des ordres. Nous causions avec le plus grand abandon et la plus complète familiarité. Pendant cette heure, j'ai appris à connaître et à estimer le caractère du duc d'Orléans. La circonstance dans laquelle nous nous trouvions est de celles qui permettent de lire jusqu'au fond des cœurs, .et. d'apprécier, en connaissance entière de cause, ceux qui s'y trouvent soumis. Loyauté , conscience et courage, telles me parurent être les qualités dominantes du Prince. L'estime, et j'ose ajouter , l'affection sincère qti'il m'inspirait, ne fermèrent pas toutefois mes yeux sur ce qui lui manquait. Il ne me parut pas être à tous égards au niveau des événements. Il me sembla qu'il avait plus de courage personnel que de fermeté de caractère, et plus de finesse que d'étendue d'esprit.
« Le désarroi était tel au Palais-Royal , que le Prince n'avait auprès de lui personne pour l'habiller. Je l'aidai à faire sa toilette; je dé-
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corai sa boutonnière d'un ruban tricolore, et nous substituâmes ensemble une cocarde nationale à la cocarde blanche qui se trouvait encore à son chapeau d'uniforme. Je me conduisais avec lui exactement comme si j'eusse été son ami, et il me traitait de la même manière. Je puis dire qu'en effet je Tétais devenu.
« La conversation fut intéressante et variée. Nous fîmes à plusieurs reprises des rapprochements entre la révolution anglaise et celle qui s'opérait sous nos yeux. « Charles X res- « semble beaucoup , me dit le Prince , au raal- « heureux Stuart , et moi je crains d'avoir bience tôt plusd'un rapport avec Guillaume ». « Vous «aurez, lui répondis -je, un grand avantage «c sur lui : c'est de ne pas venir accompagné « des étrangers. Vous serez l'élu libre de la <c France, à qui vous n'aurez pas été imposé. »
a Si je parviens au trône, me dit-il quelques « moments après , et je ne puis me dissimuler « que j'en suis menacé, vous ne sauriez croire, « M. Bérard , à quels regrets je serai condamné, «t Ma vie de famille est si douce , nos goûts sont « si simples, qu'en conscience je dois croire c( que ma famille et moi ne sommes pas faits a pour la royauté. Je l'accepterai comme un a devoir et non comme un plaisir. Et puis , « faut-il vous l'avouer? j'ai toujours conservé
RÉvoLUTiow j>E 1 83a ^ 145
« dans le fond de mon cœur un vieux senti* « ment républicain dont je sens que je ne me «séparerai jamais. » « Ce que nous désirons « par-dessus tout, lui répliquai-je , c'est d'avoir « à notre tête un Roi-citoyen ; vous serez donc « encore notre fait sous ce rapport. »
«J'annonce au Prince que notre proclamation contient renonciation de plusieurs garanties , et que nous en demanderons dans la suite de plus amples encore. #c Vous ne m'en demande derez jamais autant, répond-il, que je suis « disposé à en accorder, ou même à eu of- « frir. »
a Nous parlons de l'esprit républicain qui nous inquiète, et contre lequel nous cherchons à nous prémunir , et j'ajoute qu'il ne faut cependant pas se faire illusion , que la tendance générale des esprits les porte vers les idées républicaines, et que, dans quelques générations peut-être , il n'y aura plus de rois, « Cela n'est pas impossible, me dit le duc (c d'Orléans, mais d'ici là, faisons ce qu'il faut *c pour en avoir de bons ; et ce qu'il faut , c'est « de bien définir les droits et les devoirs ré- « ciproques du roi et du peuple , et de se « renfermer chacun dans les limites tracées « par la loi. » Un roi qui prend de tek principes pour règle de conduite ne fait pas sou*
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haiter un autre gouvernement y et a toutes les chances désirables de conservation.
a Cette conversation, tout intime , est remplie d'épanchements , de sentiments patriotiques ^ d'expressions d'un amour sincère du pays. Le duc d'Orléans se montre à mes yeux comme un prince honnête homme et comme un excellent citoyen, et j'avoue que, malgré mon ancienne répugnance pour les dépositaires du pouvoir, il me fait comprendre qu'il n'est pas impossible que les rois méritent et obtiennent de vrais amis.
a Les députés arrivent ; Laffitte lit notre proclamation, et nous nous mettons en route pour l'Hôtel-de- Ville. Le trajet est long, pénible, à cause de l'excessive chaleur, et difficile en raison des nombreuses barricades qu'il faut à tout moment franchir. Le Prince fraternise, un peu trop même à mon avis, avec une foule d'individus des dernières classes du peuple. Il reçoit et donne de fréquentes poignées de main. J'ai peine à repousser pendant ce temps une inquiétude qui m'assiège. La foule est immense et presque tout armée. D'une fenêtre, d'une porte, d'un groupe, un coup de fiisil peut être si tôt tiré.... Le cœur ne cesse de me battre jusqu'à l'arrivée du Lieutenantgénéral à lllôtel-de-yille; et lorsque nous
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pénétrons dans la grande salle, où se trouvent le général Lafayette et de nombreux gardes nationaux, je me sens délivré d'une pénible angoisse.
« Les cris de vzVe le duc d'Orléans s'étaient fait entendre tout le long de la route, mais toujours ils étaient mêlés aux cris de vii^e la Charte. Quelquefois même ceux-ci dominaient les autres. En approchant de l'Hôtel-de-Ville , nous entendîmes, assez souvent, des cris de vii^e la liberté.
«L'aspect de l'Hôtel-de- Ville était remarquable. Là se trouvait le foyer du républicanisme. Là aussi l'on remarque sur beaucoup de figures l'expression du mécontentement que leur cause une visite qui détruit leurs projets. La foule me porte tout près du groupe formé par le duc d'Orléans , le général Lafayette et Laffitte. Le général reçoit le Prince avec une gracieuse cordialité. La proclamation est lue par Viennet et accueillie par de nombreuses acclamations. La réponse du Prince n'est pas moins bien reçue. Au moment où il avait cessé de parler, le général Dubourg s'approche de lui. Il est en uniforme , sa figure est pâle et sa barbe longue. Il dit au Prince, du ton le plus sévère, à peu près ces paroles : « On dit que vous êtes « un honnête homme et comme tel incapable
lO.
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« de manquer à vos serments , j'aime à le tf croire ; mais il est bon que vous soyez pré* « venu que si vous ne les teniez pas , on sau- (c rait vous les faire tenir.» Cette apostrophe cause un pénible étonnement à tous ceux qui l'entendent. Plus rapproché que personne de Dubourg, pendant que le Prince lui répond avec dignité, je lui reproche vivement son inconvenance. Les rangs s'ouvrent pour laisser reculer Dubourg, ils se referment aussitôt^ et ce générai improvisé disparaît.
«I^ duc d'Orléans retourne au Palais-Royal par le même chemin qu'il avait pris en venant. Comme aucun danger ne me semble plus à craindre pour lui , je crois pouvoir me dispen* ser de l'accompagner, et je reviens avec le général Dumas par la rue du Temple et les boulevards jusque chez moi, où je crois avoir acquis le droit de me reposer, après ce que j'ai fait depuis six jours.
«Le dimanche i" août, je reste à réfléchir sur le chemin immense que nous avons parcouru depuis le commencement de la semaine. Je jette quelques notes rapides sur le papier pour ne pas perdre entièrement le souvenir de mes travaux , et c'est à l'aide de ces notes que je viens d'écrire ce qui précède.
« On m'annonce que la foule des courtisans
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çe presse déjà au Palais-Royal et en inonde les 6alons. On m'engage même à y aller pour réclamer le prix de mes services. Je repousse cette proposition avec indignation. Je n'ai jamais entendu servir un homme ni une famille, je n'ai donc pas droit à leur reconnaissance. C'est dans l'intérêt seul de mon pays que j'ai agi , et si j'ai pu lui être utile» je suis assez récom-* pensé. Je ne vois pas cependant sans quelque colère les hommes^ qui viennent assaillir le pouvoir, et faire parade d'un dévouement qui n'eût pas été moins bien acquis au parti contraire, s'il eût triomphé. Je suis tenté parfois défaire comme Jtlceste du Misanthrope, et de paraître à la cour pour y dire à chacun de dures vérités. Ce serait encore servir mon pays que de démasquer les intrigants, et d'empêcher qu'ils ne s'emparent des fonctions qui ne devraient être le partage que des hommes de bien et des véritables amis de la patrie. Malheureusement ceux-là se cachent et sont difficiles à découvrir, tandis que les autres se placent incessamment sous les yeux du pouvoir, et affectent un stèle auquel on peut souvent se méprendre.
«"Voilà, ma chère amie, la part que j'ai prise aux premiers événements de notre immortelle régénération. Je n'ai pas dit autre chose que
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la vérité; et si tu trouves que je parle un peu souvent de moi , n'oublie pas que c'est mon histoire que j'écris, bien plus que celle des événements. J'aurais dû procéder autrement, si j'avais eu la prétention de travailler pour le public ; mais je me suis borné à recueillir et à conserver quelques souvenirs , destinés seulement pour ma famille et pour un bien petit nombre d'amis.
«Quelques jours s'étaientà peine écoulés que je me trouvais appelé à jouer un rôle, sinon plus utile , du moins plus brillant. Si je parviens à dérober quelques instants à mes nombreuses occupations, j'en ferai la matière d'une secotide lettre qui, pour toi, ne sera pas non plus sans quelque intérêt. »
RivoLOTioir DE i83o. ^5i.
A^Iaisy le i*^ octobre i83a.
« Un temps bien long s*est écoulé, ma bonne amie , depuis que , dans une première lettre , je t'ai rendu compte de la part que j'avais prise à notre glorieuse révolution. Alors je venais d'être investi par la confiance du Roi, d'une des fonctions les plus importantes de l'administration , et les suffrages des électeurs avaient attesté que celte confiance ne faisait qu'accroître la leur.
«Je ne dirai pas qu'à cette époque tout était espoir. J'avais trop d'expérience pour ne pas reconnaître que, dès les premiers jours d'août, une guerre sourde et cachée était faite aux principes qui avaient prévalu en juillet, par une portion même des hommes que l'on avait appelés à l'exercice du pouvoir. Mais le Roi était avec nous; ses yeux étaient ouverts sur nos intérêts comme sur les siens; il ne pouvait pas songer à renier son origine; la victoire ne devait donc pas être douteuse. Telle était ma croyance, et elle n'est pas changée. Le Roi^ je n'en puis douter, est aujourd'hui conscien-^
i5a R^voLUTioir de i83o.
cieux comme il Tétait alors ; mais il ne prend plus la peine de voir par ses propres yeux, et l'on est parveiju à. lui dérober la vérité. J'avais dans ma première lettre signalé quelques défauts , qu'au milieu de l'entraînement général , et malgré l'affection sincère qu'il m'inspirait , j'avais ct*u découvrir en lui. Les courtisans, les hommes intéressés à pervertir les conséquences de notre révolution, se sont emparés de ces défauts , et en ont fait la base de notre système politique. Les qualités subsistent encore ; mais elles sont tellement obscurcies aux yeux de ceux qui n'ont pas été à même de coniiaitro le Roi, comme je l'ai connu, qu'ils ont peine à les distinguer. Le jugement qu'ils portent est injuste à son égard > sans qu'on puisse leur reprocher autre chose que de la sévérité, car ils jugent d'après ce qu'ils voient.
« On est parvenu à éloigner le Roi de ses véritables, de ses plus fidèles amis; de ceux à qui il doit la couronne , et qui seuls peuvent la maintenir sur sa tête. On a dédaigné les K^lides appuis que l'on trouvait dans Tintérieur du pays, pour en chercher d'illusoires et de funestes chez Tétranger Mais je m'arrête, ce n'est pas un tableau de notre situation actuelle que j'entreprends de tracer. J'ai
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promis de te raconter mes souvenirs de la première semaine d'août i83o. Je vais m'acquitter de ma tâche, et je profite pour cela 'du moment où j'ai le chagrin d'être éloigné de toi.
«Le point de vue d'où j'envisage les événements n'est plus pour moi le même que lorsque je t'écrivais il y a deux ans. Alors j'appartenais au pouvoir, aujourd'hui je suis un simple citoyen;- mais .si, en i83o, j'ai su me défendre des séductions d'une position élevée, je ne serai pas moins indépendant en i83*2; et ma nouvelle position n'aura pas plus d'influence sur moi que la précédente. Dans Tune comme dans l'autre, je chercherai, je montrerai la vérité , aux risques de qui il appartiendra.
«Tu connais à présent, presque aussi bien que moi, les événements, dans lesquels j'ai joué un rôle pendant la dernière semaine de juillet i83o. La fidélité du tableau que j'ai fait passer sous tes yeux est attestée par plusieurs té* moins oculaires, acteurs comme moi du grand drame de juillet. Après en avoir pris connaissance, ils en ont reconnu la complète exactitude , et ils m'ont témoigné leur regret de ce qu'un écrit aussi véridique n'était pas publfé; mais tu sais qu'à moins de circonstances extraordinaires, il n'est pas destiné à voir le jour,,
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du moins de long- temps, et que toi et un petit nombre d'amis, vous devez être mon seul public.
« La première semaine d'août a été marquée par des événements d'un autre ordre que ceux de la semaine précédente. Ils sont moins dramatiques, mais leur importance historique est peut-être plus grande. Le rôle que j'y ai rempli est encore considérable, et le souvenir s'en effaçant de jour en jour, il est bien juste d'en conserver la trace. S'il y a eu quelque courage et quelque patriotisme dans ma conduite, il m'est permis de le rappeler au petit auditoire que je me suis choisi. Mon amour pour la vérité m'encourage aussi à écrire. Trop de personnes ont intérêt à dénaturer les faits que je vais te raconter, pour qu'il n'y ait pas une utilité réelle à les consigner ici.
«Je t'ai conduite jusqu'au dimanche, premier août, et tu m'as vu me reposant des fatigues et des émotions des six jours précédents, pendant que la foule des solliciteurs, des courtisans et même des simples curieux, envahissait le Palais-Royal et se rapprochait du nouveau pouvoir. Je jouissais de la conduite que j'avais été assez heureux pour tenir. J'entrevoyais bien que dans un avenir prochain , il n'était pas impossible que je fusse élevé à une foric-tion publique, peut-être même assez impor*^
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tante; mais je n'étais pas déterminé à l'accepter. Avoir rendu des services à mon pays, et n'en recueillir aucun fruit, me semblait le beau idéal du patriotisme. Un amour-propre, peut-être excusable, me persuadait qu'en restant simple député,* j'aurais le droit de me croire un plus grand citoyen qu'en acceptant ce que l'on regarde comme des faveurs.
« Tu sens qu'une pareille disposition d'esprit ne me portait nullement à prendre part à la curée des places, l'ai quelquefois depuis regretté mon désintéressement. Si je fusse alors arrivé au pouvoir, je ne sais pas si ma ligne de conduite eût mieux valu que celle qui a été adoptée par le premier ministère de la révolution; ce que je sais bien, c'est qu'elle eût été différente. Au lieu de montrer de la défiance au peuple et de chercher à le faire rétrograder, je serais -entré franchement dans le mouvement révolutionnaire , et j'ai la conviction qu'en paraissant alors accorder beaucoup, on eût, en réalité, fait bien moins de concessions qu'en définitive on ne sera forcé d'en faire. J'aurais surtout pris pour point de départ les événements qui venaient de se passer, et toutes mes mesures auraient été présentées coînrae des conséquences de la révolution. On a, au contraire, cru devoir regarder l'ordre de choses
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ancien comme n'ayant éprouvé qu'une per-» turbation momentanée, et par suite une amé* lioration; et cette manière d'envisager la ré* volution et de ne vouloir la considérer que comme une circonstance passagère, a occasioné de graves mécoBtentements dont le contre-coup se fait encore sentir chaque jour. Je ne terminerai pas ces réflexions sans te faire remarquer qu'elles ne sont pas le résultat des circonstances , et que je ne suis pas prophète après l'événement. Ce que je dis que j'aurais fait, j'ai jusqu'à satiété conseillé de le faire, et de nombreux témoins se rappellent l'insistance, souvent importune, de mes conseils.
a Charles X était resté à Saint-Cloud jusqu'au vendredi 3o juillet. Craignant alors, sans doute, le voisinage trop immédiat de Paris^ il songea à se retirer sur Versailles. Les portes de cette ville lui furent refusées , et il se rendit à Trianon. Au moment du départ, le duc d'Angoulême releva lui-même un piquet de cavalerie qui défendait le passage du pont de Sèvres. Une population nombreuse et sans armes était à l'autre extrémité de ce pont. On eut la barbarie d'ordonner sur elle une décharge de mousqueterie qui blessa plusieurs femmes et un enfant. C'est ainsi que les Bourbons fai*
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salent leurs adieux à ce qu'ils appelaient leur peuple.
«La cour dîna samedi à Trianon. Les dîners, comme on sait, ont toujours joué un grand rôle dans l'histoire des Bourbons. Charles X affectait beaucoup de gaité : il disait aux maréchaux et généraux qui étaient lencore auprès de lui, et qui n'y furent pas long-tçmps, que ses cent jours ne seraient pas aussi longs que ceux de son frère, parce qu'il n'avait pas affaire à un ^Napoléon. Dans la nuit du samedi au dimanche, les débris delà cour firent leur retraite sur Rambouillet. Malgré l'assurance qu'elle cherchait à feindre, et les troupes considérables qui l'environnaient encore , la famille royale commençait à éprouver une profonde terreur. Elle n'osa pas confier son voyage à la clarté du jour. Plusieurs convives du dîner de Trianon partirent , en sortant de table, pour Paris, afin de savoir s'ils devaient ou non rester fidèles à leur ancien maître. Leur fidélité était subordonnécaux chances qu'il avait de conserver lacouronne.
«Pendant que Charles X rêvait un reste de royauté qui allait lui échapper, MM. Pastoret, chancelier de France , de Sémonville, grandréférendaire de la Chambre des pairs , et Barbé- Marbois, premier président de la Cour de cas-
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sation, venaient offrir leurs respects, et en quelque sorte leur soumission au Prince lieutenant-général. A. la suite de cette démarche, M. Pastoret fut tellement honteux de son ingratitude envers son roi légitime , qu'il donna sa démission.
« Le Moniteur faisait connaître la manière dont la Commission municipale avait, sous le nom des commissaires provisoires, composé le ministère de la révolution. Elle avait placé Dupont à la justice, Louis aux finances, Gérard à la guerre, Rigny à la marine, Bignon aux affaires étrangères, Guizot à l'instruction publique, Broglie à l'intérieur. On a peine à comprendre tous ces choix , surtout lorsque l'arrêté qui les consacre est signé. d'Audry de Puyraveau , de Schonen, de Mauguin et de Lobau. Ils sont loin d'offrir une majorité d'amis de la révolution, et ne peuvent s'expliquer qu'en supposant qu'ils ont été faits sous l'influence de Casimir Périer, qui, par prudence, n'aura pas voulu les sanctionner de sa signature.
« Une mesure adoptée par la même Commission municipale d'accord avec Lafayette a été vivement blâmée. C'est celle qui créait une garde nationale mobile composée de vingt régiments, et lui accordait une haute paie de
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trente sous par jour. Cette mesure a pu être onéreuse sous le rapport financier , pendant le peu de temps qu'elle a duré, mais politiquement elle a rendu un véritable service en purgeant la capitale d'un grand nombre d'hommes que leur défaut de moyens d'existence aurait pu rendre très-nuisibles à la tranquillité publique.
a La Commission municipale nomma aussi les maires et adjoints des douze arrondissements de Paris. Ses choix se portèrent sur ceux que, dans le moment du danger, les citoyens avaient désignés pour leurs chefs : aussi furent-ils en général excellents. Enfin, elle plaça Laborde à la préfecture de la Seine , et Bavoux à la préfecture de police. Tous ces actes sont du 3i juillet, et précèdent ceux du Lieutenant-général , qui n'entra réellement en fonctions que le i^*" août.
« Le duc d'Orléans n'adopta pas le ministère exactement comme l'avait formé la Commission municipale. Il conserva Dupont à la justice , Gérard à la guerre , et Louis aux finances; mais il donna l'intérieur à Guizot , et attendit que des intrigues , qui s'agitaient déjà à l'occasion des autres ministères , fussent dénouées pour en disposer. Il remplaça aussi Bavoux par Girodde l'Ain. Cette nomination causa un pro-
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fond étonnement à tous les amis de la révolution. Girod de l'Ain, bien qu'il fût à Paris, où il faisait partie des assises, ainsi que de Sclionen , n'avait pas une seule fois paru dans nos rangs jusqu'au vendredi 3o juillet au soir. Alors seulement il s'y était montré derrière le bouclier de la lieutenance-générale. Girod n'a* vait pas plus l'habitude de l'administration que Bavoux , et du moins ce dernier n'avait jamais cessé de montrer du courage et du patriotisme. Girod est un homme dont le talent , les opinions et le caractère sont médiocres. La manière dont il a rempli ses fonctions de préfet de police n'a que trop justifié ce juge* ment, qui devrait être bien plus sévère, si je parlais d'une époque postérieure à sa présidence de la Chambre. La nomination de Girod me rappela que, lorsque nous portions au duc d'Orléans le vœu de la Chambre pour qu'il acceptât la lieutenance-générale , j'avais dit à Duchaffault : « Vous voyez , mon cher « général, quels sont ceux qui supportent en a ce moment le poids du jour , et quels sont « ceux qui se ménagent et se tiennent à l'é- « cart. Eh bien ! si , comme je n'en doute pas, « dans deux jours la question est résolue en <c notre faveur, ces derniers auront tout fait...» Ma prévision se trouvait ainsi justifiée. Il me
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semble, au surplus, que c'est une erreur que de croire un magistrat convenablement placé à la préfecture de police, surtout dans des circonstances difficiles. L'habitude de se renfermer dans le texte précis de la loi le rend nécessairement timide et irrésolu lorsqu'il faut savoir prendre un parti décisif, ce qui peut souvent arriver. Il y a dans les fonctions du préfet de police deux parties distinctes : l'une qui se compose d'attributions municipales, et pour lesquelles une connaissance approfondie de l'administration est nécessaire ; l'autre qui a rapport à la police de sûreté, à la police politique, en un mot à la police proprement dite. Pour cette dernière, il n'existe pas de règles fixes, de lois positives, et le fonctionnaire est presque toujours forcé d'agir arbitrairement. Il doit être absous par le succès et l'utilité de ses mesures. «Le i«' août, la Commission municipale vint déposer ses pouvoirs entre les mains du Lieutenant-général, qui la pria de rester provisoirement chargée de tout ce qui concernait la sûreté de Paris. Le même jour, le général Lafayette prit, en sa qualité de commandant général, des mesures pour hâter l'organisation de la garde nationale dans toutes les parties de la France, et le général Mathieu Dumas lui fut adjoint pour concourir à ce travail sous le
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titre d'inspecteur général. Ainsi, par un singulier rapprochement, les deux hommes qui avaient, pour ainsi dire, créé la garde nationale en France lors de la révolution de 1789 , se trouvaient appelés à la recréer lors de celle de r83o.
«Une ordonnance déclare que ta nation française reprend ses couleurs, et qu'il ne sera plus porté d'autre cocarde que la cocarde tricolore. Une autre annonce que la Chambre des pairs et la Chambre des députés se réuniront le 3 août dans le local accoutumé. Par la date de cette conV'ocation, on se traînait dans l'ornière de l'ancien ordre de choses. Tu te rappelleras avec quelle force j'avais cotnbattu cette mesure, le 3i juillet.
nLie 31ômteur ajoute à la liste des signataires de notre proclamation d'avant - hier , en réponse à celle du Lieutenant-général, Marchai, Bertin de Vaux , général Minot , Le Pelletier d'Aulnay, général fiaillod et Béraud. Le premier était au télégraphe, dont il a pris la direction lorsque le canon grondait encore ; ainsi son absence s'explique tout naturellement. Quant aux autres, peut-être s*explique-t-elle par un excès de prudence qui n'est surpassée que par celle de Pavée de Vandceurre, dont la signature arriva encore un jour plus tard.
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(t£n sortant le luhdi matin, l'uueded choses qui me frappa le plus^ ce fut de voit* tous les ouvriers occupés à leurs travaux, comme sî rien d'extraordinaire ne s'était passé la semaine précédente. Us avaient été les maîtres de la capitale pendant plusieurs jours, et n'avaient certainement pas abiisé de leur puissailce. Ils Venaient de l'abdiquer et de retourner à leurs habitudes d'ordre et dé travail. Ce fait est certainement l'un des plus étonnatits d'ulie époque où nous avons vu tant de choses étonnantes. Il doit donner la plus haute idée d'un peuple qui sait unir la sagesse à là force, et il doit aussi faire comprendre qu'il est temps que ce peuple ait une large part dans notre organisation sociale; A l'exception de quelques barricades dont les restes s'apercevaient de loin à loin , et de places fréquentes où l'on voyait que le pavé avait été bouleversé ^ on aurait pu se croire dans une ville dont la tranquillité n'avait jamais été troublée.
«Pendant nos fameuses journées, la chaleur avait été véritablement effrayante , et elle continuait encore à l'être. Il était temps que l'on pût détruire les barricades, car sur une foule de points elles interrompaient le cours des ruisseaux et transformaient la plupart des rues en
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mares infectes. 11 est extrêmement heureux que des maladies épidémiques ou même pestilentielles n'aient pas été le résultat de pareils foyers d'infection. Si le choléra se fut déclaré à cette époque, il est impossible de calculer les ravages qu'il eût pu faire dans la population. Il est à remarquer, au contraire, que jamais il n'y eut moins de malades. On n'avait pas le temps de l'être. Les barricades élevées sur les différents points de la ville excédaient le nombre de 4ooo. La remise en place des pavés a seule coûté plus de 200 mille francs.
a Je vais dîner chez le nouveau ministre de la justice. Il est déjà fatigué de sa grandeur récente. Il est vrai que , dans le secret de l'inlimité , il se plaint de ne trouver presque aucune sympathie chez la plupart de ses collègues. « Mon ami , me dit-il , ces gens-là n'aiment « ni ne comprennent la liberté. Ils voudraient « nous ramener à ce que nous étions sous le «ministère Martignac. C'est là pour eux •le « beau idéal du gouvernement représentatif : a heureusement le Prince est plus patriote « qu'eux, etje ne doute pas qu'il ne veuille sinfc cèrement les conséquences de la révolua tien. »
«Mérilhou et'Isambert dînaient aussi chez Dupont, dont ils étaient alors les conseillers
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intimes. Ils avaient montré Tun et l'autre du courage et du dévouement pendant la révolution ; c'étaient des patriotes de vieille roche. Avant et après le diner, nous nous amusâmes à faire l'inventaire du cabinet de M. de Chantelauze, dans lequel rien n'avait encore été changé. Un portefeuille de ministre frappe mes yeux, et je demande ce qu'il contient, parce qu'il est fermé à clef. La clef ne se trouvait pas. Je propose de le . faire ouvrir par un serrurier, mais Dupont, par un louable scrupule de probité, hésite à en faire donner l'ordre. Nous le rassurons, et nous lui démontrons que tous les papiers du ministère sont en sa possession au même titre qu'ils étaient en la possession de M. de Chantelauze. Le portefeuille est ouvert, et nous y trouvons les originaux des funestes ou plutôt des heureuses ordonnances du u5 juillet, signées par tous les ministres de Charles X. Cçs ordonnances étaient accompagnées du rapport qui les motivait, écrit d'une main- autre que celle dés ministres signataires, mais qui ne paraissait pas pourtant être celle d'un commis. Le portafeuille contenait aussi quelques lettres de famille insignifiantes. Il fut dressé procès-verbal de tout son contenu, et ces pièces originales ont depuis joué un grand rôle dans le procès
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des ministres. Si on les eût soustraites, ils auraient pu soutenir avec quelque apparence de vérité, que les ordonnances n'avaient ja-< mais été signées par eux.
ffCharlesX était toujours àRaii|ibouillét,d'où il avait écrit poiir demander des commissaires^ afin de lui servir de sauvegarde et l'accompagner jusqu'à Cherbourg. Il avait en même tenips adressé la lettre suivante au duc d'Orléans:
« Rambouillet y ce a août i83o.
a Mon cousin, je suis trop profondément « peiné des maux qui affligent ou pourraient « menacer mes peuples, pour n'avoir pas cher* « ché un moyen de les prévenir. J'ai donc pris la «c résolution d'abdiquer la couronne en faveiœ « de mon petit-fils le duc de Bordeaux.
« Le Dauphin, qui partage mes sentiments, a renonce aussi à ses droits en faveur de son « neveu.
« Vous avez donc , en votre qualité de Lieuce tenant-général du royaume, à faire proclamer (K l'avènement de Henri V à la couronne. Vous a prendrez d'ailleurs toutes les mesures qui « vous concernent pour régler les formes du « gouvernement pendant la minorité du nou- « veau Roi. Ici je me borne à faire çouuaître ce ces dispositions ; c'est un moyen d'éviter en-
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«core bien des maux. Vous communiquerez « mes intentions au corps diplomatique , et tous « me ferez connaître le plus tôt possible la pro- « çlamation par laquelle mon petit-fils sera « reconnu Roi sous le nom de Henri V.
«Je charge le lieutenant- général comte de « Foissac-Latour de vous remettre cette lettre. « H a ordre de s'entendre avec vous pour les « arrangements à prendre en faveur des perte sonnes qui m'ont accompagné, ainsi que pour « les arrangements convenables en ce qui u?e (f concerne et le reste de ma famille,
«Nous réglerons ensuite les autres i:ftesuresqui «serontja conséquence du changement de règne.
« Je vous renouvelle, mon cousin f l'assu- «rance des sentiments avec lesquels je suis « votre affectionné cousin
« CHARLES