‹ Souvenirs historiques sur la révolution de 1830Chapitre 5 sur 18 · DISPOSITIONS PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS PARTICULIÈRES

a Toutes les nominations et créations nou- « velles de pairs , faites sous le règne du Roi a Charles X , sont déclarées nulles et non aveff nues.

« L'article ^7 de la Charte sera soumis à un «nouvel examen dans la session de i83i.

« La Chambre des députés déclare , troisiè- « mement, qu'il est nécessaire de pourvoir suc- « cessivement , par des lois séparées, et dans le « plus court délai possible , aux objets qui suicc vent :

« I® L'application du jury aux délits de la « presse et aux délits politiques ;

« 2^ La responsabilité des ministres et des « autres agents du pouvoir;

Sgo R^voLTJTioif DE i83q.

« Rempli de souvenirs qui m ^avaient tou- « jours fait désirer de n'être jamais destiné à « monter sur le trône, exempt d'ambition, et « habitué à la vie paisible que je menais dans « ma famille , je ne puis vous cacher tous les a sentiments qui agitent mon cœur dans cette « grande conjoncture; mais il en est un qui les « domine tous, c'est Taraour de mon pays; je tf sens ce qu'il me prescrit, et je le ferai. »

a Cette réponse était parfaitement convenable; elle fut prononcée avec une émotion réelle, et, en la terminant, le Prince se précipita dans les bras de Laffitte. L'enthousiasme était universel. Les cris, encore anticipés, de vwe le Roil vzVe la Reine î vive la Famille rojraleî se firent entendre de toutes parts. Ces instants d'espoir, peut-être d'illusion, sont au nombre des plus beaux de ma vie. Le bonheur de la France me semblait à jamais assuré , et j'étais assez heureux pour y avoir puissam-. ment concouru. Mon peu de goût pour tout ce qui ressemble à de l'éclat ne me laissait pourtant pas insensible à ce qu'il pouvait y avoir de gloire à trouver mon nom indissotu-» blement lié à de si grands événements.

a Le soir, une illumination spontanée, et la plus générale que l'on ait jamais vue , inonda pour ainsi dire la ville de clarté. Des drapeaux.

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dès emblèmes, des devises exprimaient l'allégresse des citoyens. Toutes les haines semblaieilt oubliées, toutes les opinions confondues. Ceux qui la veille encorç exprimaient leur mécontentement, cédaient à un entraînement irrésistible. Aucune force armée n'était chargée de maintenir l'ordre, et sur aucun point le besoiti ne s'en faisait sentir. Pourquoi de tels moments n'ont-ils pas duré toujours? a A dix heures du soir la Chambre des pairs, qu'on n'avait pas appelée a délibérer sur la nouvelle Charte, et à qui l'on n'avait fait en quelque sorte qu'une simple communication de politesse, mais qui cependant ne voulait pas rester étrangère à ce grand acte politique, vint à son tour au Palais-Royal apporter son adhésion. Pour n'avoir pas été demandée, cette adhésion n'en fut pas moins bien reçue. La Chambre évitait de s'expliquer sur la disposition relative aux pairs du règne de Charles X, et elle déclarait s'en rapporter à cet égard à la haute prudence du Prince Lieutenant-général. Par cela même elle prouvait qu'elle eût dû rester en dehors d'une discussion que la force des choses avait dévolue à la Chambre des députés. S'il en eût été autrement, elle ne fût pas restée indifférente , au moins en apparence, à la mutilation dont elle était l'objet,

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et il eût été de son deVoir d'exprimer une opinion sur ce point. Peut-être y a-t-il eu quelque légèreté à faire une communication qui n'avait pas été délibérée par la Chambre des députés. Si on ne l'eût pas faite , beaucoup, d'embarras eussent été évités lors de la discussion défini-^ tive des articles relatifs à la pairie.

« Le discours que prononça M. Pasquier, en sa qualité de président de la Chambre des pairs, est adroitement rédigé. Le voici :

a Monseigneur ,

« La Chambre des pairs vient présenter à « Votre Altesse Royale l'acte qui doit assurer a nos destinées. Vous avez autrefois défendu a les armes à la main nos libertés encore nou* « velles et inexpérimentées; aujourd'hui vous (c allez; les consacrer par les institutions et les ce lois. Votre haute raison, vos penchants, le « souvenir de votre vie entière , nous promette tent un Roi citoyen. Cette noble famille que •« nous voyons autour de vous, élevée dans (c l'amour de la patrie, de la justice et de la a vérité , assurera à nos enfants la paisible jouis- « sance de cette Charte que vous allez jurer, « et les bienfaits d'un gouvernement à la fois ce stable et libre. »

RÉVOLUTION DE 1 83o. SgS

a Le duc d'Orléans fit la réponse suivante :

« Messieurs ,

« En me présentant cette déclaration vous « me témoignez une confiance qui me touche <c profondément. Attaché de conviction aux •c principes constitutionnels , je ne désire rien « tant que la bonne intelligence des deux <c Chambres. Je vous remercie de me donner « le droit d'y compter. Vous m'imposez une « grande tâche; je m'efforcerai de m'en monte trer digne. »

(c La journée du dimanche 8 août ne fut signalée par aucun événement politique. Tout le monde était dans l'ivresse, et semblait se reposer du grand enfantement qui venait d'avoir lieu. On se préparait d'ailleurs à la fête du lendemain.

<c Des députatîous commençaient aussi à arriver de tous les points où l'on pouvait déjà connaître ce que nous avions fait, et elles étaient unanimes dans leur assentiment. Les partisans même du régime déchu , reconnaissant toute l'étendue des fautes commises par leurs chefs, confessaient leur incapacité, convenaient qu'ils avaient mérité leur sort, et se soumettaient sans murmurer au parti qui avait

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été pris. Ils faisaient plus, ils avouaient que ce parti était le meilleur que l'on pût prendre. Il est vrai qu'un moment ils avaient craint la république, ce qui leur faisait trouver bon d'avoir un Roi, quel qu'il fut. Us espéraient d'ailleurs rencontrer en lui de la sympathie pour eux, et la suite n'a que trop prouvé qu'ils ne se trompaient pas complètement. Mais ils n'ont pas tardé à se montrer trop exigeants, et ont ainsi forcé d'être sévèreà leur égard. Devenus mécontents y ils ont bientôt changé de langage, et conçu de coupables espérances. S'ils avaient été plus adroits ou plus patients, ils auraient facilement atteint leur but, celui d'être les hommes les plus influents de la nouvelle cour; car non-seulement Louis-Philippe tenait beaucoup à les rallier, mais il voyait en eux ses appuis naturels. Le Roi regarde ce qu'il appelle les hautes classes, comme destinées à soutenir son trône, et cette manière de voir a causé la plus grande partie de ses fautes. Il a trop tôt oublié que son trône est un véritable trône populaire, c'est-à-dire un trône établi au nom du peuple et par le peuple, et que le peuple seul peut lui donner de la force et de la durée.

(( Notre révolution était un objet d'étonnement et d'admiration pour les peuples étrangers. Plusieurs même étaient tentés de nous

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suivre dans la carrière que nous venions d'ouvrir. Les souverains éprouvaient une terreur qui eût été salutaire, si on avait su la mettre à profit. 11 n'était pas nécessaire de leur faire la guerre, il suffisait de la leur faire craindre, pour nous replacer en Europe dans la situation prépondérante que la restauration nous avait fait perdre. En sachant user des circonstances, nous nous établissions sur un pied tellement respectable , qu'aucun effort n'eût pu nous empêcher de nous y maintenir.

« Quelques mois s'étaient à peine écoulés, et tout ce que cette position avait de force et de grandeur était disparu. Les doctrinaires, en essayant de nous ramener à la Charte de i8i4, avaient semé la défiance et amorti l'élan patriotique. Le réseau de la diplomatie nous environnait d'ailleurs de toutes parts, et s'occupait sans cesse à restreindre notre influence extérieure. Au mois d'août i83o, l'Europe tremblait devant nous. Elle, eût payé de tous les sacrifices qu'il nous eût plu de lui imposer le repos dont il dépendait de nous de la priver. Aujourd'hui elle nous méprise, elle nous intime ses ordres, et nous sommes trop heureux de lui obéir. Ne sommeë-nous plus Français ?

« Pendant que tout se préparait pour l'avénement d'un nouveau Roi , Charles X poursui-

icfCy KÉVOLUTION DE f 83o.

vait lentement son voyage, et à peine songeaiton encore à lui. Sa lenteur était calculée; elle avait pour motif Tespoir de voir naître quelques soulèvements en sa faveur. Cet espoir fut complètement trompé , et, si des soulèvements avaient pu avoir lieu, c'était contre le monarque déchu qu'on les aurait dirigés. Lorsqu'il fut convaincu qu'une froide et stérile indifférence était le sentiment le plus favorable qu'il pût espérer des populations qu'il traversait, il se décida, en 'prenant la poste, à hâter son arrivée à Cherbourg. On évita soigneusement dans ce voyage le séjour ou même la traversée de trop grandes villes. La l'indignation publique étant plus vivement excitée, on aurait craint de ne pas être suffisamment maître des ressentiments populaires.

a Dans le cours de ce triste voyage, l'exfamille royale recevait et lisait avec beaucoup d'empressement les journaux de Paris. Je tiens de M. d'André, alors colonel de la gendarmerie (les chasses, qui ne quitta son ancien souverain qu'à Cherbourg, que, lorsque le journal où se trouvait ma proposition arriva, la duchesse d'Angouléme, après l'avoir lue à haute voix, ajouta en parlant de moi : « Celui-là du « moins, nous n'avons pas de reproches à lui « faire. Il ne nous a jamais rien demandé, et

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« peut-être même a-t-il eu à se plaindre de (( nous. » Elle se trompait , if n'y avait pas plus d'inimitié que d'intérêt dans la conduite que je venais de tenir. Si j'avais pu penser que le maintien de l'ancienne dynastie valait mieux pour le bonheur du pays que l'établissement d'une dynastie nouvelle, je n'aurais pas hésité à en faire la proposition.

« Le même, M. d'André me dit que la famille de Charles X, et ceux qui l'accompagnaient, étaient convaincus que la révolution qui venait d'éclater était le résultat d'une vaste conspiration , tramée de longue main , et à la tête de laquelle était. le duc d'Orléans. Cette opinion ayant été partagée par un grand nombre de personnes en France, il est convenable de la détruire. Il se peut qu'il y ait eu, et je suis même persuadé qu'il y avait beaucoup de gens qui regardaient comme une chose heureuse la possibilité de l'avènement du duc d'Orléans au trône de France ; mais j'ai la certitude qu'ils se bornaient à former des vœux, ou tout au plus à exprimer des désirs à cet égard. Le duc d'Orléans, retenu par des liens de famille qu'il hésitait même à rompre le 3i juillet, lorsque le peuple avait non seulement prononcé, mais effectué la déchéance de Charles X, ne les aurait jamais brisés volontairement. Il n'a pas

SgS RiivotuTioN DE i83o.

d'ailleurs en lui, il faut en convenir, cette décision d'esprit, cette force de volonté qui font concevoir et accomplir de tels desseins ; et l'on me démontrerait qu'il existait une conspiration organisée en faveur du duc d^Orléans, que je dirais encore qu'elle a été sans aucune influence sur larévolutlon de juillet. Le crime d'un gouvernement qui voulait détruire d'un seul coup les libertés qu'il avait juré de respecter, la colère du peuple qui a puni un manque de foi , voilà les causes réelles , immédiates de la révolution. Sans doute il existait, et depuis long-temps, ce que les médecins appellent des prédispositions, mais elles étaient loin d'être suffisantes pour déterminer la crise, et le gouvernement de Charles X ne serait probablement pas au fond de l'abîme s'il ne s'y fût pas lui-même précipité.

cf Une seconde semaine s'est à peine écoulée depuis le jour où la révolution a éclaté, et déjà l'on peut la regarder comme terminée. Quelles que soient les fautes commises depuis cette époque, lorsque l'impartiale histoire jugera les grands événements dont je viens de raconter une partie, elle trouvera que, s'il y a eu quelque bonheur, il y a eu peut-être aussi quelque habileté à circonscrire dans un aussi court espace les perturbations que pouvaient

RÉVOLUTION DE l83o. SqQ

entraîner avec eux les immenses changements dont nous étions à la fois les acteurs et le^ témoins.

«cNous allons proclamer le Roi. A dater d'aujourd'hui, nous rentrons dans un ordre de choses légal et régulier. Les dissentiments sont calmés, les haines sont assoupies, et il ne tient qu'à ceux qui vont nous gouverner qu'elles soient tout- à-fait éteintes. Jarnais aurore de bonheur ne s'est levée plus brillante sur l'horizon d'un grand peuple. Si des nuages viennent en troubler la sérénité, si plus tard des orages éclatent, c'est aux erreurs, aux fautes, et peut-être même aux crimes de ceux à qui l'on aura confié le pouvoir, qu'il faudra l'attribuer.

« La ville de Paris est à la fois tranquille et animée. Dès le matin chacun semble se préparer pour une fête; et véritablement c'en est une pour la population qu'un événement qui assure sa tranquillité. Le duc d'Orléans ne doit se rendre à la Chambre des députés qu'à deux heures, et avant neuf heures une foule immense en obstrue déjà tous les abords. A midi les personnes assez heureuses pour avoir des billets arrivent, et sont placées dans le petit nombre de tribunes destinées à ce public de choix. Les autres tribunes sont réservées pour

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la famille du duc d'Orléans , pour le corps diplomatique, et pour quelques autorités. Les dames, qui sont en général fort élégantes, et parmi lesquelles il s'en trouve d'une beauté remarquable, occupent en majorité les tribunes. Les couloirs à droite et à gauche du bureau sont transformés en amphithéâtres, afin de placer quelques personnes de plus.

a Vers une heure les députés coipmencent à arriver. Labbey de Pompières, Benjamin Constant, Salverte et moi, nous sommes des premiers. Lafayette, Laffitte, Marchai, Audry de Puyraveau , et une foule d'autres membres de l'ancienne opposition , arrivent successivement. Les députés des centres, et surtout ceux de la droite , sont moins zélés. Parmi ces derniers, je suis étonné d'en voir, tels que Pasde-Beaulieu et d'autres encore, qui me senablaieut avoir donné leur démission en refusant de prendre part à nos délibérations. Jacquinot Pampelune, Martignac, Berryer se trouvent dans nos rangs. Il est vrai que la partie droite de la salle a été réservée pour placer les pairs- Les députés sont au nombre d'environ 3oo.

a Les pairs de France, encore étourdis de leur récente mutilation, sont proportionnelleno^'^^ moins nombreux. J'en compte au moment u^ l'ouverture de la séance environ 80, en confi-

nivoLUTiONf DE i83o. 4oi

prenant ceux qui par suite de leurs fonctions se trouvent placés sur les marches du trône. Parmi les pairs présents je remarque MM. d'Alligre^ d'Ambrugeac, Belliard^ de Broglie, de Castellane, deCastries,Chaptal^ Chollet, Claparéde^ Mollien, Montalivet, Montebello, de Mon ville, de Pontécoulant, Portai, Portalis, Roy, Saint-Aulaire, Sîméon, Soûles, Talley* rand, La Tréraouille. Je cherche M. de Chateaubriand sans l'apercevoii*. Quelques pairs sont en petit costume. Tous les députés , sans . exception , sont en habit de ville.

<c La tribune ainsi que les bureaux du président et des secrétaires de la Chambre ont été remplacés par une estrade sur laquelle se trouvent un fauteuil de velours rouge et quelques pliants de la même étoffe. Deux tables, recouvertes aussi de velours rouge , sont à droite et à gauche. Sur l'une on voit une écritoire et des plumes , qui vont servir à signer rengagement que contracte le duc d'Orléans de rendre la France heureuse. Sur l'autre sont les insignes de la royauté, la couronne, le sceptre, l'épée et la main de justice. Un dais de velours rouge, garni. de crépines d'or et surmonté de plumes blanches, s'élève audessus de ce trône modeste, que de nom-

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breux drapeaux tricolores ombragent de tautes parts.

« La duchesse d'Orléans entre dans sa tri* bune avec ses enfants , si l^riliants de jeunesse et si riches d'avenir. Elle est niise simplement, et paraît profondément émue des vives acclamations dont elle est l'objet.

N Des salves d'artillerie annoncent la prochaine arrivée du Prince , qui doit entrer dans Tenceinte de la Chambre duc d'Orléans, et en sortir Roi. Une députation de vingt membres va le recevoir à la porte du palais de la Chambre. Des airs patriotiques retentissent, et, à Finstant de^son entrée, le Prince est accueilli par d'universels cris de Vive le duc d'Orléans! Fwe le Roi! Il monte sur l'estrade, salue à plusieurs reprises l'assemblée, et s'assied, ainsi que le duc de Chartres, qui est à sa droite, et le duc de Nemours, qui est à sa gauche, sur des pliants placés en avant do trône. Les maréchaux Oudinot, Mortier, Macdonald et Molitor prennent sur la table les insignes qui y ont été déposés. Les ministres, savoir le maréchal Jourdan , commissaire aux affaires étrangères, Je général Gérard, de la guerre, Dupont de l'Eure, de la justice, Guizot, de l'intérieur, Bignon, de l'instriiction publique, et Louis, des finances, les quatre

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derniers en habit de ville, se placent des deux côtés du trône. Athalin , Rumigny, Heymès, Duraas,etc.,aides-de-cainp dû Prince, se tiennent debout derrière.

«Je ne puis mieux faire encore que d'emprunter au Moniteur le procès-verbal authentique de cette auguste cérémonie. Le voici :

« L'an mil-huit-cent-trente, le 9 août, Mes- « sieurs les pairs et Messieurs les députés, <( étant réunis au palais de la Chambre des « députés, sur la convocation de Mpuseigneur « Louis - Philippe d'Orléans , dUc d'Orléans , « Lieutenant-général du royaume; son Altesàe ce Royale est entrée suivie deLL. AA. RR. les ducs « de Chartres et de Nemours, et des officiers « de sa maison , et s'est rendue à la place qui a lui était destinée sur l'estrade en avant du « trône.

<c Les pairs et les députés étaient debout et <c découverts. Son Altesse Royale ayant pris «( séance^ Monseigneur a dit aux pairs et aux «députés : Messieurs, asseyez-vous.

<c S'adressant ensuite à Monsieur le Président (R de la Chambre des députés , Monseigneur « lui a dit :

« Monsieur le Président de la Chambre des <c députés , veuillez lire la déclaration de la <c Chambre.

4o4 R^VOLUTlOir DM i83o.

« Monsieur le Président en a donné lecture, « et Ta portée à son Altesse Royale, qui Ta re- « mise à M. le Commissaire provisoire chargé « du département de Tintérieur.

ce S'adressant également à M. le Président de « la Chambre des pairs : M. le Président de la « Chambre des pairs , veuillez me remettre « Facte d'adhésion de la Chambre des pairs.

« Ce que M. le Président a fait , et il a remis « l'expédition entre les mains de Monseigneur, « qui en a chargé M. le Commissaire provi- « soire au département de la justice.

« Alors Monseigneur a lu son acceptation, « ainsi conçue :

ce Messieurs les pairs et Messieurs les dé- (c pûtes ^

«J'ai lu avec une grande attention la dé- « claration de la Chambre des députés et l'acte « d'adhésion de la Chambre des pairs. J'en ai •c pesé et médité toutes les expressions.

« J'accepte sans restriction ni réserve les « clauses et engagements que renferme cette « déclaration, et le titre de Roi des Français « qu'elle me confère, et je suis prêt à en jurer K l'observation. »

« Son Altesse Royale s'est ensuite levée, et, « la tête découverte , a prêté le serment dont « la teneur suit :

.fljil*

RÉVOLUTION DE l83o. 4<>5

« En présence de Dieu, je jure d'observer « fidèlement la Charte constitutionnelle avec « les modifications exprimées dans la déclara- « tion, de ne gouverner que par les lois et a selon les lois, de rendre bonne et exacte jus- « tice à chacun selon son droit, et d'agir en <c toutes choses dans la seule Yue de l'intérêt, du (^bonheur et de la gloire du peuple francc cais. »

« M. le Commissaire provisoire au dépar- (c tement de la justice a ensuite présenté la ce plume à Son Altesse Royale, qui. a signé le i< présent, en trois originaux, pour rester dé- « posés aux archives royales , et dans celles de <c la Chambre des pairs et de la Chambre des « députés.

.<c S. M. Louis-Philippe I«', Roi des Français, « s'est alors placée sur le trône , où elle a été «f saluée par les cris mille fois répétés de ^fVe « le Roi!

« Le silence s'étant établi , sa Majesté à « prononcé le discours suivant ;

(c Messieurs les pairs et Messieurs les députés,

« Je viens .de consommer un grand acte ; je a sens profondément toute l'étendue des de- « voirs qu'il m'impose; j'ai la conscience que « je les remplirai. C'est avec pleine convictioa

4o6 RÉVOLUTION DE l83o.

« que j ai accepté le pacte d'alliance qui m'é- <c tait proposé.

« J'aurais vivement désiré ne jamais occu- « per le trôiie , auquel le vœu national vient « de m'appeler; mais la France, attaquée dans oses libertés, voyait Tordre public en péril; a la violation de la Charte avait tout ébranlé, «il fallait rétablir Faction des lois, et c'était <r aux Chambres qu'il appartenait d'y pour- «voir. Vous l'avez fait, Messieurs; les. sages « modifications que nous venons de faire à la « Charte garantissent la sécurité de l'avenir, et « la France, je Tespère, sera heureuse au de- «dans, respectée au dehors,, et la paix de « l'Europe de plus en plus affermie. »

« M. le Commissaire provisoire au départe- « ment de la justice a ensuite invité Messieurs a les pairs et Messieurs les députés à se retirer « dans leurs Chambres respectives, où le sercc ment de fidélité au Roi, à la Charte consti- <c tutionnelle et aux lois du royaume, serait « individuellement prêté par chacun d'eux. Et « la séance a été levée.

« Fait et dressé, le présent procès- verbal, ^ « Paris, le,9 août miUhuit-cent-trente. ►

« LOUIS-PHILIPPB. »

R]£V0LUT10N DE l83o. ^O^

« Pasquier , président de la Chambre des pairs.

«Marquis de Mortemart; duc de Plai* (tsange; comte Lanjuiin^ais , secrétaires de Ik a Chambre des pairs.

« Casimir Périer , président de la Cham- « bre des députés.

a J. Laffitte , vice-président; DcpiN aîné, ff vice-président; Béni. Delessert, vice-prési* w dent ; Jacqueminot, CuNm Gridaine ^ Pavée « DE Vandoeiivre , Jars, secrétaires de la Cham- « bre des députés.

<c Dupont (de l'Eure), commissaire provi- « soire au département de la justice.

«GuizoT, commissaire provisoire au dé*- « parlement de l'intérieur. »

« Casimir Périer avait lu d'une voix forte, et tant soit peu déclamatoire/ la déclaration delà Chambre des députés. Au moment où il prononçait ces paroles :« L'intérêt universel et pressant du peuple français appelle au trône S. A. R. Philippe d'Orléans, » le Lieutenantgénéral l'interrompit en disant : Louis-Philippe. Casimir Périer , se reprenant , dit : Louis-Phi-

4o8 RISVOLI/TION DE ] 83o.

lippe d'Orléans , etc. » Cela me rappela qu'au nombre des combinaisons imaginées par les ministres doctrinaires s'était trouvé le projet de nommer le roi, soit Louis XIX, soit Philippe VII, afin de le rattacher d'une manière non interrompue à la chaîne des rois de la troisième race. On avait aperçu de graves inconvénients à cette idée bizarre, ce qui avait empêché de l'adopter; mais on n'avait cependant pas voulu la rejeter d'une manière complète; ainsi qu'on l'eût fait en adoptant la dénomination de Philippe I®^ ou de Louis V^- C'est ce qui avait fait préférer le nom de Louis- Philippe, qui, n'ayant pas de précédents dans l'histoire, ne faisait pas obstacle à ce que Ion revînt tôt ou tard à cet étrange projet. On assurait que ce désir de légitimité émanait de la pensée même du Roi; mais j'avoue que je ne pouvais le croire. J'aimais bien mieux supposer que cette dégoûtante flatterie était l'ouvrage de quelques courtisans empressés, qui? ayant été à diverses reprises les plats valets du régime précédent, se montraient conséquents en voulant que celui-ci en fut la continuation.

« La cérémonie terminée , le Roi sortit en

donnant de nombreuses poignées de niam aux députés, aux pairs et aux citoyens, don

RÉVOLUTION DE l83o. 4^9

il traversait la foule pour rejoindre son cortège. J'ai blâmé les poignées demain du Lieutenant-général le 3i juillet i83o. Je n'approuve pas davantage celles du Roi le 9 août. Ce n'est pas, je m'empresse de le dire, par un sentiment monarchique, ou par suite d'une idée exagérée de la dignité royale , que je repousse ce signe de familiarité ; c'est parce qu'il est l'expression de quelque chose de faux. Il semble indiquer un acte d'égalité qui n'est , et ne peut être, ni dan^ la pensée de celui qui donne la main , ni dans celle de celui qui la reçoit.

a La Reine sortit immédiatement après le Roi. Elle s'arrêta quelques instants dans la salle des Conférences, où elle adressa à diverses personnes des paroles de bienveillance et de bonté. Elle a en général dans toutes ses actions une -dignité affectueuse dont la convenance est parfaite.

<c Un billet signé par l'un des aides-de-camp du Roi m'avait prévenu le matin que j'étais .invité à dîner au Palais-Royal. J'y arrivai un peu tard , et au moment où l'on allait se mettre à table. Je me glissai, sans pour ainsi dire être aperçu , dans les rangs des nombreux convives. Les principaux acteurs de la révolution assistaient à ce repas, qui n'eut de royal que

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sa magnificence ; chacun était à son aise comme s'il eût été chez son égal; et cependant , il faut qu'on le sache , personne ne s'écartait des bornes d'une respectueuse familiarité. Cette royauté vraiment citoyenne, du moins dans les formes, n'a pas duré long-temps. Ceux qui par état se trouvaient le plus habituellement auprès du Roi ne se sont pas souciés que leur privilège fût partagé par un trop grand nom* bre de personnes, et ils ont poussé à l'éta* blissemeut d'une espèce de cour. Le Roi n'a pas tardé à se trouver plus ou moins isolé des simples citoyens, et, peu à peu, il n'a plus connu leurs besoins , il a oublié leurs désirs ; et, en un mot, il est devenu un roi comme un autre.

« Je n'avais parlé ni au Roi ni à la Reine, et je n'en cherchais pas l'occasion, lorsque, après dîner, me promenant sur la terrasse qui sépare la cour du Palais-Royal du jardin, je fus rencontré par le Roi. 11 vint à moi de l'air le plus affable , et, après quelques mots d'une politesse bienveillante, il ajouta :«c M. Rérard, a je n'oublierai jamais à quel point vous con- « naissez le prix des instants. Dans deux circon- « stances bien importantes, vous avez vu le pre- «mier ce qu'il fallait faire, et le premier vous « l'avez fait. — Sire , lui répondis-je, quand on

RiVOLUTION DE l83o. 4^^

ce est inspiré par Tintérét de son pays , on se « trompe rarement, et l'on est toujours pressé a d'atteindre son but. Celui auquel nous soni- « mes arrivés recevra l'approbation de !a France ce entière. x> Le Roi me demanda ensuite si je connaissais la Reine, ou si je l'avais déjà vue, et, sur ma réponse négative, il courut à quelques pas , la prit par la main , et l'amena de mon côté : « Je te présente , lui dit- il , l'homme «qui nous a rendu tant de services, et à qui a nous avons de si grandes obligations.» La Reine m'adressant quelques mots obligeants : « Je ce suis heureux, lui répliquai-je, que ce qui mécc ri tait mon respect et mon affection se soit <c trouvé d'accord avec les intérêts de la France, ce S'ils eussent exigé autre chose , j'aurais fait ce autrement.» Cette franchise, peut-être un peu brusque, fut très-bien prise, et me valut de nouveaux compliments. J'en reçus aussi du duc de Chartres et de Madame Adélaïde.

J'étais alors un homme considérable, à qui l'on avouait hautement que l'on devait quelque reconnaissance, dont on ne croyait jamais pouvoir dire assez de bien. Ma faveur , pour employer le langage des courtisans , était telle, qu'elle semblait exciter leur envie , et je con-^ çus pendant cette soirée ce que doit être, pour les hommes qui en sont susceptibles , l'enivre-^

4ld RÉVOLUTION l>E l83o.

ment des cours. Je ne fus pas séduit toutefois , et, dès que la bienséance le permit, je me retirai avec la ferme résolution de ne rien faire pour cultiver une faveur que tant d'autres auraient achetée volontiers au prix de leur indépendance, et qui jamais n'eut la plus légère influence sur la mienne.

« A l'exception de quelques députations de mon département, que je ne pus pas me dispenser de présenter , je ne retournai au Palais- Royal que, lorsqu'une fonction importante m'ayant été confiée, ce fut un devoir pour moi d'exprimer ma reconnaissance et d'entretenir des relations avec le chef de l'Etat.

« Voilà, ma bonne amie, le second grand acte de ma conduite politique dans la révolution de j83o/ Je n'ai rien dissimulé, je n'ai rien ajouté i j'ai écrit aujourd'hui comme j'aurais écrit au moment oti je t'adressais ma première lettre. Seulement, je n'ai pas dû m'interdire des réflexions qui sortaient en quelque sorte malgré moi de mon sujet. Elles sont quelquefois sévères, mais elles ne sont jamais hostiles. Je pense que l'on aurait pu tirer un meilleur parti de l'édifice que nous avons construit; mais je n'ai pas cessé de penser que nous avons fait en juillet et en août iSSo ce que l'on pouvait faire de mieux, ce qu'il y

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avait de plus convenable dans les intérêts du pays; et, si je me retrouvais dans des circon» stances exactement semblables , dût-on m'accuser d'un opiniâtre aveuglement, je ferais encore ce que j'ai fait. Seulement, je l'avoue, je croirais devoir prendre plus de précautions pour l'avenir. »

J 'aurais pu joindre à m'a relation beaucoup de pièces plus ou moins curieuses, qui toutes doivent leur origine à la révolution de i83o. Je me suis borné à celles qui ont le rapport le glus direct avec ce que j'ai écrit, et qui en forment pour ainsi dire le complément. Ces pièces sont peu nombreuses , mais deux surtout sont d'une grande importance. La première est le texte même des procèsverbaux de celles des séances de la réunion des députés auxquelles M. D. de La Garde , secrétaire rédacteur de la chambre, a été admis. Ce jeune fonctionnaire était venu dès le jeudi matin nous offrir ses services avec le dévoùment le plus patriotique. Ces procès-verbaux ne sont pas aussi détaillés qu on pourrait le désirer, mais dans les moments qulls retracent, on ne s'amusait ni à improviser, ni à rédiger des phrases. Quels qu ils soient , ce sont des documents originaux , et par cela même trèsprécieux.

I 4 18 PliCRS JUSTIFICATIVES.

La seconde pièce que j*ai indiquée, est la rédaction faite par MM. de Broglie et Guizot du ' projet de proposition que j'avais communiqué à

I Dupont de TEure et à Laffiitte, le 4 août au matin,

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