‹ Souvenirs intimes d'un lancier de la garde imperialeChapitre 16 sur 36 · SOUVEÎSIIRS INTIMES D'UN LANCIER · texte numérisé non relu

SOUVEÎSIIRS INTIMES D'UN LANCIER

rais dû voir des Prussiens. Il était cependant difficile d'en voir où il nV en avait pas.

Hélas! tout n'était pas fini pour moi et le plus difficile était d'aller rapporter l'étui sans lorgnette au capitaine qui, justement, avait la vue très basse, et pour lequel elle était un objet de première nécessité. Il entra d'abord dans une violente colère, en apprenant l'accident arrivé à son télescope; mais comme cela n'aboutissait à rien, il finit par se calmer, et la chose en resta là. Seulement je me promis de la lui remplacer à la première occasion. Je ne pouvais, du reste, pas mieux faire.

Le combat de Borny finit avec le jour, c'est-àdire vers huit heures et demie du soir. C'était, par le fait, une victoire pour nous, car nous n'avions pas abandonné nos positions et nous avions fait perdre surtout par le feu des mitrailleuses beaucoup de monde à l'ennemi. Cependant nous n'avions pas empêché la plus grande partie de l'armée allemande de passer la Moselle, et notre ligne de retraite sur Châlons se trouvait ainsi bien compromise. On peutpenser aussi que si l'ennemi mieux avisé avait fait donner à Borny le gros de ses forces et commencé plus tôt l'action, il pouvait espérer, vu notre infériorité numérique et le mauvais état des forts, nous rejeter dans Metz et

probablement s'emparer ce soir-là au moins du fort Saint-Julien.

Le maréchal Bazaine, qui, depuis la veille, avait reçu de l'Empereur le commandement en chef, laissa une division pour garder nos positions et s'occupa, pendant celte nuit du 1 4 , à faire traverser Metz à toute l'armée pour la reporter sur la rive gauche de la Moselle. Ce mouvement était du reste en train de se faire lorsque nous fûmes attaqués à 4 heures à Borny.

Vers minuit notre tour arriva de nous mettre en route pour rentrer dans Metz. Cette nuit est peut-être la plus pénible quej'aie passée de la campagne. Tous les dix pas, on s'arrêtait pour laisser passer soit une charrette remplie de blessés qui, entassés sur de la paille, poussaient des cris affreux à chaque cahot de la voiture, soit des files énormes de cacolets portant aussi des blessés, ou enfin des colonnes d'infanterie escortant des transports et des bagages de toute espèce.

Tout cela s'acheminant sans bruit vers la ville, au milieu d'une nuit assez noire, avait quelque chose de triste et de terrible. Une fois entré en ville parla porte des Allemands, il fallut marcher en colonne par un, tellement les rues étaient encombrées de toutes espèces de choses. Toutes les fenêtres des maisons étaient closes, celles des

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