SOUVENIRS INTIMES D'UN L'ANCIER
hôpitaux exceptées ; à-la clarté des lumières des rez-de-chaussée on apercevait les blessés qu'on avait étendus jusque dans les corridors, et au milieu de tout cela les chirurgiens circulant le tablier blanc au cou. Ah ! c'est une chose horrible que la nuit qui suit une bataille et il faut l'avoir vue pour s'en faire une idée.
Nous mîmes tout le reste de la nuit à traverser la ville. Vers 4 heures nous étions tellement fatigués que nous dormions à cheval. Pour mon compte, j'allai butter contre une voiture du train et la douleur seule me réveilla. A 6 heures nous arrivâmes au Ban- Saint-Martin où l'on fit halte. On mit les chevaux à la corde sous les grands arbres qui bordent le chemin de fer, mais avec défense de desseller sous prétexte qu'on allait partir dans une heure. On fit la soupe, mais on ne repartit que trois ou quatre heures après.
Un peu avant de remonter à cheval, nous vîmes passer, sur la route de Longeville et se dirigeant vers Metz, une douzaine de Prussiens faits prisonniers le matin par une reconnaissance. Ils étaient conduits par des gardes nationaux. Ces hommes appartenaient à la cavalerie et à l'infanterie. Leur attitude était loin de présenter le moindre abattement, et c'est d'un air très crâne qu'ils marchaient en lançant d'énormes bouffées
de tabac de leurs grosses pipes de porcelaine.
En quittant le Ban-Saint-Martin, nous traversâmes Longeville-les-Metz, et nous fûmes croisés par un brancard sur lequel on portait le colonel Ardant du Picq, du 10^ de ligne, dont la troupe avait été surprise au bivouac par une grêle d'obus prussiens. La maison occupée par l'Empereur et le Prince impérial avait même été touchée. Ce malheureux colonel devait être très grièvement blessé, car sa ligure décomposée annonçait l'approche de la mort. Il devait du reste succomber quelques jours après à l'hôpital de Metz.
Après avoir passé Longeville, la route devient subitement une montée assez rapide qui aboutit au plateau appelé le Point-du-Jour. Rien n'était beau comme toute cette armée, infanterie, cavalerie et artillerie, serpentant le long des flancs de la montagne et ayant à ses pieds la plaine et la ville de Metz. Sur notre droite, mais de l'autre côté de la vallée, le fort Saint-Quentin, perché comme un nid d'aigle, semblait commander fièrement les alentours.
Une partie de la Garde, infanterie et cavalerie, resta au Point-du-Jour, non loin du bois des Génivaux et s'y établit au bivouac. Notre brigade continua sa route et descendit par une pente très