SOCIVENIRS INTIMES D'UN LANCIER
que l'armistice avait laissés pour composer l'armée de Paris étaient répartis en quatre divisions sous les ordres des généraux Susbielle, Faron, Barry et de Maud'huy . Ces divisions devaient agir simultanément et, tandis qu'on occuperait les boulevards et les lignes stratégiques, enlever les parcs et les arsenaux établis dans Paris sur dixsept points différents.
Le général Susbielle, ayant sous ses' ordres les brigades Lecomte et Paturel, devait enlever Montmartre, le mont Aveyitin de la Révolution, comme l'appelaient pompeusement les orateurs de clubs, et le général Faron s'emparer de Belleville avec le général de La Mariouse.
Le matin du 18 mars, à la pointe du jour, les troupes commençaient leurs opérations. Tout alla bien d'abord, les gardes nationaux s'étant dispersés aux premiers coups de fusil; mais on sait aussi comment, faute d'attelages en quantité suffisante, la troupe du généralLecomte, qui s'était emparée des canons sans coup férir, demeura sans les emmener quatre heures l'arme au pied. Pendant ce temps, Montmartre s'éveillait, prenait les armes, faisait tirer le canon d'alarme et battre la générale. Les gardes nationaux ainsi que leurs femmes et leurs enfants entouraient alors les soldats de Lecomte, qui, jeunes, peu solides et tra-
vailles depuis longtemps, finissaient par mettre la crosse en l'air et laissaient entraîner au Château Rouge leur général que la foule prenait d'abord pour le général Vinoy.
Du côté de Belleville le général Faron avait enlevé les positions et les canons; mais, par suite de l'insuccès de Montmartre, il dut se replier sur le centre de Paris, mais en faisant bonne contenance. Pendant ce temps une partie des troupes de Lecomte (le 88^) fraternisait avec le peuple, et le général, toujours prisonnier au Château Rouge, était sommé de signer un ordre prescrivant aux troupes de se retirer.
Le 25 juin 1 848, la même proposition était faite dans une circonstance semblable à l'infortuné général Bréa. Esclave de son devoir, il précéda Lecomte dans le martyre.
A ce moment on transférait à la mairie du XYIII® arrondissement une soixantaine de gendarmes faits prisonniers. Ils devaient être fusillés plus tard comme otages avec l'archevêque, le président Bonjean et les autres victimes des communal'ds.
Le général Lecomte, refusant toujours de signer le retrait des troupes, fut conduit alors, au milieu d'outrages de toutes sortes, au n° 6 de la rue des Rosiers oii siégeait, comme on sait, de-