CHAPITRE IV
Maison de l'Impératrice. — La princesse d'Essling. — La duchesse de Bassano. — La marquise de Las Marismas. — La comtesse de Montebello. — La baronne de Pierres. — La marquise de Latour-Maubourg. — La comtesse de Lezay Marnésia. — La comtesse de Malaret. — Tableau de Winterhalter. — Madame de Sancy de Parabère. — La comtesse deLaBédoyère. — La comtesse de La Poëze. — Madame de Saulcy. — La comtesse de Rayneval. — La comtesse de Lourmel. — La baronne de Viry Cohendier. — Madame Féray d'Isly. — Pinson, le cocher des Dames. — Ma nomination de dame du Palais. — Monseigneur Darboy. — Le maréchal Vaillant. — Le duc de Bassano.
Lors de son mariage l'Empereur, s'inspirant des précédents de la cour de Napoléon Ier, songea à former la maison de l'Impératrice.
La princesse d'Essling, la bru de Masséna, fille du général Debelle, fut créée grande maîtresse. Fine et jolie avec un fort grand air quoique de petite taille, la princesse d'Essling eut pendant
toute la durée de l'Empire la plus haute situation. Très correcte elle ne sortait jamais qu'en grande voiture. Le jour du 4 septembre, à deux heures de l'après-midi, comme elle se rendait chez l'Impératrice, dans sa berline doublée de satin blanc, elle fut arrêtée par la foule qui s'amassait déjà autour des Tuileries et qui la força de rétrograder. Elle était d'un caractère à monter avec dignité sur l'échafaud, comme le firent les femmes de la cour de Marie-Antoinette.
On lui trouvait un peu de raideur au premier aspect. Mais elle était intelligente et bonne. Après la guerre, âgée et souffrante, elle ne se mêla plus guère au mouvement du monde. Mais les nombreux amis qui l'entouraient et qui lui étaient restés fidèles, témoignèrent assez des bons souvenirs qu'elle avait laissés.
La duchesse de Bassano femme du grand chambellan de l'Empereur, reçut le titre de dame d'honneur. Puis on choisit six dames du palais parmi les personnes avec qui l'Impératrice était particulièrement liée avant son mariage.
Un grand tableau peint par Winterhalter représente l'Impératrice entourée de toutes ses dames.
C'est un groupe de grandeur naturelle, dont les costumes sont démodés, aujourd'hui, mai s qui n'est pas sans grâce et où Ton retrouve avec beaucoup d'exactitude la ressemblance de toutes ces personnes belles ou jolies. Ce tableau était placé à Fontainebleau à l'entrée du salon chinois.
Les dames du palais étaient la vicomtesse Aguado, marquise de Las Marismas, dont l'exquise beauté se doublait d'une grâce et d'un charme que les années n'ont point effacés. Elle avait une des maisons les plus élégantes de Paris. Son hôtel de la rue de l'Elysée fut pendant de longues années le rendez-vous d'un monde choisi ; on y donnait des fêtes très recherchées et la plupart des princes étrangers qui venaient à Paris alors, tenaient à fréquenter cette maison où tout était réuni pour plaire.
Depuis la guerre la vicomtesse Aguado a vécu dans la retraite. Son vif attachement pour l'Impératrice n'a pu s'accommoder de plaisirs nouveaux; et puis des deuils successifs, des deuils dont rien ne saurait effacer la sombre mélancolie, sont venus voiler cette heureuse vie.
La vicomtesse Aguado était la mère de la du-
chesse de Montmorency, une délicieuse jeune femme véritablement accomplie, qui mourut à trente ans adorée de tous ceux qui vivaient près d'elle. Epuisée par de longues souffrances, aimant la vie, elle trouvait encore assez de fermeté pour soutenir le courage de ceux que sa fin douloureuse plongeait dans le désespoir.
La comtesse de Montebello, née de Villeneuve Bargemont, était petite-fille par sa mère de la duchesse de Yicence. Madame de Montebello, une des femmes les plus agréables de la cour, avait été intimement liée avec la duchesse d'Albe. L'Impératrice l'affectionnait particulièrement.
En 1860, son mari, le général de Montebello fut envoyé comme ambassadeur à Rome, où ils passèrent plusieurs années et où leur influence eut un heureux effet pendant les négociations délicates qui suivirent la guerre d'Italie. C'était une charmante ambassadrice. Elle était très aimée dans la société romaine.
Elle avait un fils, monsieur Jean de Montebello, que l'Impératrice traitait depuis son enfance avecla plus affectueuse bonté, l'invitant dans les déplacements de la cour lorsque samère était de service
el s'intéressant beaucoup à lui. Presque enfant encore, il tournait d'assez jolis vers dans lesquels il exprimait un dévouement juvénile et enthousiaste pour l'aimable souveraine qui voulait bien s'occuper de lui.
Vers la fin de l'Empire, madame de Montebello tomba sérieusement malade. Elle languissait depuis plusieurs années et elle s'éteignit jeune encore, le 7 juin 1870 à la veille de la guerre.
C'était une fervente catholique.
Un jour étant allée la voir, je trouvai chez elle un prêtre vêtu de l'habit des dominicains. Lorsqu'il se fut retiré jelui demandai qui était ce moine à la physionnomie expressive et tourmentée.
— Il a, lui dis-je en riant, des yeux brillants comme deux charbons d'enfer.
Elle se récria comme si je venais de proférer un blasphème.
— C'est un saint, me dit-elle. Il vit dans la retraite et la pénitence. Il enseigne la parole de Dieu avec une éloquence qui toucherait les anges rebelles. Je l'ai connu à Rome.
C'était le père Hyacinthe.'
L'Impératrice lui donna jusqu'à la fin de sa vie
mille preuves d'intérêt et la pleura comme une amie.
La comtesse de Lezay Marnésia, la baronne de Malaret étaient au nombre des premières dames du palais de l'Impératrice.
Madame de Malaret était une personne de fort belle taille et d'une rare élégance. Elle passa peu de temps dans la maison et suivit son mari, qui appartenait à la carrière diplomatique. Je ne l'ai jamais vue à la cour.
Il y avait aussi la marquise de Latour-Maubourg, fille du duc de Trévise ; son mari était attaché à la vénerie de l'Empereur . Il avait la taille et le beau visage des anciens preux. C'était un ménage très uni et madame de Maubourg, qui était bonne et agréable adorait son mari. On la taquinait un peu sur leur perpétuelle lune de miel.
— Que feriez-vous, lui disait-on un jour, si vous appreniez que Maubourg* vous trompe?
— J'en serais si étonnée, répondit-elle, que j'en mourrais de surprise.
Elle élevait avec infiniment de tendresse et de soin leurs deux beaux enfants, un fils et une
fille. Indépendants, bien nés, fortunés, leur vie fut pendant longtemps exempte de toute peine. Un jour que j'étais de service avec elle, on lui remit en montant l'escalier des Tuileries une dépèche qu'elle ouvrit. On lui annonçait que son père, le duc de Trévise,, qu'elle avait quitté bien portant peu auparavant, avait la petite vérole.
— C'est le premier chagrin de ma vie, me ditelle fort émue. Dieu sait tout ce qui va m'arriver maintenant.
Le duc de Trévise mourait peu de jours après à Sceaux, dans l'ancienne demeure de la duchesse du Maine qu'il avait entrepris de restaurer. Quinze jours plus tard la duchesse de Trévise, ayant gagné la petite vérole en soignant son mari, mourait à son tour.
Madame de Maubourg était encore en deuil lorsque la guerre éclata. Son fils âgé de vingt ans, un jeune homme beau comme son père, plein d'avenir, partit avec les mobiles de ]a Haute- Loire où ils avaient des terres considérables. Il fut tué dans un combat et on le lui ramena mort. Une fille charmante lui restait. Elle la maria
au comte Pierre de Kergorlay et moins d'un an après la pauvre enfant mourait en couches.
Monsieur de Latour-Maubourg, à la suite de tant de malheurs, traîna pendant de longues années une vie languissante. La douleur l'avait terrassé. Sa femme trouva le courage de le soutenir, le soignant avec un admirable dévouement. Il est mort dernièrement. La marquise de Latour-Maubourg est une femme d'une grande piété. On dit qu'elle entrera dans un couvent.
La sixième dame du palais de l'Impératrice était la baronne de Pierres, dont Je mari était premier écuyer de l'Impératrice. C'était la femme de France qui montait le mieux à cheval et pourtant la personne la plus timide que j'aie connue. Un rien la troublait. Elle avait été fort jolie et elle était parfaitement bonne et agréable.
Le service journalier était fait exclusivement par les dames du Palais; la grande maîtresse et la dame d'honneur ne s'occupaient que des présentations, des audiences et ne paraissaient que dans les cérémonies.
La princesse d'Essling réglait le service des dames pour chaque semaine.
Dans la suite, le nombre des dames du palais fut augmenté et porté à douze. L'Impératrice choisit madame de Sancy de Parabère née Lefèvre- Desnouettes, une personne éminente par l'esprit, par l'élévation du caractère, par les plus aimables qualités. Elle conservait, longtemps après la jeunesse, les agréments d'un charmant visage. L'Impératrice avait pour elle tout l'attachement que méritait cette femme d'une distinction supérieure. La comtesse de la Bédoyère pleine d'esprit et grande musicienne, avait l'éclat et la beauté ample des femmes du temps de Louis XIV. Devenue veuve en 1869, elle épousa le prince de la Moskowa. Elle était, ainsi que sa sœur, la comtesse de la Poëze, fille de la marquise de Laroche- Lambert qui fut ambassadrice à Berlin. Ces deux dames, élevées en partie à l'étranger, avaient tout à fait l'esprit des cours. Madame de Saulcy, était la femme si distinguée du spirituel membre de l'Institut. Elle vit maintenant fort retirée, toute occupée d'œuvres pieuses, enfermée dans la religion du souvenir. Puis la comtesse de Rayneval, qui ne se maria pas. Chanoinesse d'un ordre de Bavière, elle conserva longtemps une
beauté sculpturale. C'est elle qui avait posé pour la muse que l'on voit couronnant Chérubini dans le célèbre tableau d'Ingres.
La comtesse de Lourmel veuve du général tué en Crimée, était une toute petite femme sans beauté, mais non sans prétentions, qui n'avait jamais pu se défaire de ses allures provinciales. Elle avait le travers d'une jalousie féroce dans tout ce qui touchait à l'Impératrice. Elle se serait battue pour soutenir ses prérogatives. L'Impératrice la voyant assez isolée, car elle n'avait point d'enfants, peu de fortune et de relations, la traitait avec une indulgence un peu familière. La pauvre petite comtesse rêva toujours le rôle de favorite de l'Impératrice qui était fort au-dessus de ses capacités. On fut surpris un jour de la voir arriver aux Tuileries, portant une parure d'émeraudes d'une invraisemblable beauté, entourées de quelques faibles diamants. Elle inventa je ne sais quelle fable d'héritage de famille, pour expliquer cette magnificence; mais on soupçonna toujours les émeraudes de ne pas venir du Pérou, et cela valut à madame de Lourmel le surnom malicieux de la dame aux « érreraudes, » suivant la pronon-
dation assez défectueuse qu'elle avait adoptée pour parler de sa parure. Cette innocente supercherie tenait à un fond de vanité qu'il fallait peu de chose pour irriter. La comtesse de Lourmel finit fort tristement. Sa pauvre tête tourna et l'on apprit un jour qu'elle avait perdu la raison. Elle mourut vers 1868.
La baronne de Yiry-Cohendier, d'une très ancienne famille de Savoie, fut nommée dame du Palais en 1860, au moment de l'annexion. C'était une jeune femme d'une figure agréable, avec de fort beaux veux bruns. Le maréchal Vaillant, qui l'admirait beaucoup, l'abordait toujours en lui disant :
— Madame, vous me faites songer à Junon aux yeux de vache.
Cette évocation d'Homère flattait médiocrement la jolie baronne. Son mari, monsieur de Viry-Cohendier, était un grand jeune homme aussi pâle, aussi froid, aussi muet qu'elle était vive et animée. Cependant elle en était fort jalouse. Il errait mélancoliquement à travers les fêtes de la cour, ne se mêlant à aucune intimité, fort surveillé par son aimable femme, qui était
fanatique de son pays et montrait une grande susceptibilité sur tout ce qui touchait à la Savoie.
La gaze de Chambéry, ce produit un peu démodé de l'industrie savoisienne, jouait un grand rôle dans ses toilettes, mais elle n'avait pas réussi à faire partager son goût autant qu'elle l'eût souhaité. Cependant, chaque année, pour lui être agréable, l'Impératrice en faisait venir quelques pièces qu'elle distribuait autour d'elle. Après la guerre, monsieur et madame de Viry restèrent dans leur vieux château de Savoie et on ne les revit plus.
Madame Féray-d'lsly, la seconde fille du maréchal Bugeaud, fut aussi pendant un moment dame duPalai». Mais son humeur s'accordait mal, paraît-il, de la déférence due à une souveraine. Elle se rappelait avec amertume le temps où, lorsque le maréchal Bugeaud son père, était gouverneur général de l'Algérie, c'était pour sa voiture que l'on battait aux champs quand elle sortait du palais du gouvernement. Elle se laissa aller à quelques propos qu'elle put regretter et on lui fît comprendre qu'il valait mieux ne pas conserver une situation faite pour lui déplaire.
Je ne crois pas qu'elle revînt jamais aux Tuileries où le général Féray, son mari, très apprécié de l'Empereur, était cependant toujours fort bien accueilli.
A l'époque de mon arrivée auprès de l'Impératrice, la comtesse de Lezay-Marnésia,fort souffrante depuis longtemps et ne pouvant plus faire son service, pria l'Impératrice de lui permettre de se retirer. Elle resta dame honoraire et ne fut pas remplacée, quoique bien des femmes aient brigué sa succession.
Plusieurs fois l'Impératrice me fit répondre aux sollicitations qu'on lui adressait que cette place était promise.
Lorsque mon mariage fut décidé, l'Impératrice eut la bonté de me dire que ne voulant pas m'éloigner d'elle, c'était à moi qu'elle avait pensé en réservant cette situation. En effet, par un décret inséré au Moniteur le 22 avril 4866, je fus nommée dame du Palais de l'Impératrice le jour de mon mariage.
Nous faisions le service deux à la fois. Les dames du Palais n'habitaient pas les Tuileries. Pendant la semaine de service, chaque jour une
grande berline de la cour venait nous prendre. Le cocher attaché à ce service, nommé Pinson, remplissait ses fonctions avec une gravité que rien ne fléchissait. Une fois qu'il avait chargé ses deux dames, il prenait un petit trot solennel et quelle que fût l'heure ou la circonstance, nous ne pouvions jamais obtenir un train plus rapide. L'Empereur, passant un jour la revue des écuries, remarqua son ampleur et sa bonne mine.
— A quel service êtes-vous attaché? lui demanda l'Empereur.
— Pinson, cocher des dames, Sire, répondit-il d'un air navré dont l'Empereur se divertit beaucoup.
Depuis lors on nous accusa, bien à tort, de le martyriser. Pinson se considérait comme le dépositaire de notre dignité aux yeux du public; il entendait nous conduire à sa guise et il n'y avait pas dans Paris un cocher aussi esclave du décorum.
Chaque dimanche le service changeait. A onze heures et demie le nouveau service et tous les grands dignitaires de la couronne se réunissaient dans le salon du Premier Consul. L'Empereur,
l'Impératrice et le Prince Impérial s'y rendaient après leur déjeuner, saluaient chaque personne et le cortège se formait pour se rendre à la messe de la chapelle des Tuileries en traversant la salle des Maréchaux, la galerie de la Paix et une galerie dite des Travées qui s'ouvrait sur la chapelle.
C'est là que chaque dimanche j'ai vu l'archevêque de Paris monseigneur Darboy, grand aumônier de l'Empereur, dont la fin terrible, sous la Commune, attache une tragique émotion à son souvenir. Monseigneur Darboy qui, dans ses Mandements avait une éloquence d'apôtre, était un silencieux bienveillant. Il était maigre, de petite taille, le visage mince et les traits longs. Ses cheveux grisonnants retombaient sur son cou. Son apparence était modeste, presque timide. Il y avait beaucoup de douceur, de la mélancolie même dans sa physionomie.
Les autres grands officiers de la couronne étaient le maréchal Vaillant, ministre de la maison de l'Empereur. Il était un de ceux qui tremblaient ou qui prétendaient trembler devant l'Empereur; il n'était cependant pas timide. C'était un horticulteur passionné. Il adorait les fleurs et se
piquait aussi de connaître l'agriculture qu'il avait étudiée dans des ouvrages fort savants. Il pensait avoir trouvé le moyen d'exterminer le ver blanc, cet ennemi acharné de la culture de la betterave. Il fallait, suivant lui, multiplier les taupes, très friandes, paraît-il, de cet horrible insecte. Il avait réuni dans une caisse pleine de terre beaucoup de vers blancs et y avait enfermé une taupe. Le lendemain tous les vers blancs avaient disparu. Cela lui parut concluant, et il prétendait appliquer le même système aux champs. Il oubliait, en théoricien qu'il était, que l'expérience faite au Louvre sur une fenêtre de seb appartements ne prouvait pas grand'chose et que les taupes, en se multipliant, seraient probablement devenues un fléau beaucoup plus grand que les vers blancs.
Le maréchal, fort aimable à la cour, avait la réputation d'être tout autre dans ses fonctions officielles et lui-même avouait volontiers qu'il était rude. La veuve d'un colonel ayant eu quelq ue chose à solliciter, il la reçut d'une façon assez peu courtoise, puis, voyant qu'il avait à faire à une personne du meilleur monde et de beaucoup d'esprit
il se l'adoucit, et à la fin de la visite, comme elle prenait congé :
— Vous devez me trouver bien sanglier, Madame, lui dit-il.
— Oh ! pas si sauvage que cela, Monsieur le Maréchal, dit la dame en s'en allant.
Le Maréchal avait trouvé la réplique spirituelle et lui-même se plaisait à la raconter. Il était très fin, du reste, sous une apparence bourrue plutôt affectée que réelle.
Le grand chambellan, le duc de Bassano, habitait les Tuileries. Il assistait aussi chaque dimanche à la messe. Personne ne sut remplir avec plus de dévouement, plus de distinction, plus de réelle bonté des fonctions délicates. Tous ceux qui le voyaient, même après un refus, le quittaient satisfaits; nul mieux que lui n'a su concilier des amis à l'Empereur. Avec sa mine de grand seigneur, sa politesse exquise, sa patience, son désir d'obliger il était bien l'intermédiaire qu'il fallait pour représenter un souverain tel que Napoléon III. Il remplaçait souvent l'Empereur eu recevant des audiences, ou dans certaines so- ' ennités.
Le duc de Bassano , aujourd'hui dTim âge avancé, s'est entièrement consacré à l'Impératrice. Il vit en Angleterre sans cesse à ses côtés, l'entourant d'une déférence, d'une aiïcclion véritablement touchante; veillant sur elle en quelque sorte, toujours prêt à lui épargner une peine, à lui adoucir une douleur. A force d'égards, de noblesse, de délicatesse, il maintient autour d'elle, dans la solitude de Chislehurst ou de Farnborough, le prestige du rang souverain.
Son attachement à la famille impériale, la dignité de sa vie, son dévouement rappellent les plus nobles fidélités de notre histoire. C'est un caractère digne de la plus grande véuération. Des hommes tels que lui feraient aimer l'humanité.
La duchesse de Bassano, née d'Hoogworth, belge d'origine, dame d'honneur de l'Impératrice, était la grâce et la bonté mêmes. Elle étaitla digne compagne de son mari. Trois enfants, un fils et deux filles, formaient autour d'eux une famille charmante.
Les filles de la duchesse de Bassano étaient deux jeunes personnes accomplies. Il n'était pas possible de voir, dans le monde brillant où elles
vivaient, rien de plus aimable que ces deux sœurs toujours unies, toujours pareilles, toutes deux jolies et naturelles, répandant autour d'elles le charme de la jeunesse rehaussé par les qualités attrayantes d'une éducation parfaite.
L'aînée a épousé son cousin le baron dlïoogworlh. Elle vit en Belgique, où elle est dame du Palais de la reine Henriette. La seconde est la marquise d'Espeuilles, la femme du brillant général qui fut officier d'ordonnance de l'Empereur, puis aide de camp du Prince Impérial.
C'est le duc de Bassano qui, le 19 juin 1879, accomplit le devoir terrible de laisser deviner à l'Impératrice la mort du Prince Impérial. Dès la veille, le bruit s'en était répandu à Londres.
Le 19 juin, à huit heures du matin, lord Sydney, grand chambellan de la Reine, vint envoyé par Sa Majesté, porteur de la terrible nouvelle.
Il fit demander Je duc de Bassamo. Le duc chérissait le Prince Impérial, il était anéanti de douleur. Lord Sydney le pressait de préparer l'Impératrice.
— Jamais, disait le duc, jamais mes lèvres ne pourront proférer de semblables paroles.
— Songez, disait lord Sydney, que l'Impératrice peut être instruite par un journal, par quelque indiscrétion vulgaire.
Le duc y alla.
L'Impératrice, surprise de voir le duc se présenter chez elle de si bonne heure, le fit entrer aussitôt.
— Vous avez des nouvelles du Zululand?lui dit- elle avant qu'il eût parlé.
— Oui, madame, et elles ne sont pas bonnes.
— Louis est malade! Eh bien, mon cher duc, nous allons partir tout de suite et nous irons le soigner.
t— Il y a eu un combat, dit le duc de Bassano.
— Il est blessé?
Le duc s'inclina.
— Nous pouvons partir aujourd'hui même Nous trouverons bien à Londres un bâtiment pour nous conduire à Suez. De là on avisera. Tous les jours il y a des départs.
Et, appelant ses femmes, l'Impératrice donna quelques ordres rapides pour qu'on préparât immédiatement les objets indispensables.
— La blessure est grave? dit l'Impératrice,
n'osant interroger ni même regarder le duc, qui s'était tenu jusque-là à l'entrée de la chambre.
Puis elle alla droit à lui en le fixant avec angoisse. Les larmes inondaient le visage du duc de Bassano. L'Impératrice jeta un cri terrible.
Elle avait compris.
Pendant toute cette journée fatale l'Impératrice eut plusieurs syncopes. On craignit pour sa vie; on était allé prévenir M. l'abbé Goddard, curé de l'église Sainte- Marie de Chislehurst, pour venir l'assister.
— Je ne pourrai même pas mourir! disait l'Impératrice en revenant à elleT et Dieu clément me donnera cent ans de vie.
De telles douleurs ne se racontent pas. Le marquis de Bassano, fils du duc, supplée parfois son père auprès de l'Impératrice.
Il accompagna Sa Majesté dans le voyage qu'elle fit au Zululand après la mort du Prince Impérial afin de recueillir elle-même les souvenirs qui pouvaient aider à reconstituer toute cette terrible histoire, afin qu'on ne pût jamais élever aucun doute sur la façon dont la catastrophe s'était accomplie ; véritable calvaire où la souve-
raine dut soutenir la mère abîmée de douleur.
En arrivant au lieu désert où tout ce qu'elle aimait au monde avait fini d'une façon si tragique, la nature eut une révolte suprême et l'Impératrice s'évanouit àla place même où, sur cette terre désolée, au sein d'une solitude sauvage son enfant avait été frappé.
Le jeune marquis de Bassano sut trouver les seules consolations que l'on pouvait offrir à une douleur pareille. Avec des attentions pleines de délicatesse, une véritable intelligence du sentiment, il aida l'Impératrice à accomplir cet acte surhumain.
En outre des personnes de la cour, il y avait à la messe des Tuileries une assistance nombreuse. On y était convoqué par invitation. On ouvrait les travées qui donnaient sur la chapelle et les personnes invitées se tenaient là ainsi que dans le bas.
L'Empereur et l'Impératrice, entourés de leur service, se plaçaient dans une grande tribune qui occupait le fond de la chapelle, en face de l'autel, et les dames de service se mettaient dans les travées de gauche. C'était une messe chantée avec des chœurs et des soli. La musique était
excellente; l'office avait beaucoup de solennité.
Monseigneur Tirmarche, évêque d'Adras, officiait presque tous les dimanches. C'était un ancien curé de Ham, dont l'Empereur avait conservé un bon souvenir et qu'il s'était empressé d'attacher au service de la chapelle Impériale. Après son évasion l'Empereur l'avait prié de conserver, en souvenir de lui, les vases sacrés, qui venaient de la chapelle de la Reine Hortense et dont on se servait pour dire la messe à laquelle l'Empereur assistait régulièrement, chaque dimanche, pendant sa captivité. Monseigneur Tirmarche était un digne vieillard très modeste. Vers la fin de sa vie il fut mordu par un chien que Ton crut enragé. Cela lui causa une impression très pénible. Il mourut en 1870 après la guerre.
Un clergé nombreux était attaché à la chapelle. M. l'abbé Laisne portait le titre de curé vicaire. La chapelle relevait de la paroisse Saint-Germain- VAuxerrois; néanmoins il y avait des registres spéciaux sur lesquels on enregistrait tous les actes religieux qui y étaient accomplis, tels que les baptêmes des enfants dont l'Empereur et l'Impératrice étaient parrain et marraine et les ma-
riages auxquels Leurs Majestés assistaient, ce qui était assez rare. L'Empereur et l'Impératrice voulurent bien me faire cet honneur, et c'est dans la chapelle des Tuileries que je fus mariée.
Le 4 septembre l'abbé Laisne se trouvait dans la chapelle lorsque les Tuileries, furent envahies. Il put enlever le registre particulier sur lequel étaient portés l'acte de mariage de l'Empereur et de l'Impératrice et l'extrait de baptême du Prince Impérial. Il put ainsi sauver ces pièces importantes.
L'abbé Laisne, un grand vieillard toujours alerte, préside encore toutes les cérémonies religieuses qui réunissent la société impérialiste. Sa physionomie sympathique est bien connue de tous ceux qui ont conservé le culte du souvenir. C'est lui qui célèbre les messes d'anniversaire; c'est encore à lui que l'on demande les dernières prières pour ceux qui autrefois^faisaicnt partie de la maison de l'Empereur. Son ministère s'est exercé souvent, car les vides sont déjà nombreux parmi ceux qui composèrent cette cour brillante.
Après la messe où l'Empereur assistait en tenue de général de division, il recevait tous les offi-
ciers supérieurs et généraux depuis le grade de lieutenant-colonel. Ils pouvaient tous l'entretenir librement et l'Empereur prenait un grand intérêt à ces réunions d'officiers, les connaissant presque tous parleur nom et s'intéressant à eux avec une inépuisable et généreuse bonté.
Un jour un colonel nouvellement promu se présenta à l'Empereur, qui, le voyant pour la première fois, lui demanda son nom.
— Paillard, répondit le colonel.
— Vous avez là un bien beau nom, lui dit l'Empereur, qui n'avait pas bien entendu! Le chevalier sans peur et sans reproche.
— Pardon, Sire, c'est Paillard.
— Eh! mais, dit l'Empereur en souriant, c'est aussi un très beau nom.
La chapelle des Tuileries, sans grand caractère, était assez simplement ornée. Deux très remarquables tapisseries des Gobelins décoraient le fond de chaque côté de l'autel. C'était la Fuite en Egypte ei la Visitation. Pendant le carême et chaque dimanche il y avait sermon. L'Empereur et l'Impératrice assistaient à la messe dans le bas de la chapelle. C'est là, que tour à tour, on en-
tendit les grands orateurs sacrés de notre temps.
L'abbé Deguerry,le vénérable curé de la Madeleine, fut un de ceux qui y parlèrent en dernier lieu.
L'abbé Bauer, de fâcheuse mémoire, y prêcha également. Il arrivait d'Italie. Fortement recommandé par la cour de Rome comme un néophyte plein d'ardeur et de foi, il était précédé d'une réputation d'éloquence qui lui valut d'être désigné pour prêcher devant Leurs Majestés le carême de 1886.
Il avait laissé à Vienne, à Madrid, où il avait débuté dans la chaire d'éloquence sacrée, des souvenirs qui, joints à la légende un peu mystérieuse de sa conversion au catholicisme, entouraient son nom et sa personne d'un intérêt spécial et d'une curiosité toute particulière.
Le premier jour qu'il vint à la cour pour être présenté à Leurs Majestés par le vénérable archevêque de Paris, il apparut pâle, ascétique, comme ravagé par les austérités d'une vie de pénitence, avec un air de jeunesse et de modestie fait pour impressionner favorablement en sa faveur. L'abbé Bauer avait alors près de quarante ans, mais petit et mince, il semblait beaucoup plus jeune.
Quand on a connu le personnage on est tenté
de dire qu'il rappelait un des trois mousquetaires d'Alexandre Dumas, une sorte d'Aramis, moins la grâce et la distinction. Ses longs cheveux d'un noir de jais, ses traits accentués, ses yeux sombres et creux lui faisaient une physionomie extraordinaire. En l'entendant parler, ces bonnes impressions ne se modifiaient pas. Sa parole savamment mesurée s'élevait progressivement aux accents d'une piété pathétique et profonde. Une voix nerveuse, et le léger accent germanique dont il ne s'était pas défait, scandaient ses phrases et les imprimaient dans la pensée de ses auditeurs, sur lesquels il répandait un grand souffle de foi . Il avait une abondance d'images heureuses, beaucoup d'énergie et de souplesse, tout ce qu'il faut, en un mot, pour captiver l'auditoire d'élite auquel il s'adressait.
Quelques femmes de la cour chez lesquelles le côté religieux n'était pas assez élevé, sans doute, pour se dégager des influences extérieures, s'engouèrent du jeune prédicateur et s'en allèrent partout répandant ses louanges, avec l'exagération dont ce genre de personnes abuse pour ce qui touche à la dévotion.
Il devint le confesseur de ces dames, le confident des cœurs faibles. Et, dans le petit appartement qu'il habitait aux Carmes, ce fut bientôt une procession des femmes à la mode de Paris, qui allaient à l'envi chercher auprès de lui des avis et des consolations.
La tête de l'abbé Bauer n'était pas de force apparemment, à supporter ces pièges mondains. Lorsque l'année suivante on le revit à la chapelle des Tuileries, où il n'a jamais eu, du reste, de titre officiel, il était devenu presque gênant. On a dit qu'il faisait faire ses soutanes chez le grand faiseur; je pense que cela tenait surtout à la façon théâtrale dont il les portait. Il était inondé d'opoponax, il parlait aux femmes d'un ton de familiarité cavalière, se redressant dans sa petite taille et jouant les prélats à talon rouge de l'ancienne cour, d'une façon déplacée.
L'accueil que l'Impératrice lui avait fait au début et la sympathie qu'elle lui avait montrée se ressentirent d'une si regrettable transformation. L'Impératrice détestait par-dessus tout le genre commun et pompeux. Bientôt on évita 'abbé Bauer. Comme il n'était pas homme à
comprendre à demi-mot et à se retirer, ou à se modifier devant une attitude très refroidie, il engagea une sorte de lutte dans laquelle il eut l'avantage de l'indiscrétion. Il n'y avait alors aucune raison apparente de le mettre officiellement à l'écart. Il eut l'adresse de se faufiler et de s'imposer en abusant de l'extrême bienveillance des souverains, qui reculaient toujours devant une exécution.
En 1867, la cour étant à Biarritz, l'abbé Bauer y accourut. Il vint présenter ses hommages à la Villa Eugénie.
Il était d'usage d'inviter à déjeuner les personnes présentées qui passaient à Biarritz ; on pria l'abbé Bauer comme tout le monde. Ce jourlà même, l'Impératrice allait faire une excursion en mer, à bord du stationnaire, un petit aviso à vapeur, le Faon, qui restait aux ordres de l'Empereur pendant son séjour à Biarritz. L'abbé Bauer entendant parler de cette promenade exprima le désir de visiter la côte, de telle façon qu'on se trouva en quelque sorte forcé, de remmener.
L'Empereur se souciait peu de la navigation. Il avait ce jour-là à Biarritz quelques ministres ;
M. Routier, entre autres. Il n'accompagna donc pas rimpératrice, qui s'embarqua avec le Prince Impérial, l'amiral Jurien de la Gravière, ses deux jeunes nièces, filles de la duchesse d' Albe, qui vivaient alors auprès d'elle; MlleMarion, demoiselle d'honneur ; le docteur Corvisart et, moi qui disparus presque aussitôt sous l'influence du mal de mer.
La première partie de la promenade se passa bien et on alla jusqu'à Sain t-Sébastien; mais le vent s'étant levé, la mer grossit et le commandant du Faon déclara qu'on ne pourrait pas débarquer au port Yieux à cause de la violence de la mer à Biarritz, et qu'il fallait aller à Saint-Jean-de-Luz. On arriva plus tard qu'on ne l'avait pensé, la nuit se faisait déjà. Saint-Jean-de-Luz est un petit port de pêche qui n'abrite que des barques légères. Une jetée étroite et longue, sorte d'épi, sépare deux petites baies qui forment un point de refuge sur cette côte bordée de falaises abruptes ; mais les plages sont hérissées de rocs et le bâtiment ne pouvait approcher. Il fallut donc, pour descendre à terre, se servir des embarcations du bord. L'agitation de la mer avait augmenté mon malaise. La plus jeune
des nièces del'Impératrice,MlleLouised'Albe, était fort malade également. On nous transporta dans la petite embarcation à peu près sans connaissance, et les marins ramant, on nous ramena à terre.
On avait aperçu le navire impérial, et toute la population, armée de falots, s'était portée au-devant de l'Impératrice, éclairant la jetée pour indiquer le chenal. Nous débarquâmes sans encombre et nous restâmes sur la jetée, attendant l'arrivée du canot de l'Impératrice, qui n'avait pas encore abordé. Le temps s'écoulait et nous ne voyions rien venir. L'inquiétude nous gagnait : qu'avait-il pu arriver? Enfin le docteur Corvisart, se faisant un chemin à travers la foule, parvint jusqu'à nous.
— Venez, nous dit-il. L'Impératrice vient d'échapper à un épouvantable péril! Ils sont sauvés, mais non sans risques.
En effet, par suite d'une erreur du pilote qui dirigeait l'embarcation où l'Impératrice avait pris place avec le Prince Impérial, l'amiral Jurien, le commandant du Faon, l'abbé Bauer et M. Corvisart, au lieu de faire le chemin que nous avions suivi et de gagner le chenal, s'était aventurée de
l'autre côté de la jetée sur une plage semée d'é~ cueils, et l'embarcation, poussée par la force des vagues, était venue se briser sur une des plus grosses roches que la mer balayait. L'obscurité était si profonde, qu'on ne pouvait pas distinguer à quelle distance on se trouvait du rivage. Les marins se placèrent sur la roche et aidèrent l'Impératrice à s'y maintenir au milieu des vagues qui déferlaient avec violence. L'Impératrice tenait son fils dans ses bras.
— N'aie pas peur, Louis, dit-elle au Prince Impérial.
— Je n'ai pas peur, maman, répondit le Prince. Je n'oublie pas que je m'appelle Napoléon.
Le Prince était alors un enfant de onze ans.
Lorsque tous les passagers furent à peu près en équilibre sur la roche, un des marins, qui était très bon nageur, déclara qu'il pensait pouvoir arriver à terre pour amener des secours, et se mit à Feau. Il sentit la terre sous ses pieds; alors les autres hommes de l'équipage, imitant son exemple, se mirent à la mer et, formant la chaîne, se soutenant les uns les autres, ils parvinrent à déposer sur le rivage l'Impéra-
trice, le Prince Impérial et les autres passagers ! Quand vint le tour de l'abbé Bauer, personne ne voulait s'en charger.
— Si nous n'avions pas eu l'abbé à bord, disaient entre eux les matelots, rien de pareil ne serait arrivé.
En effet, c'est une idée répandue parmi les matelots qu'une excursion dont fait partie un prêtre doit avoir un dénouement fatal.
Le bruit se répandit vite de l'événement qui venait d'avoir lieu. La population de Saint- Jean-de-Luz se porta aussitôt du côté de la plage. L'Impératrice et le Prince étaient mouillés comme des personnes qui ont séjourné dans l'eau. On habilla le Prince à la hâte de quelques vêtements d'emprunt, et l'Impératrice, pensant à l'inquiétude que l'Empereur devait éprouver en ne la voyant pas rentrer, monta dans les voitures qui attendaient, sans prendre le temps de mettre des vêtements secs.
L'Empereur, en effet, et les ministres étaient dans la plus vive inquiétude, et, lorsqu'on eut raconté le terrible épisode, l'Empereur jura bien qu'il ne souffrirait plus les excursions en
mer. Celle-ci eut un bien triste épilogue. Le malheureux pilote qui avait tout conduit fut noyé, et le lendemain la mer rejetait son corps, tout meurtri de blessures, sur la plage même où s'élevait sa petite maison, dont la lumière habituellement lui servait de signal.
Quelques jours après, l'Empereur voulut voir le lieu de la scène.
La mer était basse et l'énorme rocher sur lequel s'étaitbrisée l'embarcation de l'Impératrice était entièrement à découvert. Il avait bien trois mètres de haut, et c'était un gros cube isolé sur lequel douze ou quinze personnes auraient pu se tenir, si la mer le leur avait permis. L'Empereur ordonna la construction d'un phare destiné à guider les barques qui rentraient la nuit, et voilà pourquoi on voit aujourd'hui un feu sur le môle de Saint-Jean-de-Luz.