‹ Souvenirs intimes du temps de l'empireChapitre 30 sur 52 · LES FEUILLES D'OR · texte numérisé non relu

LES FEUILLES D'OR

cerez avantageusement. Il y a, certes, mille contre un à gagner.

— Les Bdèles deviennent plus rares de jour en jour.

— Et les reliques donc ! on n'en trouve plus... Profitez de l'occasion ; les temps peuvent devenir meilleurs, et trop heureux sont ceux qui peuvent placer aussi sûrement leur argent.

— Vingt-cinq louis! disait mentalement le bonhomme, c'est un beau denier... il y a bien des messes là-dedans!... Ma paroisse, il est vrai, sera pourvue de reliques de manière à me faire des envieux; et, si les confrères en sont curieux, ils ne les auront qu'à bonnes enseignes...»

Après ce judicieux raisonnement, le curé alla chercher la somme, que les honnêtes pèlerins empochèrent de bonne grâce ; puis , comme toutes les bouteilles étaient vides, et qu'il se faisait déjà tard, Bernier donna le signal de la retraite en promettant à son oncle de le venir voir le lendemain ; mais, le lendemain , les trois amis avaient rejoint le régiment, et, huit jours après, ils entraient en cam- Dagnc.

1X3 FEUJI^ES D'OB.

n sait qu'un des passe-temps favoris de Napoléon, lorsque la paix ou quelque armistice, toujours trop courts , le ramenaient à Paris, était de parcourir incognito les quartiers populeux, et de pénétrer ainsi dans les familles laborieuses et les ateliers, afin devoir de près ce peuple qu il aimait tant, comme il devait dire plus tard

dans le dernier vœu de son agonie; ce peuple sur l'amour et l'admiration duquel était bâtie sa puissance.

Un jour qu'avec Duroc il traversait les appartements des Tuileries, où l'on faisait quelques réparations nécessaires, il remarqua que les ouvriers doreurs, malgré les précautions minutieuses dont ils s'entouraient, perdaient, par l'action du vent, une certaine quantité de feuilles d'or.

« Cette perte , renouvelée chaque jour, et lorsque l'on exécute de grands travaux, doit ôlrc considérable, dit Napoléon au maréchal du palais.

— Pardon, Sire, répondit Duroc, cette perle est de peu d'importance, les feuilles employées par ces ouvriers sont si légères...

— Légères tant que vous voudrez, insista Napoléon ; c'est de l'or, et il n'en faut pas beaucoup pour faire une grosse somme.

— Sire, pour se faire une idée de cette légèreté, reprit Duroc , il suffît dépenser que l'or passé au laminoir, après diverses préparations, et ensuite battu dans un livret de baudruche, peut être réduit en feuilles tellement minces , qu'elles deviennent en quelque sorte impalpables, et qu'il en faudrait plus d'un millier pour composer l'épaisseur d'une feuille de papier.

— Oh ! oh! voilà qui est trop fort! qui diable vous a fait un pareil conte? interrompit l'Empereur en souriant.

— Ce n'est rien moins qu'un conte , Sire, et je puis assurer à Votre Majesté que je suis certain de ce quej'avance.

— Mais songez donc à ce que c'est que l'épaisseur d'une feuille de papier, et dites-moi si vous comprenez, quelle que soit la ductilité de la matière et la perfection des procédés, comment cette épaisseur pourrait se diviser mille fois.

— Je conviens, Sire, que cela doit paraître incroyable, impossible; mais cela est, cela se pratique tous les jours.

— Parbleu ! monsieur l'entêté, il faut que jo me donne le plaisir de vous convaincre d'exagération. Préparez-vous à m'accompagner cette après-midi : habit bourgeois, chapeau rond, pas de décorr.lion;

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