‹ Souvenirs intimes du temps de l'Empire (volume 2)Chapitre 10 sur 23 · LE JOUR DE L · texte numérisé non relu

LE JOUR DE L

AL PALAIS DL bAIM-CLULD.

L'impéralrice Joséphine avait dans le cœur tous les trésors de la tendresse maternelle. Ce sentiment, poussé chez elle à l'extrême, se reportait naturellement sur lesenfans; aussi en avait-elle sans cesse autour d'elle , et se

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plaisait-elle à les questionner et à leur faire de jolis cadeaux. Il ne se passait guère de semaine où elle n'achetât de magniliques jouets pour les leur distribuer elle-[niéme ; elle y joignait toujours un bon conseil ou une sage recommandation. Que de fois ne vit-on pas le boudoir de l'impératrice ressembler aux beaux magasins de joujoux qui existent dans nos passages ! . . . Mais c'était surtout h l'époque du jour de l'an qu'il fallait voir ce coquet bazar! En entrant dans l'étroit cabinet qui servait d'antichambre à la salle de bain , on aurait cru entrer dans une des galeries d'Alphonse Giroux \ on y voyait entassés les uns sur les autres des bijoux , des étolTes, des porcelaines et des sacs de bonbons. Il y avait des rouleaux de sucre de pomme qui ressemblaient à des bâtons de maréchal, et des poupées plus grandes que les petites filles à qui elles étaient destinées ; les tambours et les trompettes se trouvaient à côté des régimens de cavalerie légère en plomb et des pistolets en chocolat.

La veille du 1" janvier 1 805 , Joséphine sachant que le lendemain elle ne pourrait quitter l'empereur de toute la journée , à cause des

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grandes réceptions des Tuileries , donna ses ordres à madame de LarochefoucauU, sa dame d honneur, pour qu'elle prévînt les personnes qui devaient venir lui souhaiter la bonne année avec leurs enlans, de ne se présenter que le surlendemain, 2 janvier, à Saint-Cloud, où elle se rendrait tout exprès.

Ce fameux jour arriva bientôt, et, dès le malin , on aurait pu croire que l'impératrice n'était autre qu'une maîtresse de pension. Tous les joujoux, les armes, les bonbons avaient été apportés de Paris.

 midi Joséphine annonça qu'elle allait procéder elle-même à la distribution ; alors on passa dans la salle des prodiges , où petits et grands convoitèrent d'un œil avide les riches babioles étalées çà et là.

Chacun des enfans reçut le cadeau qui lui avait été destiné à l'avance ; après quoi tous I embrassèrent et lui récitèrent un petit compliment. Il y en eut quelques uns ii qui l'émotion ou la joie fît perdre subitement la mémoire ; Joséphine n'eut pas l'air d'y faire attention. A ceux qui. plus tard , devaient entrer dans une école militaire . elle avait fait

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vi\ présent juiaîogiie à l'état qu'ils voulaient suivre : ies uns reçurent un étui de mathématiques . les auSres un sabre; presque tous auraient voulu une paire de pistolets : malheureusement il n'y en avait pas pour tout le monde. Dès leur arrivée . les pins jeunes s'étaient élancés sur les chevaux de bois ; les poupées Cl les boites à ouvrage étaient échues aux petites demoiselles. (>ette distribution d'étrennes achevée . la troupe joyeuse fit un tel tapage que Timpératrice se vit forcée de leur laisser le champ libre, et de se retii'er dans sa chambre à coucher: mais h peine fut- elle partie, (fiie des discussions s'élevèrent de toutes parts.

Les petits garçons avaient décidé à lunaniniité (pj'oii jouerait h la (jnerrc. et voului*ent enrôler de force les petites iilles. Celles-ci s'y étaient opposées en masse ; quelques unes mêmea\'aient protesté hautement contre cette espèce de violence , lorsque le jeune Achille Zaluski (fils d'un général polonais naturalisé français , pour lequel Napoléon avait la plus grande estime;, (jiii. de sa propre autorité, s'était élu chef de la troupe . décida que celles

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des jU'liies lilles qui ri'élaieiit montrées les j)lus récalcitrantes allaient être provisoirement onlermées dans la citadelle ])Our y rester jusqu'à ce qu'elles consentissent à obéir h ce nouveau mode de conscription, en venant se ranger sous les diapeaux. Or. la citadelle désignée nétait autre que le délicieux boudoir de Joséphine, situé à côté de la petite bibliothèque éclairée pai* une fenêtre formée d'une seule glace sans tain, el tendue de soie verte, biodée d'abeilles d'argent.

Il fui question un moment d improviser un conseil de guerre, de juger et même de fusiller la petite Emma , qui, à ce qu'il paraît, s'était mise il la tète de l'opposition, lorsque, fort heureusement pour elle, madame de Larocbefoucaull vint interposer son autoiité, et menacer M. Achille de ne lui donner que du pain sec au goûter ; s'il voulait s'opposer à ce que les petites demoiselles jouassent entreelles comme l)(ui leur sendjlerait ; et , dans la crainte qu'elles ne fussent encore inquiétées , elle les Ht passer dans la citadcUe. Une fois ces enfans séparés, il n'y eut plus de contestation : mais en revanche il se fil double tapage.

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