‹ Souvenirs intimes du temps de l'Empire (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · LE JOUR DE L'A · texte numérisé non relu

LE JOUR DE L'A

En entendant ces joyeux rires, Joséphine paraissait enchantée; mais Napoléon, qui était arrivé à Saint-Cloud sur ces entrefaites pour travailler plus librement , et dont le cabinet était situé positivement au dessous du petit salon bleu , monta chez sa iémme et lui demanda d'un ton moitié gai, moitié sérieux, la cause du bruit qui se faisait au dessus de sa tête. Joséphine le lui dit.

— Tu devrais bien , reprit - il , distribuer tes étrennes lorsque je n'y suis pas. Je vais aller moi-même prier tes petits invités de fai re moins de vacarme, et s'ils continuent...

— Laisse donc ces pauvres enfans s'amuser, ajouta Joséphine ; ils jouent à la guerre. Editée que tu ne fais pas plus de bruit qu eu:x , toi ? S'ils te voient , tu les effraieras; je vais envoyer quelqu'un qui saura bien les contenir.

Ah ! ils jouent à la guerre î... répéta Napoléon en souriant ; cela doit être drôle ; je ne serais pas fâché de voir comment ils s'y prennent.

Et, marchant sur la pointe des pieds , tout en se frottant les mains , l'empereur arrive à la porte du salon. Il écoute un moment et né

AU CHATEAl" DE SAINT-CLOUD. 203

distingue que ces mots : En avant !.. . Fonçons!... Je Vai tué ! ... Ce n'est pas vrai .'... sa... Tiens!... Mort!... Puis des pleurs se mêlent à des cris immodérés, à des éclats de voix retenlissans. Alors Napoléon tourne doucement le boulon delà porte et se montre :

— El) bien ! qu'est-ce cela ? dit-il d'un ton sévère : on pleure ici.

. A ces mots la petite trouj)e lève la tête, les armes p.!abaissent, tous restent immobiles de surprise et de crainte.

L'empereur promène ses regards sur cette réunion de petits diables tous plus gentils les uns que les autres ; il ne peut s'empêcher de sourire en remarquant la façon grotesque dont chacun d'eux s'est accoutré : celui-ci s'est fait^ avec une feuille de papier, un chapeau à trois cornes sur lequel , à défaut de cocarde, il a attaché un énorme macaron ; celui-là a placé sa petite veste sur une de ses épaules pour mieux figurer le dolman d'un hussard ; un autre, le petit Adolphe, s'est dessiné une paire de moustaches avec de l'encre de Chine, et de la palatine d'une petite fille s'est fait une ceinture dans laquelle il a passé un plioir de na-

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