‹ Souvenirs intimes du temps de l'Empire (volume 2)Chapitre 17 sur 23 · ENTRETIENNENT L' AMITIÉ · texte numérisé non relu

ENTRETIENNENT L' AMITIÉ

que moi avec tes prétendus petits cadeaux ; je te le prouverai quand tu voudras.

A ces paroles , Napoléon riait aux éclats et disait gaîment en se frottant les mains :

— C'est possible ; mais au moins , moi , ma chère amie, je sais ce que je fais ; j'ai mes raisons : les petits cadeatix entretiennent famitié.

Ce dicton populaire était la grande excuse de l'empereur dans ses accès de générosité, et il en faisait en riant une application financière et administrative.

On sait l'espèce de manie qu'il avait d'improviser des mariages ; on sait avec quelle promptitude il menait ces sortes d'affaires. Malheureusement , toutes celles de ce genre qu'il arrangea ne tournèrent pas aussi heureusement qu'il l'aurait désiré, bien qu'il prît lui-même le soin de doter magnifiquement les époux. Le cadeau de noces obligé, qu'il se chargeait toujours d'offrir à la mariée , était donné avec cette délicatesse et ce bon goût qui distinguaient ses procédés intimes. La veille du mariage de celui de ses aides-decamp qu'il aimait peut-être le plus, cet olfi-

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cier-général était de service aupiès de sa personne. Napoléon lui dit alors, d'un ton badin, ; le soir à son coucher, après lui avoir donné r ordre j c'est-à-dire la dernière consigne :

— Maintenant, j'espère que tu ne vas pas oublier que c'est demain que lu te maries bien décidément.

— Olî ! certainement, sire.

— Je le donne un congé de vingt-quatre heures, parce qu'il faut que chacun fasse ses affaires; mais apivs-demain matin j'entends que tu reprennes ion service auprès de moi... Tu me présenteras la femme a[)rès. A propos , j'allais l'oublier : liens, lu lui donneras ce bouquet : c'est mon bouquet de noces ; lu diras h ta future que cesl de la part d un de^ tes meilleurs amis : tu ajouteras que s'il n'a r pas fait choix de (leurs nalurelles ce n'a été f qu'afin (|ue ce bouquet se conservai plus;) long-temps. Et puis, avant de te metlreaUj lit, informe-kjî si les postes de mes vieux lapins sonx bien chaulfés , s'il y a de i'eau dans., les bidons ; il gèle aujourd liui : racbuinistratioo du cliauiTage l'ail son s*.vrvice toul de ti'a-

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vers, je f«erai lav<M ia lôk' ii reniiopreiieur. Bonsoir.

Le lendemaia, après avoir admire ces Heurs artificielles dont la fraîcheur et la délicatesse l'eussent disputé à la nature inéaie , la jeune uiariée déroula le papier (]ui l'entourait et vit que le bouquet était attaché par une chaîne composée d'un nombre infini de perles lines, séparées de distance en dislance par de gros bi'illans entourés de turquoises et de rubis d'Orient : c'était le [)lus galant joyau qu'on pût imaginer ; mais le général fut moins touché de ce riche cadeau pour sa future . que des paroles que l'empei'eur lui avait adressées la veille : « Dis à la lemme que c'est de la part d'un de tes meilleurs amis. » Voilà quel était pour le géjiéral son véritable préseft| de noces.

. î^apoléon était pourtant avare de présens à l'égard des personnes qui composaient son service particulier. Il ne leur donnait jamais d'étrennes, et par conséquent elles ne devaient compter que sur jeurs a]>[)ointemens , augmentés, il est vrai, de larges gratifications lorsqu'elles l'avaient accompagné , soU dans

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un voyage , soit dans une de ses campagnes ; mais en ce cas l'empereur exigeait que chacun des officiers de sa maison se fît honneur des émolumens qu'il recevait, et que son costume répondît à sa position. C'était vraiment chose extraordinaire que de voir le maître de la moitié de l'Europe s'occuper de la toilette d'un de ses huissiers; c'était au point que lorsqu'il voyait h l'un d'eux le même habit trois jours de suite, il lui disait en fronçant le sourcil :

— Ah ! ah ! vous vous êtes bien négligé aujourd'hui! est-ce que vous seriez malade?

En revanche , lorsqu'il remarquait à un de ses serviteurs un habit neuf et de bon goût, il ne manquait jamais de s'arrêter devant lui et de lui en faire compliment en lui disant d'un ton de bienveillante approbation :

— Monsieur, vous êtes bien beau aujourd'hui ! à la bonne heure ! c'est très bien, j'aime à vous voir ainsi.

A l'époque de son mariage avec Marie- Louise, de même qu'à celle de la naissance du roi de Rome, aucun des officiers de la maison de Leurs Majestés ne reçut de présent , parce

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