PREMIER AMOUR
toujours maître des siennes. Sa sobriété, entre autres, était si remarquable, continuat-il, qu'il eut plus dune lois à supporter les plaisanteries de ses camarades; mais il n'était pas de caractère à se laisser ni llécliir ni {tiquer par de pareils moyens, et les repoussait d'abord doucement ; mais si elles devenaient importunes, alors son regard calme et un peu dédaigneux , ce sourire froid qui errait sur ses lèvres minces et serrées avertissaient à temps les persifleurs que le jeune lieutenant n'était pas d'humeur à souffrir plus long-temps d'être le but des railleries, d'hommes même plus âgés que lui et placés dans une position plus élevée que la sienne ; et ceux-ci , devant la dignité du regard de Napoléon , Taisaient aussitôt trêve à leurs plaisanteries.
11 aimait les sciences abstraites : ses auteurs favoris étaient toujours ceux qui portaient ji la réflexion ; et quand il voulait ne se livrer qu'aux rêveries de l'imagination , il lisait Ossian. Certes , Napoléon aurait lu Byron avec ravissement ; et cependant il détestait l'aftectation, de quelque genre qu'elle fût ; sa parole, brève et un peu saccadée, rendait toujours
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sa pensée avec promptitude et clarté; il n'était pas jusqu'à ses lettres d'amour, qui étaient courtes et disaient beaucoup en peu de mots ; elles étaient en effet si énergiques, qu'il y avait, dans une seule ligne , }>lus de pensées que beaucoup de beaux diseurs n'en eussent délayées dans des pages entières.
Napoléon était rêveur , on pourrait même dire romanesque. Je l'ai vu rester long-temps les yeux levés au ciel , au déclin d'une belle soirée d'Italie ; et cet bomme si positif, si occupé de grandes et nobles choses , n'en conserva pas moins toujours pour Joséphine une tendresse aussi vive que passionnée ; elle dura même encore long-temps après son mariage avec elle. Je l'ai vu poser, chaque soir avant de se coucher, le portrait de sa femme près de lui. Habitude sentimentale qu'il conserva encore lorsqu'il était empereur. Il a avoué que son cœur battait d'émotion lorsqu'il apercevait au loin , fuyant au travers des arbres, la robe blanche d'une jeune femme. Souvent il s'arrêtait dans une allée sombre du pai'c de la Malmaison, pour écouter le tintement de la cloche du village de Ruel , qui annonçait la