A PROPOS DR LA TRAGÉDIE
mise en scène. Malgré toute la subliniilë de son talent , il avait une manie : celle de vouloir toujours substituer ses propres idées à celles de l'auteur, et de ne chercher dans toutes ses combinaisons que celles qui pouvaient faire dominer le personnage qu'il devait représenter. Il donnait quelquefois d'excellens conseils; mais il fallait se tenir en garde contre la multitude des changemens qu'il proposait , et qui ne tendaient à rien moins qu'à refondre le premier plan et la marche de la composition. Ma pièce avait été lue au comité de la Comédie-Française sous le titre insignifiant (VEronyme. Talma, chargé du rôle de Mahomet, voulut que la tragédie portât ce nom. Je cédai par déférence , et l'on verra bientôt que j'eus sujet de m'en repentir. Ce nouveau titre m'imposait l'obligation de développer dans toutes ses parties le caractère historique du farouche conquérant, et dans ma première version , il ne paraissait qu'en seconde ligne, puisque tout l'intérêt portait sur Eronyme. Il résultait de ce çhangemenl, léger en apparence , une sorte dembarras et de confusion dans là conduite générale de la pièce.
Dl, M\Ho.M| I. ."ÎST
Enlii). après six mois de l'éjx'titiuns cl de reiiinnieuiens , le jour de la re})iéseiilali(.)n fut inscrit sur laiïi* lie. Je me rendis le matin vers midi au lliéàlrc , et les acteurs mapprirent . avec un mécontentement marqué, que la représentation ne pouvait avoir lieu . jiarce que Talnia n'était pas encore satisfait de son costume. Que Ton jutçe de mon désappointement ! Talma était absent : j'allai chez lui. En quittant Je péristyle du théâtre, j'eus le dépîaisiide voir afficher le Légataire vmverseL
En. entrant chez Talma , qui logeait alors rue de Seine, h l'ancien hôtel Mirabeau, je le vis entouré de trois ou quatre individus, avec lesquels il semretenait : cétaienl des tailleurs. J'aperçus , sur uiie table dressée au milieu de la chambre, des dolmans. des tuniques, des schals, des; turbans, sans compter une multitude de barbes. Aussitôt qu il m aperçut, il s'écria :
— • Àh.'mon bon, je suis bien aise de vous \o\\\
— Je venais iiiassurer , lui dis-je, si une indisposilion subite vous empêchait dé jouer ce, soir:, mais je m'apei'çois h votive figure et h