A M" LA COMTESSE DE
AUX KAUX d'ENOHUBN
Paris, 36 mai 1838.
Le voilà, ma jeune amie, ce petit Album que vous avez tant désiré de parcourir, et que, déjà, vous avez entr'ouvert quelquefois en dépit de mes résistances. Reconnaissez-le bien à la couleur rouge de sa couverture, et à ce parfum de cuir de Russie qui vous aidait toujours à le retrouver parmi les papiers où j'essayais de le cacher. Si j'ai refusé , cet hiver, de vous le laisser lire, c'est qu'il me semblait qu'au milieu de tant de distractions dont vous étiez envir<Tnnée, votre curiosité sur cet objet n'était que vague, désœuvrée et on peu indiscrète. Mais maintenant j'ai pitié de votre ennui, durant les longues matinées de la campagne. Tenez, je vous le confie pour trois jours ; et pourvu que vous me promettiez de ne point l'emporter hors de votre chambre., ni dans ces pèlerinages nombreux à réternelle maison de Jean-Jacques, ni surtout dans les bois de Saint-Gratien où l'on pourrait tout oublier; ^pourvu enfin qu'il me soit renvoyé avant notre départ pour Valençay, je ne me repentirai point d'avoir cédé au désir de vous surprendi^ agréablement. \
C'est pour moi-même que je l'ai fait ce recueil où il y a
de tout, même du latin, même de la politique : je Tai composé avec soin, conscience et prédilection. Il est le fruit des loisirs de plus d'une année, et je crois (ju'il vous amusera. J'en puis faire l*élôge, puisque M. de talieyfand en est le véritable auteur. Je n'ai fait que recueillir quelques-uns des innombrables mots* heureux échappés à l'humeur facile et à la verve malicieuse de cet homme d'Etat.
Les dénominations d'abbé de Périgord, d'évêque d'Autim, de M. de Talleyrand, de citoysn Talleyrand, de prince de Bénévent,, de prince-duc de Talleyrand-Périgord, forment à elles seules ttn «brégé de l'histoire de sa vie. On peut dire de mon héros que, lorsqu'il entra dans les ordres, il fut en ({Udllpld eorle prédiSBiiilé à dovenir le directeur dé la révolution, dans lo sens que len âmeâ dévotes aitaohe&t au mol dé elireûîêur. Ce fut M. de Talie^rr^iad, en <iffet, qui bftptÎM lA révolutioii sur l'Autei do la patrie, le jour de la ptfefnière fédératien ; plus tard, il la maria àvee i'empirei et lui donnai ôti 1814^réxtréme«onctioii) après Avoir eu quelque part à ses largesses, et s'en être assuré une dans sa nuccessiou; Il a aUAsi baptiéé la légitimité. Qu'il eoninbue àr^idre indisAO- Mble son mariage avee le petite de Louis XVIII» et ni l'an** ôien évoque d'ÂutUn ni personne n'Aura jamais à adminis-^ trer à la légitimité l'autre sacrement* N'est-ce pas?
Adieu, loie et santé.
P.-5. "- Par eoHe lettre-dédicace ^ l'auteur de Fr^goieU n'espérait tromper personne, quoiqu'il affectât d'avoir em^ pmnté pour son Album la pluafe d'une femme» Le fait est qu'une dame aeses haut plaeée n'avait pas été étrangère à la collaboration ^ mais pour une part moindre encore que celle de Malitourne et du présent éditeup de 1869.