ALBUM PERDU
QttiGônque ft beàueotip lu A néûMUftir^mettt Wh atiteuf favori, et cela doit être- ainsi» «ortout peti'oii les hommes d*un esprit superlatif. Bi, en effet, dê« lecteurs vulgaire» cherehent dans des livres des idées qui ne leur appartieuneut pw, el dont ils s^ettiparent pour essayer de s'instruire, ceux qtie la nature a doués d^une haute intelligence y trouvent Texpression de leurs propres pensées, et lise forme entre tel lecteur et tel auteur une sorte de liaison, d'intimité, passive dWe part, mais active de Tautre, qui natt d*une grande ana-» logie d*e«prit et de caractère. Oe n'est donc point une chose indiffîèrente à ceux qui veulent acquérir la connaissance d'un homme, que de savoir la lecture qu'il préfère. Pour ne citer que deux exemples de cette analogie d'esprit et de càrac* tèfe, nous uommerous VoltAlre et Rousseau : le premier faisait de Rabelais sa lecture favorite, parce que rinstincl d0 son gévde le poussait, comme le curé de Meudon, aux suilltet vives et piquantes» parce que, comme lui, il voyait d*abôrd le côté ridicule des choses : Rousseau, au contraire, porté par sa misanthropie à prendre le monde au sérieux, donnait la préférence aux Essais de Montaigne sur tout
autre livre ; *en effet, Montaigne et Rousseau cherchaient tous les deux le fond de Thomine, plus qu'ils n'en examinaient la surface.
Quant à M. de Talleyrand, ses livres d'or sont les odes d'Horace et surtout les Mémoires du cardinal de Retz, Eh bien I dans M. de Talleyrand il y a quelque chose du poëte latin, et dans Fancien évêque d'Autun beaucoup du coadjuteur. La Fronde avait été pour l'un, comme la révolution fut pour l'autre, un spectacle et un théâtre, où tous deux se sont montrés acteurs habiles et spectateurs disposés à la critique , se plaisant l'un et l'autre dans la société des femmes qui ont joué un rôle dans ces deux drames.
Les Mémoires du cardinal de Retz forment en quelque sorte le bréviaire de M. de Talleyrand : il les lit et les relit sans cesse , et à l'exemple de son auteur favori, il a aussi écrit des Mémoires. Quelque intéressants qu'ils doivent être, nous ne faisons point de vœux pour les lire de sitôt, car on assure qu'une des clauses du testament de M. de Talleyrand est qu'ils ne seront publiés que dix ans après sa mort. Il existe de ces Mémoires deux manuscrits, l'un à Paris, l'autre à Valençay, et l'auteur s'occupe encore à les revoir et à y ajouter (1). Il en a souvent lu quelques fragments à un petit nombre d'amis, mais jamais rien de ce qui est postérieur au 18 brumaire. Ceux qui ont été assez heureux pour assister à ces lectures privilégiées se souviennent du chapitre intitulé Mes amours au séminaire^ cité ci-après.
(i) Peut-être les manuscrits ne sont-ils réellement ni à Paris ni à Valençay; car le jour où M. de Talleyrand apprit la saisie des papiers de Gambacérès : « Âh ! dit-il, voilà un avertissement donné par les Tuileries à la rue Saint-Florentin. » {ÉdU,)